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  • Par Gogbeu Jean-marc
  • 03/11/2026

Gambie, Côte d'Ivoire, Gabon… InTouch étend son réseau dans la digitalisation des recettes publiques

La fintech sénégalaise InTouch renforce sa présence sur le marché des infrastructures numériques destinées aux administrations publiques africaines. Après cinq pays, dont la Côte d'Ivoire et le Gabon, l'entreprise fondée par Omar Cissé vient de décrocher un contrat de dix ans en Gambie pour améliorer le suivi et la collecte des recettes de l'État.

De Dakar à Banjul, InTouch poursuit son expansion sur le marché des services numériques aux administrations publiques. Le 30 octobre 2026, la fintech sénégalaise a signé un accord de dix ans avec le ministère gambien des Finances et des Affaires économiques et la Gambia Revenue Authority (GRA). Retenue à l'issue d'un appel d'offres international ayant réuni trois candidats, elle sera chargée de déployer un dispositif numérique de suivi des transactions, de collecte des paiements et de contrôle des recettes publiques.

Le secteur des jeux en ligne figure parmi les principales activités ciblées par cette réforme. Grâce à une infrastructure technologique dédiée, les autorités gambiennes pourront suivre les transactions en temps réel, disposer de données consolidées sur les recettes dues à l'État et détecter plus facilement les éventuels écarts entre les montants collectés et ceux reversés au Trésor.

Le dispositif permettra également aux contribuables de régler leurs taxes et redevances par différents canaux, notamment le mobile money, les points de vente partenaires et les agents de terrain.

Six marchés africains

Fondée en 2014 à Dakar par Omar Cissé, InTouch s'est initialement développée dans l'agrégation des moyens de paiement et les services numériques. L'entreprise cherche désormais à valoriser cette expertise auprès des administrations publiques, un marché porté par les besoins croissants de digitalisation des finances publiques.

Avec la Gambie, le groupe revendique une expérience dans six pays africains : la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le Gabon, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau et désormais la Gambie. Cette dernière implantation marque également une ouverture vers un marché anglophone situé hors des espaces monétaires de l'UEMOA et de la CEMAC.

Cette diversification s'appuie sur une trajectoire soutenue par des investisseurs internationaux. En 2017, InTouch avait levé 10 millions d'euros auprès de Total, devenu TotalEnergies, et de Worldline. En 2021, le groupe CFAO et Mobility 54, le véhicule d'investissement de Toyota Tsusho consacré aux entreprises innovantes en Afrique, ont également rejoint son capital.

La souveraineté des données en question

Au-delà de la modernisation des procédures fiscales, le contrat gambien met en évidence un autre enjeu : la maîtrise des données financières par les États. L'intervention d'un prestataire privé dans le suivi des transactions publiques soulève notamment des questions relatives à la propriété, à l'hébergement et à la protection de ces informations.

« Les données sur les flux financiers d'un pays et la collecte des recettes dues aux budgets nationaux doivent rester sous la maîtrise des États », souligne Omar Cissé.

Pour les gouvernements africains, la digitalisation des recettes représente un levier potentiel d'amélioration du recouvrement fiscal, sans nécessairement augmenter les taux d'imposition. Pour InTouch, elle ouvre un marché institutionnel aux perspectives de croissance, au-delà de ses activités traditionnelles de paiement.

Les conditions financières du contrat gambien n'ont pas été rendues publiques. Sa durée de dix ans témoigne néanmoins de la volonté des autorités de Banjul d'inscrire cette transformation dans le temps.