Le Ghana et la Russie veulent approfondir leur coopération dans le domaine de l'énergie nucléaire. À l'issue de discussions entre John Dramani Mahama et Vladimir Poutine, Moscou s'est engagé à accompagner Accra dans le développement d'une centrale d'une capacité envisagée de 2 000 MW. Un projet stratégique pour renforcer la sécurité énergétique du pays et soutenir son ambition industrielle, mais dont les modalités de financement et de réalisation restent à préciser.
Le Ghana veut franchir une nouvelle étape dans sa
stratégie énergétique en s'appuyant sur la technologie nucléaire russe. Le
ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a annoncé,
le 31 octobre 2026, que la Russie avait accepté de travailler avec son pays à
la mise en place d'une centrale nucléaire d'une capacité de 2 000 mégawatts
(MW).
Cet engagement fait suite aux échanges entre le
président ghanéen John Dramani Mahama et son homologue russe Vladimir Poutine,
en marge du troisième sommet Russie-Afrique organisé à Moscou du 28 au 29
octobre. Selon le chef de la diplomatie ghanéenne, le projet doit contribuer à
garantir la sécurité énergétique du pays et à fournir une base solide à son
industrialisation.
L'annonce intervient alors que le Ghana cherche à
diversifier son mix énergétique pour répondre à une demande croissante en
électricité. Pour Accra, la disponibilité d'une énergie fiable et à un coût
compétitif constitue un enjeu majeur, notamment pour développer la
transformation locale de ses ressources minières, dont l'or, la bauxite et le
manganèse.
Un projet qui remonte à l'époque de
Nkrumah
Cette ambition nucléaire s'inscrit dans une histoire
plus ancienne. Dès les années 1960, le premier président du Ghana, Kwame
Nkrumah, avait engagé des préparatifs en vue de développer les capacités
nucléaires du pays. En 1964, l'Union soviétique avait notamment fourni au Ghana
un réacteur de recherche de 2 MW destiné aux activités scientifiques et à la
formation.
Le projet avait toutefois été interrompu après le
renversement de Nkrumah en février 1966. John Mahama entend ainsi renouer avec
une ambition industrielle portée par les premières années de l'indépendance du
pays.
Le choix de la Russie s'explique notamment par la
présence de Rosatom, le groupe public russe spécialisé dans le nucléaire civil.
Son directeur général, Alexeï Likhatchev, a confirmé le 30 octobre que son
entreprise discutait de projets de centrales nucléaires de grande capacité avec
quatre pays africains : le Ghana, l'Ouganda, l'Éthiopie et l'Égypte.
Rosatom arrive dans un programme déjà
engagé
La coopération annoncée avec Moscou intervient alors
que le Ghana avait déjà avancé dans la sélection de partenaires pour son
programme nucléaire. En mars 2025, les autorités avaient annoncé avoir retenu
la China National Nuclear Corporation (CNNC) pour développer un réacteur de
grande puissance de 1 200 MW. Un autre volet du programme repose sur des petits
réacteurs modulaires (SMR), avec l'américain NuScale Power et son partenaire
Regnum Technology Group.
Ces partenariats avaient été présentés comme des
étapes vers l'objectif d'intégrer environ 1 000 MW de capacité nucléaire dans
le réseau électrique ghanéen à l'horizon 2034. Toutefois, les accords-cadres
conclus avec les partenaires ne constituaient pas encore des contrats
définitifs de construction.
L'arrivée de Rosatom dans les discussions soulève donc
une question importante : le partenariat russe viendra-t-il compléter les
projets déjà engagés ou modifiera-t-il les orientations technologiques du
programme nucléaire ghanéen ? À ce stade, aucune précision officielle ne permet
de trancher.
Surtout, l'annonce d'une coopération avec Moscou ne
signifie pas que le chantier est prêt à démarrer. Aucun calendrier de
construction, coût global, site d'implantation ou schéma de financement n'a été
rendu public. Le projet devra également franchir les étapes techniques,
réglementaires et financières nécessaires à la réalisation d'une infrastructure
nucléaire de cette envergure.
Une coopération qui dépasse le secteur
énergétique
Au-delà du nucléaire, les discussions entre Accra et
Moscou ont débouché sur plusieurs autres engagements. Les deux pays prévoient
notamment de renforcer leur coopération militaire à travers un nouveau pacte
portant sur l'acquisition d'équipements stratégiques pour les forces armées
ghanéennes.
L'agriculture figure également parmi les priorités. La
Russie entend approfondir ses relations avec le Ghana afin de soutenir
l'augmentation de la production céréalière et de faciliter l'approvisionnement
en engrais. Une coopération qui intervient dans un contexte où la sécurité
alimentaire et la disponibilité des intrants restent des enjeux importants pour
l'économie ghanéenne.
Les deux gouvernements ont aussi convenu d'accroître
les possibilités de bourses d'études destinées aux étudiants ghanéens en Russie
et de relancer leur Commission permanente mixte de coopération, dont une
prochaine réunion est envisagée à Moscou dans les semaines à venir.
Enfin, John Mahama a obtenu, selon son ministre des
Affaires étrangères, un engagement de Vladimir Poutine visant à empêcher la
participation de ressortissants ghanéens à la guerre en Ukraine, y compris par
le biais de recrutements irréguliers ou d'engagements volontaires. Cette
question est devenue sensible pour Accra, après plusieurs signalements de
citoyens ghanéens recrutés pour combattre aux côtés des forces russes.
À travers ces engagements, le Ghana cherche à élargir
ses partenariats économiques et stratégiques avec Moscou. Reste désormais à
transformer les annonces politiques en projets opérationnels. Dans le
nucléaire, la question du financement, du choix technologique et de la capacité
à mener plusieurs projets de front sera déterminante pour concrétiser cette
ambition.
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