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  • 02/11/2026

Ghana : Mahama obtient le soutien de Moscou pour un projet de centrale nucléaire de 2 000 MW

Le Ghana et la Russie veulent approfondir leur coopération dans le domaine de l'énergie nucléaire. À l'issue de discussions entre John Dramani Mahama et Vladimir Poutine, Moscou s'est engagé à accompagner Accra dans le développement d'une centrale d'une capacité envisagée de 2 000 MW. Un projet stratégique pour renforcer la sécurité énergétique du pays et soutenir son ambition industrielle, mais dont les modalités de financement et de réalisation restent à préciser.

 

Le Ghana veut franchir une nouvelle étape dans sa stratégie énergétique en s'appuyant sur la technologie nucléaire russe. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a annoncé, le 31 octobre 2026, que la Russie avait accepté de travailler avec son pays à la mise en place d'une centrale nucléaire d'une capacité de 2 000 mégawatts (MW).

 

Cet engagement fait suite aux échanges entre le président ghanéen John Dramani Mahama et son homologue russe Vladimir Poutine, en marge du troisième sommet Russie-Afrique organisé à Moscou du 28 au 29 octobre. Selon le chef de la diplomatie ghanéenne, le projet doit contribuer à garantir la sécurité énergétique du pays et à fournir une base solide à son industrialisation.

 

L'annonce intervient alors que le Ghana cherche à diversifier son mix énergétique pour répondre à une demande croissante en électricité. Pour Accra, la disponibilité d'une énergie fiable et à un coût compétitif constitue un enjeu majeur, notamment pour développer la transformation locale de ses ressources minières, dont l'or, la bauxite et le manganèse.

 

Un projet qui remonte à l'époque de Nkrumah

 

Cette ambition nucléaire s'inscrit dans une histoire plus ancienne. Dès les années 1960, le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, avait engagé des préparatifs en vue de développer les capacités nucléaires du pays. En 1964, l'Union soviétique avait notamment fourni au Ghana un réacteur de recherche de 2 MW destiné aux activités scientifiques et à la formation.

 

Le projet avait toutefois été interrompu après le renversement de Nkrumah en février 1966. John Mahama entend ainsi renouer avec une ambition industrielle portée par les premières années de l'indépendance du pays.

 

Le choix de la Russie s'explique notamment par la présence de Rosatom, le groupe public russe spécialisé dans le nucléaire civil. Son directeur général, Alexeï Likhatchev, a confirmé le 30 octobre que son entreprise discutait de projets de centrales nucléaires de grande capacité avec quatre pays africains : le Ghana, l'Ouganda, l'Éthiopie et l'Égypte.

 

Rosatom arrive dans un programme déjà engagé

 

La coopération annoncée avec Moscou intervient alors que le Ghana avait déjà avancé dans la sélection de partenaires pour son programme nucléaire. En mars 2025, les autorités avaient annoncé avoir retenu la China National Nuclear Corporation (CNNC) pour développer un réacteur de grande puissance de 1 200 MW. Un autre volet du programme repose sur des petits réacteurs modulaires (SMR), avec l'américain NuScale Power et son partenaire Regnum Technology Group.

 

Ces partenariats avaient été présentés comme des étapes vers l'objectif d'intégrer environ 1 000 MW de capacité nucléaire dans le réseau électrique ghanéen à l'horizon 2034. Toutefois, les accords-cadres conclus avec les partenaires ne constituaient pas encore des contrats définitifs de construction.

 

L'arrivée de Rosatom dans les discussions soulève donc une question importante : le partenariat russe viendra-t-il compléter les projets déjà engagés ou modifiera-t-il les orientations technologiques du programme nucléaire ghanéen ? À ce stade, aucune précision officielle ne permet de trancher.

 

Surtout, l'annonce d'une coopération avec Moscou ne signifie pas que le chantier est prêt à démarrer. Aucun calendrier de construction, coût global, site d'implantation ou schéma de financement n'a été rendu public. Le projet devra également franchir les étapes techniques, réglementaires et financières nécessaires à la réalisation d'une infrastructure nucléaire de cette envergure.

 

Une coopération qui dépasse le secteur énergétique

 

Au-delà du nucléaire, les discussions entre Accra et Moscou ont débouché sur plusieurs autres engagements. Les deux pays prévoient notamment de renforcer leur coopération militaire à travers un nouveau pacte portant sur l'acquisition d'équipements stratégiques pour les forces armées ghanéennes.

 

L'agriculture figure également parmi les priorités. La Russie entend approfondir ses relations avec le Ghana afin de soutenir l'augmentation de la production céréalière et de faciliter l'approvisionnement en engrais. Une coopération qui intervient dans un contexte où la sécurité alimentaire et la disponibilité des intrants restent des enjeux importants pour l'économie ghanéenne.

 

Les deux gouvernements ont aussi convenu d'accroître les possibilités de bourses d'études destinées aux étudiants ghanéens en Russie et de relancer leur Commission permanente mixte de coopération, dont une prochaine réunion est envisagée à Moscou dans les semaines à venir.

 

Enfin, John Mahama a obtenu, selon son ministre des Affaires étrangères, un engagement de Vladimir Poutine visant à empêcher la participation de ressortissants ghanéens à la guerre en Ukraine, y compris par le biais de recrutements irréguliers ou d'engagements volontaires. Cette question est devenue sensible pour Accra, après plusieurs signalements de citoyens ghanéens recrutés pour combattre aux côtés des forces russes.

 

À travers ces engagements, le Ghana cherche à élargir ses partenariats économiques et stratégiques avec Moscou. Reste désormais à transformer les annonces politiques en projets opérationnels. Dans le nucléaire, la question du financement, du choix technologique et de la capacité à mener plusieurs projets de front sera déterminante pour concrétiser cette ambition.