Éducation financière, crédit, financement du commerce et paiements transfrontaliers : Afreximbank engage une offensive sur les compétences, avec l’ambition de toucher environ trois millions de familles et d’entreprises en Afrique et au sein de la diaspora.
En Afrique, l’accès au financement ne se résume
pas à la disponibilité des capitaux. Pour de nombreux entrepreneurs et petites
entreprises, l’obstacle se situe aussi en amont : comprendre les mécanismes de
crédit, constituer un dossier crédible, améliorer sa solvabilité ou encore
maîtriser les règles du commerce international.
C’est précisément sur ce terrain qu’Afreximbank
veut désormais accélérer. Sa branche dédiée au renforcement des capacités,
l’Académie Afreximbank (AFRACAD), a signé le 25 août au Caire un protocole
d’accord de trois ans avec CreditRegistry Corporation, une fintech spécialisée
dans l’information et l’éducation liées au crédit.
L’ambition affichée est massive : former environ
trois millions de familles et d’entreprises aux compétences financières et
commerciales. Le programme commencera par une première cohorte de 20 000 à 30
000 apprenants, avant une montée en puissance progressive.
Transformer la connaissance en capacité d’emprunt
Le partenariat part d’un constat simple : une
entreprise peut avoir un projet viable sans pour autant être suffisamment
préparée pour convaincre un établissement financier.
La collaboration entre AFRACAD et CreditRegistry
vise donc à combler cette lacune. Les bénéficiaires — jeunes, entrepreneurs,
micro, petites et moyennes entreprises, entreprises détenues par des femmes et
professionnels — auront accès à des formations portant notamment sur la culture
financière, l’entrepreneuriat et la gestion du crédit.
L’objectif est ensuite d’aller plus loin, vers
des compétences directement liées au financement du commerce, à la conformité,
à la vérification préalable et aux échanges internationaux.
Autrement dit, Afreximbank ne cherche pas
uniquement à diffuser des connaissances financières. Elle veut contribuer à
constituer un vivier d’acteurs économiques mieux préparés à accéder au crédit
et à participer aux chaînes commerciales régionales et internationales.
« L’avenir de l’Afrique ne reposera pas
uniquement sur le capital, mais aussi sur le savoir, les compétences et
l’autonomisation des populations », a souligné Stephen Kauma, directeur général
des ressources humaines du groupe Afreximbank.
Une passerelle vers les infrastructures du
commerce africain
L'autre particularité du programme réside dans
son articulation avec les infrastructures développées par Afreximbank.
La formation doit notamment favoriser une
meilleure compréhension et une adoption accrue de MANSA, le référentiel
panafricain de diligence raisonnable client, ainsi que du PAPSS, le système
panafricain de paiement et de règlement.
Cette dimension est stratégique. Le développement
du commerce intra-africain ne dépend pas uniquement de la suppression des
barrières tarifaires ou de la construction d'infrastructures physiques. Il
repose également sur la capacité des entreprises à satisfaire aux exigences de
conformité, à accéder aux paiements transfrontaliers et à trouver des
partenaires commerciaux fiables.
Le dispositif veut donc créer un parcours allant
de la littératie financière jusqu’au commerce transfrontalier.
Le crédit comme compétence économique
L'intégration du programme de l’Africa Consumer
Credit Academy (ACCA) de CreditRegistry dans la plateforme AFRACAD constitue le
cœur opérationnel du partenariat.
Les deux organisations prévoient de proposer des
cours numériques, des masterclasses, des ateliers pour cadres, des webinaires
et des programmes de certification.
L’enjeu est particulièrement important pour les
MPME, qui constituent une grande partie du tissu entrepreneurial africain mais
rencontrent encore des difficultés pour accéder au financement formel.
Une meilleure compréhension du crédit peut
améliorer la qualité des décisions financières des entrepreneurs, mais aussi
leur capacité à présenter leur activité, documenter leur situation et
construire progressivement un historique de crédit exploitable.
Pour Afreximbank, cette approche complète ainsi
son rôle traditionnel de financeur du commerce.
« En associant culture financière et formation
pratique au commerce, nous contribuons à transformer les ambitions en
entreprises, à multiplier les opportunités et à favoriser une prospérité plus
inclusive et durable », a déclaré Stephen Kauma.
Une infrastructure immatérielle pour le marché
africain
Derrière ce partenariat se dessine une évolution
plus large de la politique de développement des capacités d’Afreximbank.
La banque panafricaine dispose déjà d'importantes
capacités financières. À fin décembre 2025, ses actifs et provisions
dépassaient 48,5 milliards de dollars, pour 8,4 milliards de dollars de fonds
propres.
Mais l’institution cherche parallèlement à
renforcer ce que l’on pourrait appeler l’infrastructure immatérielle du
commerce africain : les compétences, la connaissance des mécanismes financiers,
la conformité et la capacité des entreprises à fonctionner dans un marché
continental intégré.
Cette approche prend une importance particulière
avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine
(ZLECAf). Un marché plus vaste ne produit pas automatiquement davantage
d’échanges si les entreprises ne disposent pas des compétences nécessaires pour
y accéder.
Le pari d’Afreximbank consiste donc à agir sur ce
maillon souvent moins visible : rendre les acteurs économiques africains mieux
préparés à utiliser les instruments financiers et commerciaux déjà disponibles.
La première étape concernera quelques dizaines de
milliers d’apprenants. Mais l’objectif final — trois millions de familles et
d’entreprises — donne au partenariat une tout autre dimension.
S’il atteint cette échelle, le programme pourrait
transformer l’éducation financière en véritable outil de politique économique,
en rapprochant davantage les ménages, les entrepreneurs et les MPME africains
des circuits formels du crédit et du commerce continental.
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