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  • 26/08/2026

Finance : Afreximbank veut rendre 3 millions d’Africains « finançables »

Éducation financière, crédit, financement du commerce et paiements transfrontaliers : Afreximbank engage une offensive sur les compétences, avec l’ambition de toucher environ trois millions de familles et d’entreprises en Afrique et au sein de la diaspora.

 

En Afrique, l’accès au financement ne se résume pas à la disponibilité des capitaux. Pour de nombreux entrepreneurs et petites entreprises, l’obstacle se situe aussi en amont : comprendre les mécanismes de crédit, constituer un dossier crédible, améliorer sa solvabilité ou encore maîtriser les règles du commerce international.

 

C’est précisément sur ce terrain qu’Afreximbank veut désormais accélérer. Sa branche dédiée au renforcement des capacités, l’Académie Afreximbank (AFRACAD), a signé le 25 août au Caire un protocole d’accord de trois ans avec CreditRegistry Corporation, une fintech spécialisée dans l’information et l’éducation liées au crédit.

 

L’ambition affichée est massive : former environ trois millions de familles et d’entreprises aux compétences financières et commerciales. Le programme commencera par une première cohorte de 20 000 à 30 000 apprenants, avant une montée en puissance progressive.

 

Transformer la connaissance en capacité d’emprunt

 

Le partenariat part d’un constat simple : une entreprise peut avoir un projet viable sans pour autant être suffisamment préparée pour convaincre un établissement financier.

 

La collaboration entre AFRACAD et CreditRegistry vise donc à combler cette lacune. Les bénéficiaires — jeunes, entrepreneurs, micro, petites et moyennes entreprises, entreprises détenues par des femmes et professionnels — auront accès à des formations portant notamment sur la culture financière, l’entrepreneuriat et la gestion du crédit.

 

L’objectif est ensuite d’aller plus loin, vers des compétences directement liées au financement du commerce, à la conformité, à la vérification préalable et aux échanges internationaux.

 

Autrement dit, Afreximbank ne cherche pas uniquement à diffuser des connaissances financières. Elle veut contribuer à constituer un vivier d’acteurs économiques mieux préparés à accéder au crédit et à participer aux chaînes commerciales régionales et internationales.

 

« L’avenir de l’Afrique ne reposera pas uniquement sur le capital, mais aussi sur le savoir, les compétences et l’autonomisation des populations », a souligné Stephen Kauma, directeur général des ressources humaines du groupe Afreximbank.

 

Une passerelle vers les infrastructures du commerce africain

 

L'autre particularité du programme réside dans son articulation avec les infrastructures développées par Afreximbank.

 

La formation doit notamment favoriser une meilleure compréhension et une adoption accrue de MANSA, le référentiel panafricain de diligence raisonnable client, ainsi que du PAPSS, le système panafricain de paiement et de règlement.

 

Cette dimension est stratégique. Le développement du commerce intra-africain ne dépend pas uniquement de la suppression des barrières tarifaires ou de la construction d'infrastructures physiques. Il repose également sur la capacité des entreprises à satisfaire aux exigences de conformité, à accéder aux paiements transfrontaliers et à trouver des partenaires commerciaux fiables.

 

Le dispositif veut donc créer un parcours allant de la littératie financière jusqu’au commerce transfrontalier.

 

Le crédit comme compétence économique

 

L'intégration du programme de l’Africa Consumer Credit Academy (ACCA) de CreditRegistry dans la plateforme AFRACAD constitue le cœur opérationnel du partenariat.

 

Les deux organisations prévoient de proposer des cours numériques, des masterclasses, des ateliers pour cadres, des webinaires et des programmes de certification.

 

L’enjeu est particulièrement important pour les MPME, qui constituent une grande partie du tissu entrepreneurial africain mais rencontrent encore des difficultés pour accéder au financement formel.

 

Une meilleure compréhension du crédit peut améliorer la qualité des décisions financières des entrepreneurs, mais aussi leur capacité à présenter leur activité, documenter leur situation et construire progressivement un historique de crédit exploitable.

 

Pour Afreximbank, cette approche complète ainsi son rôle traditionnel de financeur du commerce.

 

« En associant culture financière et formation pratique au commerce, nous contribuons à transformer les ambitions en entreprises, à multiplier les opportunités et à favoriser une prospérité plus inclusive et durable », a déclaré Stephen Kauma.

 

Une infrastructure immatérielle pour le marché africain

 

Derrière ce partenariat se dessine une évolution plus large de la politique de développement des capacités d’Afreximbank.

 

La banque panafricaine dispose déjà d'importantes capacités financières. À fin décembre 2025, ses actifs et provisions dépassaient 48,5 milliards de dollars, pour 8,4 milliards de dollars de fonds propres.

 

Mais l’institution cherche parallèlement à renforcer ce que l’on pourrait appeler l’infrastructure immatérielle du commerce africain : les compétences, la connaissance des mécanismes financiers, la conformité et la capacité des entreprises à fonctionner dans un marché continental intégré.

 

Cette approche prend une importance particulière avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Un marché plus vaste ne produit pas automatiquement davantage d’échanges si les entreprises ne disposent pas des compétences nécessaires pour y accéder.

 

Le pari d’Afreximbank consiste donc à agir sur ce maillon souvent moins visible : rendre les acteurs économiques africains mieux préparés à utiliser les instruments financiers et commerciaux déjà disponibles.

 

La première étape concernera quelques dizaines de milliers d’apprenants. Mais l’objectif final — trois millions de familles et d’entreprises — donne au partenariat une tout autre dimension.

 

S’il atteint cette échelle, le programme pourrait transformer l’éducation financière en véritable outil de politique économique, en rapprochant davantage les ménages, les entrepreneurs et les MPME africains des circuits formels du crédit et du commerce continental.