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  • 09/01/2026

Financer l’avenir avec le pétrole… à quel prix pour l’Afrique centrale ?

En Afrique centrale, certains pays pétroliers ont trouvé un moyen inédit de financer leurs ambitions : au lieu de passer par les banques traditionnelles, souvent réticentes, ils se tournent vers les négociants en matières premières. Le Gabon, le Congo et le Tchad illustrent parfaitement cette pratique, qui permet de boucler des deals rapidement, mais qui comporte des risques financiers importants.

 

Le Gabon, par exemple, a récemment racheté Assala Energy, une compagnie pétrolière indépendante, anciennement détenue par le fonds américain Carlyle. Face au refus des banques classiques, Libreville a sollicité Gunvor, le négociant suisse, pour financer l’opération. Le remboursement ? Une partie du pétrole produit par Assala dans les années à venir.

 

Une formule similaire a été adoptée par le Tchad et le Congo, avec Glencore ou Trafigura. À court terme, cela permet aux États d’avancer sur leurs projets et de sécuriser des actifs stratégiques. Mais pour les économistes, ces mécanismes présentent plusieurs risques concrets :

 

  • Des coûts cachés : le prix futur du pétrole livré est souvent fixé par le négociant, parfois en dessous de la valeur réelle du marché.
  • Une dépendance accrue : le négociant devient un acteur central dans la commercialisation du pétrole national, limitant la liberté stratégique de l’État.
  • Une dette invisible : ces contrats ne figurent pas toujours dans les comptes officiels, ce qui complique la gestion budgétaire et augmente le risque d’insolvabilité souveraine si les prix du pétrole chutent ou si la production baisse.

 

Les exemples du Tchad et du Congo montrent que ces pratiques, bien qu’efficaces pour débloquer des financements, peuvent peser lourd sur les finances publiques à moyen terme. Au Gabon, l’opération avec Gunvor a permis de finaliser le rachat d’Assala Energy, mais elle soulève la même inquiétude : à quel prix le pays sécurise-t-il son pétrole ?

 

Cette tendance illustre un dilemme central pour les pays producteurs : comment financer ses ambitions stratégiques quand les banques classiques restent frileuses, sans mettre en péril la stabilité financière nationale. Pour l’instant, la solution est rapide et pratique, mais elle laisse planer une incertitude majeure sur le long terme.