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  • 07/01/2026

FMI : Abebe Aemro Selassie, un départ qui marque l’Afrique

Le Fonds monétaire international s’apprête à perdre l’une de ses figures les plus influentes pour l’Afrique. Abebe Aemro Selassie, directeur du Département Afrique depuis 2016, quittera ses fonctions le 1er mai 2026, après plus de trente ans au sein de l’institution. Son départ intervient à un moment critique pour la région, alors que les économies subsahariennes naviguent entre pressions budgétaires, endettement croissant et besoins de financement pour la croissance et le développement.

 

L’annonce, faite à Washington ce mercredi 7 janvier 2026, par Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, souligne l’importance stratégique du rôle de Selassie. Le Département Afrique supervise les relations économiques avec 45 pays subsahariens. Il est au centre des programmes de soutien budgétaire, des négociations sur la dette et du renforcement des capacités institutionnelles. Sous sa direction, le FMI a accru la représentation de l’Afrique au sein de son Conseil d’administration avec la création d’un 25ᵉ siège, un signal fort de reconnaissance institutionnelle.

 

Selassie aura dirigé le département dans une période de turbulence exceptionnelle. La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement brutal des recettes publiques, suivi d’une inflation mondiale galopante et d’un durcissement des conditions de financement. Dans ce contexte, il a su adapter les programmes du FMI aux besoins spécifiques de chaque pays, en mettant l’accent sur les États fragiles et les zones touchées par les conflits.

 

Kristalina Georgieva a salué son leadership « en phase avec les aspirations des populations, notamment des jeunes, à une bonne gouvernance, à des économies fortes et à une prospérité durable ». Ses choix stratégiques ont renforcé la résilience des pays africains face aux chocs externes et ont modernisé les outils du FMI pour mieux accompagner la région.

 

Économiste éthiopien, Selassie a rejoint le FMI en 1994 et a occupé des postes clés à travers l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Chef de mission pour le Portugal et l’Afrique du Sud, représentant résident en Ouganda, il a aussi travaillé sur des programmes en Turquie, Thaïlande, Roumanie et Estonie. Cette expérience internationale a façonné sa capacité à adapter les politiques économiques aux réalités locales et à anticiper les crises.

 

Le départ de Selassie ouvre une phase délicate pour le FMI. Son successeur héritera d’un département confronté à des défis majeurs : endettement élevé, inflation persistante et pression sur les marges budgétaires. La question clé sera de maintenir la continuité de la stratégie, tout en restant sensible aux aspirations des populations africaines et à l’émergence d’une nouvelle génération de décideurs.

 

Pour l’Afrique, le message est clair : la relation avec le FMI entre dans une nouvelle séquence, où le dialogue exigeant doit être équilibré par la pertinence des conseils et l’efficacité des programmes. L’influence d’Abebe Aemro Selassie sur cette dynamique restera un repère, mais la région attend désormais que le Fonds poursuive cet engagement avec la même vision stratégique.