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  • 04/02/2026

Gaz naturel : Le Nigéria peut-il vraiment devenir la locomotive énergétique de l’Afrique ?

Le Nigéria affiche une ambition assumée : transformer son gaz naturel en levier de développement pour lui-même et pour l’ensemble du continent africain. À Abuja, lors de l’ouverture du Sommet international de l’énergie du Nigeria (NIES) 2026, le directeur général du groupe NNPC Ltd, Bashir Bayo Ojulari, a posé un cadre stratégique clair, mêlant transition énergétique, industrialisation et croissance économique.

 

Pour le patron de la compagnie pétrolière nationale, le gaz n’est ni une solution provisoire ni un simple complément aux énergies renouvelables. Il constitue le socle de la stratégie nigériane. « La voie d'un avenir prospère pour le Nigéria repose sur notre capacité collective à tirer parti de nos abondantes ressources, notamment le gaz, qui est au cœur de notre stratégie », a-t-il déclaré. Le gaz est présenté comme une énergie de transition, mais aussi comme un accélérateur industriel et un outil de compétitivité à l’export.

 

Cette ambition s’inscrit dans un contexte continental particulièrement contraint. L’Afrique reste confrontée à ce que Bashir Ojulari décrit comme un « trilemme énergétique » : produire suffisamment d’énergie, la rendre accessible au plus grand nombre et garantir sa durabilité. La réalité est implacable. Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, une situation qui freine l’industrialisation, limite la transformation agricole et entretient la pauvreté.

 

Dans ce paysage fragmenté, le Nigéria entend jouer un rôle moteur. Le pays dispose de 37 milliards de barils de réserves de pétrole brut et de 209 billions de pieds cubes de gaz naturel, l’un des potentiels les plus importants du continent. Pour la NNPC Ltd, ces ressources offrent une opportunité historique de rééquilibrer la trajectoire énergétique africaine. « La priorité du continent ne peut se limiter à un simple copier-coller », a insisté Ojulari, appelant à « une mise en œuvre juste, équitable et centrée sur les populations ».

 

Derrière cette formule, le message est clair : la transition énergétique africaine ne peut suivre mécaniquement les modèles occidentaux. Elle doit d’abord répondre à des urgences économiques et sociales. Le gaz est ainsi présenté comme un outil capable de réduire la pauvreté énergétique, de soutenir l’industrialisation locale, de renforcer l’agriculture et de moderniser les systèmes de transport, tout en offrant des perspectives économiques à une jeunesse nombreuse et souvent sous-employée.

 

La NNPC Ltd revendique d’ailleurs un rôle élargi. « NNPC Ltd n'est pas seulement une entité commerciale, mais aussi un acteur de la paix et de la prospérité », a affirmé son directeur général. Une déclaration qui traduit la volonté de positionner l’entreprise comme un instrument de stabilité économique et sociale, au-delà de ses missions strictement énergétiques.

 

Sur le terrain, cette stratégie repose sur des investissements lourds dans les infrastructures. La compagnie a lancé un nouveau plan directeur pour le gaz et accélère plusieurs projets structurants, dont les gazoducs Obiafu-Obrikom-Oben (OB3), Ajaokuta-Kaduna-Kano (AKK) et l’extension du système Escravos-Lagos (ELPS). Ces infrastructures doivent améliorer la circulation du gaz à l’intérieur du pays et renforcer la capacité industrielle des régions traversées.

 

Pour Bashir Ojulari, l’enjeu dépasse la simple pose de pipelines. « Ces projets sont bien plus que de simples pipelines, ce sont des autoroutes vers les opportunités économiques », a-t-il expliqué. Reste une question centrale : la capacité du Nigéria à transformer cette vision en résultats tangibles, dans un contexte où les attentes sociales sont fortes et où le temps est compté. C’est à cette condition que le gaz nigérian pourra réellement devenir un moteur, non seulement national, mais continental.