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  • 21/08/2026

Ghana : Alors qu’Accra retrouve de l’espace budgétaire et paie ses créanciers, les mineurs réclament 34,5 millions de dollars bloqués depuis la crise financière

Le paradoxe est saisissant. Alors que le Ghana tourne progressivement la page de sa crise de dette, restaure ses équilibres budgétaires et recommence à honorer ses engagements envers les détenteurs d’obligations, une partie des séquelles de sa précédente crise financière reste encore ouverte. Le syndicat des mineurs réclame ainsi le déblocage de plus de 380 millions de cedis, soit environ 34,5 millions de dollars, appartenant, selon lui, à plus de 19 000 travailleurs.

 

Le syndicat a remis jeudi 20 août une pétition à la Banque du Ghana pour demander la restitution de ces fonds, gelés depuis l’assainissement du secteur financier engagé en 2017. Le dossier concerne notamment des fonds de prévoyance, de l’épargne sociale et des indemnités de départ.

 

À première vue, les 34,5 millions de dollars paraissent modestes face aux montants mobilisés par Accra pour restructurer sa dette. Mais leur portée dépasse largement leur valeur financière. Ces sommes concernent notamment des retraités, des travailleurs licenciés, des veuves et des personnes à charge, selon le syndicat.

 

Le secrétaire général du syndicat des mineurs, Abdul-Moomin Gbana, affirme que ces bénéficiaires rencontrent des difficultés pour financer leurs dépenses de santé, d’éducation et de logement. Le syndicat dit avoir renoncé à manifester depuis 2021, privilégiant le dialogue avec les autorités sur la base d’assurances répétées de la Banque du Ghana. Il menace désormais de relancer l’action syndicale.

 

Le Ghana recommence pourtant à payer

 

Le timing donne au dossier une dimension particulière.

 

Le 19 août, soit la veille du dépôt de la pétition, le gouvernement ghanéen annonçait avoir versé 10,816 milliards de cedis en espèces aux détenteurs d’obligations dans le cadre de son programme d’échange de dette domestique. Le paiement, effectué intégralement en cash, illustre la capacité retrouvée de l’État à honorer ses engagements financiers.

 

Ce n’est pas la première fois que le Ghana démontre cette capacité. En février, Accra avait déjà réglé 10 milliards de cedis, soit environ 909 millions de dollars, au titre des intérêts dus dans le cadre du même programme. Il s’agissait alors du sixième paiement de coupon depuis le lancement de la restructuration de la dette domestique.

 

Le contraste est donc difficile à ignorer : l’État ghanéen retrouve progressivement sa capacité à payer ses créanciers tandis que des travailleurs réclament toujours des fonds bloqués à la suite d'une précédente crise du secteur financier.

 

Il faut néanmoins éviter une confusion : les 34,5 millions de dollars réclamés par les mineurs ne constituent pas, à ce stade, une dette souveraine assimilable aux obligations restructurées par Accra. Il s’agit de fonds que le syndicat affirme être dus à ses membres et dont le mécanisme de restitution doit encore être établi précisément.

 

Une crise financière qui laisse encore des traces

 

Pour comprendre le dossier, il faut remonter à 2017.

 

À cette époque, la Banque du Ghana lance une vaste opération d’assainissement du secteur financier après avoir constaté de graves problèmes de solvabilité et de gouvernance. Entre 2017 et 2019, les autorités révoquent les licences de plus de 400 institutions financières.

 

Cette opération a permis de nettoyer un système devenu profondément fragile. Mais elle a également laissé derrière elle des « legacy issues », ces dossiers hérités des anciennes faillites et restructurations qui continuent de peser sur le système financier.

 

Le cas des mineurs en est une illustration.

 

Le syndicat affirme que ses membres attendent depuis plusieurs années la récupération de leur épargne et de prestations qui leur sont destinées. Reuters rappelle que le FMI avait déjà signalé l’existence de problèmes hérités non résolus dans ses rapports consacrés au Ghana en 2023 et 2024.

 

La question n’est donc plus uniquement celle de 380 millions de cedis. Elle touche à la capacité du Ghana à achever véritablement le nettoyage engagé près d'une décennie plus tôt.

 

L’espace budgétaire change la donne

 

Le paradoxe intervient alors que les indicateurs macroéconomiques du Ghana se sont nettement améliorés.

 

Dans sa dernière revue, publiée fin juillet, le FMI a relevé la notation du risque de surendettement du pays de « élevé » à « modéré ». Le Fonds souligne également que l’amélioration de la trajectoire de la dette a créé un espace budgétaire soigneusement calibré, tout en maintenant l’objectif d’un excédent primaire de 1,5% du PIB en 2026 et celui d’un ratio de dette publique ramené à 45% du PIB à l’horizon 2034.

 

Cette amélioration ne signifie pas que le Ghana dispose soudainement d’une trésorerie abondante. Elle signifie plutôt que la pression exercée par la dette s’est suffisamment réduite pour permettre au gouvernement de recommencer à financer certaines priorités sans abandonner ses objectifs de discipline budgétaire.

 

C’est précisément dans cet environnement que la revendication des mineurs prend une nouvelle dimension.

 

Si l’État retrouve progressivement des marges de manœuvre et reprend le paiement de ses engagements, la pression monte pour qu’il règle également les dossiers sociaux et financiers hérités des années de crise.

 

Une question de confiance dans le système financier

 

Le problème est aussi institutionnel.

 

L’assainissement de 2017-2019 visait à restaurer la confiance dans le secteur financier ghanéen. Mais lorsque des fonds restent bloqués plusieurs années après la fermeture ou la restructuration d’institutions financières, cette confiance peut rester fragile pour les épargnants concernés.

 

La situation est d’autant plus sensible que le Ghana vient de traverser sa plus grave crise économique depuis plusieurs décennies. Le programme de soutien de 3 milliards de dollars conclu avec le FMI a accompagné une restructuration profonde des finances publiques et du secteur financier. Reuters considère d’ailleurs que ce programme a contribué à sortir le pays de sa pire crise économique en une génération.

 

La prochaine étape de la normalisation pourrait donc être moins spectaculaire que la restructuration de la dette, mais tout aussi importante : solder les anciens dossiers et restaurer définitivement la confiance des épargnants et des travailleurs concernés.

 

Le prochain test pour Accra

 

Le gouvernement ghanéen peut aujourd’hui mettre en avant une série d’améliorations : baisse du poids de la dette, amélioration des équilibres budgétaires, stabilisation macroéconomique et retour progressif des paiements aux créanciers.

 

Mais la pétition du syndicat des mineurs rappelle une réalité moins visible : une sortie de crise ne se mesure pas seulement aux paiements effectués aux marchés et aux créanciers internationaux. Elle se mesure aussi à la capacité à solder les petites et grandes créances laissées derrière elle.

 

Les 34,5 millions de dollars réclamés par les mineurs représentent une somme relativement faible à l’échelle de la dette ghanéenne. Leur portée politique et sociale est pourtant beaucoup plus importante.

 

Car derrière ces millions se trouvent 19 000 travailleurs et leurs familles, dont certains attendent depuis près d’une décennie de récupérer leur argent.

 

Le gouvernement devra désormais expliquer pourquoi ces fonds restent bloqués et surtout déterminer qui doit les restituer, selon quel mécanisme et dans quel calendrier.

 

Après avoir demandé aux créanciers de faire des sacrifices pour sauver les finances publiques, le Ghana est confronté à une autre exigence : montrer que le retour à la stabilité bénéficie aussi à ceux dont l’épargne a été prise dans les filets de la crise financière.