Le gouvernement ghanéen justifie la concentration des ressources pétrolières sur cette infrastructure par la volonté de limiter la dispersion des investissements publics. Il rejette également les accusations de rétention d’informations formulées à la suite d’une déclaration du comité chargé de surveiller ces revenus.
Le Ghana veut consacrer ses ressources pétrolières
disponibles en 2026 à un projet routier majeur. Dans un communiqué publié le 23
octobre, le ministère des Finances a confirmé que les fonds alloués à
l’autoroute Accra–Kumasi, y compris la totalité du montant réalisé au titre de
l’Annual Budget Funding Amount (ABFA), ont été réservés à sa
construction.
L’ABFA correspond à la part des revenus pétroliers
affectée au financement du budget de l’État. Le ministère précise que les
sommes concernées serviront au projet lorsque le contrat de construction aura
été attribué. Le communiqué ne précise toutefois ni le montant mobilisé ni le
coût total de l’autoroute.
Cette annonce intervient après une déclaration publiée
le 21 octobre par le Comité d’intérêt public et de redevabilité (PIAC), chargé
de surveiller la gestion des revenus pétroliers. Le ministère conteste les
accusations laissant entendre qu’il aurait retenu des informations sur
l’utilisation de l’ABFA.
Une concentration des ressources sur un
projet majeur
Pour justifier cette décision, le ministère invoque
une recommandation antérieure du PIAC, qui préconisait de limiter la dispersion
des revenus pétroliers entre de nombreux projets aux retombées économiques
jugées limitées.
Le gouvernement entend ainsi concentrer les
financements sur l’autoroute Accra–Kumasi, un axe reliant Accra, la capitale, à
Kumasi, deuxième grande ville du pays et important centre commercial.
Une infrastructure routière performante peut faciliter
les échanges de marchandises, réduire les contraintes de transport et améliorer
les connexions entre les pôles économiques. Mais les retombées attendues de ce
projet dépendront notamment de son coût, de ses conditions de réalisation et de
sa mise en service.
En l’absence de données sur le budget total de
l’autoroute et sur les sommes effectivement affectées, il reste difficile de
mesurer l’ampleur de l’engagement financier de l’État. Le ministère indique par
ailleurs que le contrat n’a pas encore été attribué, sans fournir de calendrier
pour cette étape.
Le ministère conteste les accusations du
PIAC
Sur le volet de la transparence, le ministère affirme
avoir transmis au PIAC les données relatives aux recettes pétrolières et à leur
répartition. Il indique également avoir expliqué les modalités d’utilisation de
l’ABFA lors d’un atelier de validation organisé à distance et de réunions en
présentiel avec les responsables du Comité.
Pour les autorités, l’absence de données sur
l’utilisation de l’ABFA dans le rapport semestriel du PIAC ne constitue donc
pas une preuve de rétention d’informations.
Cette réponse ne suffit cependant pas à établir
l’origine exacte du désaccord. Il faudrait examiner la déclaration du Comité du
21 octobre pour déterminer quelles informations ont été jugées manquantes et si
les éléments transmis permettent de vérifier l’affectation et l’utilisation des
ressources.
La distinction est importante : communiquer les
recettes et leur répartition ne répond pas nécessairement à toutes les
questions relatives à l’exécution des dépenses financées. La transparence
budgétaire suppose aussi de pouvoir suivre les fonds jusqu’à leur utilisation
effective.
Les collectivités locales doivent
conserver leurs financements
Le ministère assure que la décision de réserver les
ressources de l’ABFA à l’autoroute ne pénalisera pas les collectivités
territoriales.
Selon son communiqué, la part de 5% destinée au Fonds
commun des Assemblées de district (District Assemblies Common Fund,
DACF) est versée à partir du Fonds consolidé, le compte central des ressources
publiques de l’État.
Ce mécanisme doit permettre de maintenir les
transferts aux Assemblées métropolitaines, municipales et de district malgré la
nouvelle affectation des revenus pétroliers.
Le ministère ne fournit toutefois pas les montants
effectivement transférés au DACF. Les données disponibles dans le communiqué ne
permettent donc pas de vérifier si les versements attendus ont été
intégralement effectués. La règle des 5% et ses modalités d’application
mériteraient également d’être confrontées aux textes budgétaires en vigueur.
Le ministère promet enfin de poursuivre la
transmission des informations au PIAC et de rendre compte de la gestion des
revenus pétroliers dans ses rapports annuels, ses rapports de rapprochement
pétrolier et ses documents budgétaires.
L’enjeu dépasse ainsi le seul financement de
l’autoroute Accra–Kumasi. Pour le Ghana, il s’agit de transformer les revenus
tirés d’une ressource naturelle en investissements durables, tout en permettant
au public de contrôler l’affectation des fonds. L’évaluation de cette stratégie
dépendra autant des résultats du projet routier que de la transparence des
dépenses engagées.
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