News
  • 12/10/2026

Ghana : Moody’s relève la note du pays, mais le retour à la confiance reste fragile

Après plusieurs années de crise de la dette, le Ghana franchit une nouvelle étape dans le redressement de ses finances publiques. Le relèvement de sa note souveraine par Moody’s traduit une amélioration de sa capacité à honorer ses engagements, sans pour autant effacer les risques qui pèsent encore sur son économie.

 

Le Ghana poursuit son redressement financier. Le vendredi 9 octobre 2026, l’agence de notation Moody’s a relevé la note souveraine du pays de Caa1 à B3, invoquant notamment la baisse des coûts d’emprunt et l’amélioration de sa capacité à supporter sa dette. Il s’agit de la deuxième révision à la hausse en un an, selon Reuters.

 

Cette décision intervient après plusieurs années de turbulences budgétaires qui ont conduit Accra à restructurer une partie importante de ses engagements financiers. Mais si le pays regagne progressivement du crédit auprès des investisseurs, il reste encore loin d’une signature souveraine considérée comme peu risquée.

 

Une sortie progressive de la crise de la dette

 

La crise ghanéenne a mis en évidence les limites d'un modèle économique confronté à la hausse du coût de la dette, aux déséquilibres budgétaires et à la dépréciation de la monnaie nationale. En 2022, la dégradation des finances publiques avait conduit le pays à solliciter l'aide du Fonds monétaire international (FMI).

 

Le programme de financement de 3 milliards de dollars approuvé en mai 2023 a accompagné les efforts de stabilisation macroéconomique et de restructuration de la dette. Accra a notamment procédé à une réorganisation de sa dette intérieure, puis à un échange de ses euro-obligations en 2024, afin d'alléger les échéances et de rétablir progressivement la soutenabilité de ses finances publiques.

 

Les indicateurs se sont depuis améliorés. Selon les données du FMI, le ratio de la dette publique au produit intérieur brut (PIB) est passé d'environ 93% fin 2022 à 48,8% fin 2025, selon la définition retenue dans le programme du Fonds. Cette évolution reflète notamment la restructuration de la dette, l'ajustement budgétaire et les effets de la croissance nominale.

 

Le redressement reste néanmoins conditionné à la capacité du gouvernement à maintenir la discipline budgétaire et à éviter de nouveaux déséquilibres. Une diminution du ratio d'endettement ne signifie pas que toutes les difficultés de financement ont disparu.

 

Un signal favorable pour les investisseurs

 

Le relèvement de Caa1 à B3 améliore la position du Ghana dans l'échelle de notation de Moody's. Ces deux catégories restent spéculatives, mais B3 correspond à un risque de crédit moins élevé que Caa1.

 

L'enjeu dépasse la seule appréciation de l'agence. La notation souveraine influence, parmi d'autres facteurs, la perception du risque par les investisseurs et les conditions auxquelles un État peut mobiliser des ressources sur les marchés financiers.

 

En principe, une amélioration de la note peut contribuer à réduire la prime de risque exigée par les prêteurs. Pour Accra, cela pourrait progressivement faciliter le recours aux marchés obligataires et diversifier les sources de financement du budget.

 

La baisse des coûts d'emprunt mentionnée par Moody's constitue donc un élément important de cette évolution. Elle peut contribuer à réduire la pression des intérêts sur les finances publiques et à dégager davantage de marges de manœuvre budgétaires.

 

Mais le mouvement n'est pas automatique. Les taux internationaux, la liquidité des marchés, les besoins de financement du pays et la confiance des investisseurs continueront de peser sur les conditions auxquelles le Ghana pourra emprunter.

 

Pourquoi Moody's choisit-elle une perspective stable ?

 

Le relèvement de la note s'accompagne d'un changement de perspective, passée de positive à stable. Moody's avait attribué une perspective positive au Ghana en avril 2026.

 

Cette évolution mérite attention. Elle ne remet pas en cause l'amélioration de la note, mais traduit une appréciation plus prudente des perspectives immédiates du pays.

 

La note B3 tient compte des progrès accomplis dans le redressement financier. La perspective stable indique, quant à elle, que l'agence ne signale pas de tendance suffisamment établie pour anticiper une nouvelle amélioration ou une dégradation à court terme.

 

Le Ghana doit donc confirmer ses avancées. La gestion des dépenses publiques, la mobilisation des recettes fiscales et la maîtrise des besoins de financement resteront déterminantes pour consolider la confiance retrouvée.

 

Le défi du financement de l'économie réelle

 

Au-delà des comptes de l'État, l'enjeu est de savoir si ce redressement peut améliorer les conditions de financement des entreprises et soutenir l'investissement privé.

 

Un État qui emprunte à des conditions moins coûteuses peut, dans certaines circonstances, réduire la pression qu'il exerce sur les ressources financières disponibles dans l'économie. Une amélioration de la confiance peut également favoriser les investissements, à condition que les autres risques économiques restent maîtrisés.

 

Pour les entreprises ghanéennes, les bénéfices ne seront toutefois ni immédiats ni garantis. Le coût du crédit dépend aussi de la politique monétaire, de la solidité des banques, du risque propre à chaque emprunteur et de la disponibilité des financements.

 

La priorité pour Accra sera donc de transformer l'amélioration de ses indicateurs financiers en conditions plus favorables à l'activité productive, à l'investissement et à la création d'emplois.

 

Le relèvement de Moody's constitue une étape supplémentaire dans cette direction. Il ne représente pas encore un retour à une signature souveraine peu risquée : la catégorie B3 demeure spéculative.

 

Le véritable test sera désormais la capacité du Ghana à préserver la stabilité macroéconomique, à maintenir une trajectoire d'endettement soutenable et à restaurer durablement son accès aux financements. Après la restructuration, le défi est moins de convaincre les créanciers que le pays a progressé que de leur démontrer que ces progrès peuvent durer.