Le Ghana n’a pas seulement payé. Il a voulu être vu en train de payer.
Le 30 décembre 2025, Accra a réglé une obligation
eurobonds de 709 millions de dollars, avant son échéance. L’annonce, faite le
lendemain par le ministre des Finances Cassiel Ato Forson, intervient à un
moment clé : celui où le pays tente de refermer le chapitre du défaut souverain
déclaré trois ans plus tôt.
« Le ministère des Finances a réglé avec succès une
obligation eurobonds de 709 millions de dollars américains le 30 décembre 2025,
avant la date d’échéance », a écrit le ministre, qualifiant l’opération de «
nouvelle étape importante dans la reprise économique et les efforts de gestion
de la dette du Ghana ».
Au-delà du montant, c’est la régularité qui frappe. Ce
paiement porte à 1,4 milliard de dollars le total des sommes versées aux
détenteurs d’eurobonds sur l’ensemble de l’année 2025, dans le cadre du
protocole d’accord issu de la restructuration de la dette extérieure. Un
contraste saisissant avec décembre 2022, lorsque le Ghana suspendait brutalement
le service de sa dette, étranglé par le manque de devises et l’explosion de ses
charges financières.
À l’époque, la crise était systémique. Dette
massivement libellée en dollars, chute du cedi, inflation importée, déficits
budgétaires chroniques : le pays avait perdu l’accès aux marchés internationaux
et vu ses réserves fondre à un niveau critique. Le recours au FMI et une
restructuration profonde de la dette étaient devenus inévitables.
Trois ans plus tard, le contexte a changé. Pas par
miracle, mais par contrainte. Sous programme du FMI, le Ghana évolue désormais
dans un cadre budgétaire strict, où chaque paiement est scruté, validé et
anticipé. Dans ce cadre, le règlement anticipé de cette échéance n’est pas un
simple acte comptable : c’est un signal de discipline financière.
Le ministre des Finances en fait d’ailleurs un axe
central de son message. « Ce règlement en temps opportun réaffirme la
crédibilité du Ghana en tant qu’emprunteur souverain et souligne l’engagement
du gouvernement à restaurer la confiance des investisseurs », affirme Cassiel
Ato Forson.
Mais cette crédibilité reste fragile. Le pays demeure
sous assistance financière internationale et sa dette publique, bien qu’en
repli par rapport aux niveaux critiques atteints après la crise, reste élevée.
Le Ghana ne peut pas encore prétendre à un retour rapide et bon marché sur les
marchés internationaux de capitaux. Le paiement de 709 millions de dollars
rassure, mais il ne suffit pas à effacer plusieurs années de déséquilibres.
Les autorités en sont conscientes. « Les réformes
seront intensifiées dans la mobilisation des recettes intérieures, la gestion
des finances publiques et la gestion de la dette », prévient le ministre.
Traduction : l’ajustement budgétaire se poursuit, et les marges de manœuvre
restent limitées.
Le message adressé à la population est tout aussi
clair. Le gouvernement remercie les Ghanéens pour leur patience et appelle à la
poursuite de la “tolérance” en 2026. Une manière assumée de reconnaître que les
efforts demandés ne sont pas terminés, même si les premiers résultats
deviennent visibles : inflation en reflux, réserves de change en reconstitution
et stabilisation progressive du cadre macroéconomique.
Pour les investisseurs, les banques et les assureurs,
ce paiement marque une ligne de démarcation. Le Ghana n’est plus un pays en
situation de défaut imminent. Il n’est pas encore redevenu un emprunteur
confortable. Il est désormais engagé dans une phase intermédiaire, celle du réapprentissage
de la crédibilité, où chaque échéance honorée compte autant que les réformes
annoncées.
En concluant son message par un sobre « Que 2026 soit
notre meilleure année à ce jour », le ministre fixe un horizon plus qu’une
promesse. Dans le cas du Ghana, la confiance ne se proclame plus : elle se
reconstruit, paiement après paiement.
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