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  • 05/01/2026

Nigéria : La Banque centrale parie sur la stabilité pour relancer la croissance

Inflation en reflux, naira sous contrôle, banques recapitalisées : la Banque centrale du Nigéria affiche une confiance prudente dans l’avenir économique du pays.

 

Après deux années de turbulences monétaires et de réformes parfois douloureuses, le Nigéria veut croire au retour à l’équilibre. Dans son Macroeconomic Outlook 2026, la Banque centrale du Nigéria (CBN) dessine une trajectoire économique faite de discipline, de consolidation et de réformes structurelles, dans un environnement mondial toujours incertain.

 

Le message est clair : la phase d’urgence est derrière, place désormais à la stabilisation durable.

 

Une économie qui reprend de la respiration

 

Selon la CBN, l’économie nigériane devrait accélérer en 2026, avec une croissance attendue autour de 4,5%, contre près de 3,9% en 2025. Cette reprise serait portée par plusieurs moteurs : la montée en puissance des secteurs non pétroliers, l’amélioration de la production d’hydrocarbures, mais surtout un climat macroéconomique jugé plus lisible.

 

Le secteur des services, pilier de l’économie nigériane, continuerait de tirer la croissance, soutenu par les télécommunications, la finance, le commerce et les transports. L’agriculture, bien que toujours vulnérable aux chocs climatiques et sécuritaires, devrait également contribuer positivement, grâce aux politiques de soutien à la production et à la transformation locale.

 

Inflation : le nerf de la guerre monétaire

 

C’est sans doute sur le front de l’inflation que la Banque centrale se montre la plus confiante. Après avoir culminé à des niveaux élevés, la hausse des prix est projetée en nette décélération, autour de 13% en 2026, contre plus de 21% en moyenne en 2025.

 

Cette désinflation serait le fruit d’un cocktail assumé : politique monétaire restrictive prolongée, stabilisation du marché des changes, amélioration de l’offre alimentaire et énergétique, et effets retardés des réformes engagées depuis 2023.

 

Signe fort : la CBN confirme sa transition progressive vers un régime de ciblage de l’inflation, un tournant institutionnel majeur pour la première économie d’Afrique. Objectif affiché : ancrer les anticipations, renforcer la crédibilité de la politique monétaire et rompre avec les cycles inflationnistes chroniques.

 

Le naira, symbole d’une normalisation en cours

 

Longtemps point faible de l’économie nigériane, le marché des changes apparaît aujourd’hui plus maîtrisé. La Banque centrale mise sur la poursuite de la stabilité du naira, soutenue par l’afflux de devises issues des exportations, des investissements de portefeuille et des transferts de la diaspora.

 

Les réformes du marché des changes – plus de transparence, unification progressive des taux, nouvelles plateformes de cotation – ont permis de réduire les distorsions et de restaurer un minimum de confiance. Les réserves de change, en hausse, constituent un autre filet de sécurité dans un contexte international volatil.

Banques : recapitalisation ou marginalisation

 

Autre pilier de la stratégie de stabilisation : le renforcement du système bancaire. La vaste opération de recapitalisation engagée par la CBN vise à doter les banques nigérianes de fonds propres suffisants pour financer l’économie réelle, absorber les chocs et accompagner l’ambition d’un Nigéria à mille milliards de dollars de PIB.

 

Derrière l’exercice, un message sans ambiguïté : seules les banques solides survivront. Pour les investisseurs, c’est un signal de sérieux. Pour les établissements les plus fragiles, un test de vérité.

 

Des finances publiques sous surveillance

 

Sur le plan budgétaire, la Banque centrale anticipe une amélioration progressive des finances publiques, portée par la mise en œuvre de la Nigeria Tax Act 2025, l’élargissement de l’assiette fiscale et une meilleure mobilisation des recettes non pétrolières.

 

La dette publique, bien que contenue autour de 35% du PIB, reste sous étroite surveillance. La CBN insiste sur la nécessité d’une coordination étroite entre politique budgétaire et politique monétaire pour éviter toute rechute inflationniste.

 

Optimisme, mais sous conditions

 

La Banque centrale ne cache toutefois pas les zones de risque. Un choc pétrolier, une recrudescence des tensions géopolitiques, une dégradation sécuritaire ou un dérapage budgétaire pourraient fragiliser la trajectoire projetée.

 

D’où le ton général du rapport : optimisme mesuré, presque pédagogique. Le Nigéria avance, mais sur une ligne de crête.

 

Un message aux marchés

 

Au-delà des chiffres, le Macroeconomic Outlook 2026 est un document de communication stratégique. Il s’adresse autant aux Nigérians qu’aux investisseurs internationaux, aux agences de notation et aux partenaires financiers.

 

La CBN veut montrer un Nigéria réformateur, discipliné, capable de parler le langage de l’orthodoxie économique tout en poursuivant ses objectifs de croissance et d’inclusion.

 

Reste à savoir si cette stabilité annoncée résistera à l’épreuve du réel. Mais une chose est sûre : le Nigéria a clairement changé de discours. Et, sur les marchés, le discours compte presque autant que les chiffres.