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  • 06/10/2026

Notation : Comment l’AfCRA veut aider l’Afrique à mieux défendre son risque auprès des investisseurs

L’Afrique s’apprête à lancer à Maurice l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), une agence destinée à proposer une évaluation du risque des États et entreprises davantage ancrée dans les réalités du continent. Derrière cette initiative se joue un enjeu financier majeur : améliorer la perception du risque africain et, à terme, réduire le coût de son financement.

 

Le lancement de l’AfCRA, prévu le 7 octobre à Maurice, marque une nouvelle étape dans la volonté de l’Afrique de renforcer son architecture financière. Le ministre d’État ougandais chargé de la Planification, Amos Lugoloobi, a représenté le président Yoweri Museveni dans le cadre de cette séquence réunissant responsables publics, investisseurs et acteurs financiers.

 

Mais au-delà de la cérémonie, la question est simple : qui évalue le risque africain et selon quelles données ?

 

Moody’s, Fitch et S&P Global occupent aujourd’hui une place centrale dans la notation des États et entreprises africains. Selon le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), plus de 70% des notations attribuées en Afrique sont émises par des entités non africaines. Seuls 32 des 55 pays du continent disposent par ailleurs d’une notation auprès des trois grandes agences internationales.

 

Les promoteurs de l’AfCRA ne soutiennent pas que ces agences seraient systématiquement trop sévères. Ils estiment plutôt que certaines méthodologies ne reflètent pas toujours suffisamment les spécificités des économies africaines, notamment leurs structures économiques, leurs marchés financiers locaux et leurs données disponibles.

 

L’enjeu est directement financier. Une notation influence la perception du risque et donc le rendement exigé par les investisseurs. Plus le risque perçu est élevé, plus le coût d’emprunt peut augmenter. Le PNUD estime ainsi que des notations plus objectives pourraient permettre aux pays africains d’économiser jusqu’à 74,5 milliards de dollars en coûts d’emprunt supplémentaires et en financements auxquels ils n’ont pas accès.

 

Le défi de la crédibilité

 

L’AfCRA devra toutefois résoudre un paradoxe : être une agence africaine tout en convainquant les marchés de son indépendance.

 

Le modèle retenu prévoit une structure indépendante, pilotée par le secteur privé et autofinancée. Les gouvernements africains ne doivent pas détenir de participation dans son capital. Le MAEP, qui a conduit le processus de création, doit également laisser l’agence fonctionner de manière autonome.

 

L’objectif n’est donc pas de remplacer Moody’s, Fitch ou S&P Global, mais de fournir une opinion supplémentaire sur le risque africain.

 

Sa crédibilité se jouera précisément lorsqu’elle devra attribuer une mauvaise note à un État africain. Une agence systématiquement plus favorable aux gouvernements du continent aurait peu de chances de convaincre les investisseurs. À l’inverse, une AfCRA capable de maintenir son indépendance lorsque ses analyses sont défavorables pourrait progressivement gagner leur confiance.

 

Le débat est déjà concret. En juin 2025, le MAEP avait contesté certains éléments de l’analyse de Fitch après l’abaissement de la note d’Afreximbank de BBB à BBB-. Quelques mois plus tard, Afreximbank a mis fin à sa relation avec Fitch. Le MAEP a toutefois précisé que cette décision ne devait pas être réduite au seul déclassement de 2025.

 

Un enjeu qui dépasse les États

 

L’AfCRA doit également couvrir les entreprises, les entités sous-souveraines et d’autres émetteurs africains. L’objectif est de réduire les asymétries d’information et de contribuer au développement des marchés de capitaux du continent.

 

Cette ambition intervient alors que la pression de la dette s’est accentuée. Selon l’Union africaine, le service de la dette extérieure africaine est passé de 61 milliards de dollars en 2010 à 163 milliards de dollars en 2024.

 

Le véritable test de l’AfCRA ne sera donc pas son lancement à Maurice, mais l’accueil réservé à ses premières notations par les investisseurs internationaux.

 

L’Afrique ne cherche pas seulement à créer une agence de notation. Elle veut peser davantage sur la manière dont son risque est évalué — et donc, potentiellement, sur le prix auquel elle emprunte.