Réunis à Dakar le 2 octobre 2026, les ministres de l’UEMOA ont avancé sur trois leviers qui touchent directement les économies de l’Union : l’exécution des investissements publics, les paiements transfrontaliers et la mobilisation de financements par la BOAD. Des réformes adoptées alors que la croissance régionale reste solide, à 6% au deuxième trimestre.
L’UEMOA veut rendre ses instruments économiques plus
efficaces. Lors de leur troisième session ordinaire de 2026, tenue à Dakar sous
la présidence du ministre burkinabè de l’Économie et des Finances, Aboubakar
Nacanabo, les ministres ont adopté plusieurs décisions qui concernent
directement la capacité des Etats à investir, commercer et mobiliser des
ressources.
La première porte sur les marchés publics. Le Conseil
a adopté une nouvelle directive relative à la réglementation communautaire de
la commande publique. L’objectif est notamment d’améliorer la capacité des
Etats membres à absorber leurs crédits d’investissement et d’accélérer les
procédures de passation des marchés.
Derrière cette réforme administrative se trouve un
enjeu budgétaire très concret. Un crédit inscrit dans un budget ne produit
aucun investissement tant que les procédures nécessaires à son utilisation ne
sont pas achevées. Des marchés publics plus rapides et mieux encadrés doivent
donc permettre aux Etats de transformer plus efficacement leurs ressources
budgétaires en infrastructures et en projets économiques.
Le PAPSS au cœur de l’intégration
financière
Le Conseil a également formulé un avis sur la
participation de la BCEAO et des banques commerciales de l’UMOA au Système
panafricain de paiement et de règlement (PAPSS).
La démarche touche cette fois au fonctionnement des
échanges entre économies africaines. En facilitant les paiements
transfrontaliers, le PAPSS doit contribuer à rendre les transactions
commerciales et financières plus simples à l’échelle du continent.
Pour les entreprises de l’UMOA, l’enjeu est loin
d’être théorique. La fluidité des règlements entre pays constitue l’une des
conditions du développement du commerce intra-africain. Une intégration accrue
des infrastructures de paiement peut ainsi réduire certaines frictions qui
compliquent encore les transactions entre entreprises africaines.
Il convient toutefois de rester précis : le Conseil a
formulé un avis sur la participation de la BCEAO et des banques commerciales de
l’UMOA au PAPSS. Il ne s’agit donc pas encore de présenter cette participation
comme pleinement opérationnelle.
La BOAD veut élargir son accès aux
financements
La troisième décision majeure concerne la Banque
ouest-africaine de développement (BOAD). Le Conseil a adopté une décision
relative à la renonciation aux immunités et privilèges de l’institution, dans
le cadre de la mobilisation de concours financiers auprès de plusieurs
partenaires techniques et financiers.
Derrière cette formulation juridique se trouve un
objectif financier : permettre à la BOAD de faciliter l’accès à de nouvelles
ressources et, à terme, de renforcer sa capacité à financer les projets
prioritaires et structurants des Etats membres.
Cette marge de manœuvre supplémentaire intervient dans
une région où les besoins d’investissement restent élevés. Pour une banque
régionale de développement, disposer de ressources additionnelles permet
d’élargir les possibilités de financement au-delà des capacités propres de ses
Etats actionnaires.
Une Union en croissance, mais exposée aux
chocs extérieurs
Ces décisions interviennent alors que l’activité
économique de l’UEMOA reste soutenue. La croissance de l’Union est estimée à 6%
au deuxième trimestre 2026, après 6,1% au trimestre précédent. L’inflation
s’est, pour sa part, établie à 0,4%, contre -0,2% au premier trimestre.
La position extérieure de l’Union s’est également
renforcée, notamment grâce à l’augmentation des exportations d’or, de coton, de
cacao et de produits pétroliers. Cette dynamique reste toutefois exposée aux
évolutions de l’environnement international et aux vulnérabilités propres aux
économies de la région.
Le Conseil a notamment relevé les incertitudes liées
au conflit au Moyen-Orient et à ses répercussions sur les équilibres
économiques et financiers mondiaux. Les perspectives de l’UEMOA restent
également tributaires des effets du changement climatique et de la situation
économique de chacun des Etats membres.
Dans ce contexte, les décisions prises à Dakar
prennent une dimension particulière. L’objectif n’est pas seulement de faire
évoluer les règles communautaires, mais de renforcer les mécanismes permettant
de convertir la croissance en investissements, de faciliter les échanges entre
économies africaines et d’accroître les capacités de financement des projets
structurants.
Le Conseil a par ailleurs approuvé la Stratégie
régionale de protection sociale 2026-2035, destinée à accompagner les Etats
dans l’extension de la protection sociale aux groupes vulnérables, avec un
accent sur l’équité. Il a également modifié le statut du Greffier de la Cour de
Justice de l’UEMOA et approuvé les comptes de l’Autorité des marchés financiers
de l’UMOA (AMF-UMOA) pour l’exercice 2025.
Les travaux ont enfin porté sur le recours préjudiciel
n°26 RP 001.10 et sur le projet Office du Niger de la Commission de l’UEMOA au
Mali.
À Dakar, le message économique est donc assez clair :
alors que l’Union conserve une croissance robuste, ses Etats cherchent à
améliorer les conditions permettant de financer et d’exécuter les
investissements, de fluidifier les échanges et de mobiliser davantage de
capitaux. Reste désormais le plus difficile : transformer ces décisions
communautaires en résultats mesurables sur le terrain.
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