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  • 09/09/2026

PAPSS : Jusqu’à 95% d’économie sur les paiements transfrontaliers, le vrai défi reste l’adoption

Le véritable pari du Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS) ne se mesure pas uniquement au nombre de transactions qu’il traite. Il se joue aussi sur le coût de ces opérations. Selon Mike Ogbalu III, directeur général du PAPSS, le dispositif peut permettre de réduire de 90 à 95% le coût de certains paiements transfrontaliers africains.

 

Cette promesse prend une importance particulière alors que le PAPSS connaît une forte accélération de son activité. Son volume de transactions a progressé de plus de 1 000%, tandis que leur valeur a augmenté de 125%, selon les dernières déclarations de son directeur général.

 

Le coût caché du commerce africain

 

Pour une entreprise qui importe ou exporte à travers les frontières africaines, le paiement constitue encore un véritable parcours d’obstacles. Conversion de devises, frais bancaires, intermédiaires, délais de règlement et contraintes de liquidité peuvent renchérir une opération commerciale pourtant réalisée entre deux pays du même continent.

 

Le PAPSS cherche précisément à réduire cette friction. Son fonctionnement permet à un donneur d’ordre d’initier un paiement dans sa monnaie locale, tandis que le bénéficiaire reçoit les fonds dans sa propre monnaie. Le système assure la transmission et la validation de l’opération entre les institutions financières participantes.

 

L’enjeu est particulièrement important pour les PME. Pour une grande entreprise, quelques points de coût supplémentaires sur une transaction peuvent être absorbés dans les marges. Pour une petite entreprise active dans le commerce régional, ils peuvent au contraire faire la différence entre une opération rentable et une opération déficitaire.

 

Réduire la dépendance au dollar

 

Derrière la question des frais de transaction se trouve un enjeu plus stratégique : la dépendance aux devises fortes dans les échanges intra-africains.

 

Le commerce entre deux pays africains implique encore fréquemment le recours à une devise de référence, notamment le dollar, avant que les fonds ne soient convertis dans la monnaie du pays bénéficiaire. Le PAPSS veut précisément réduire cette dépendance en permettant des règlements directs en monnaies africaines.

 

Cette architecture peut également contribuer à réduire la pression sur les réserves de change des économies participantes. Le PAPSS indique que son système vise notamment à diminuer la demande de devises étrangères et à faciliter la gestion de la liquidité en devises des banques centrales.

 

Le sujet dépasse donc largement celui des paiements numériques. Il touche à la souveraineté financière du continent.

 

Le vrai défi : passer de l’infrastructure à l’usage

 

Mais disposer d’une infrastructure panafricaine ne suffit pas. Le principal défi du PAPSS est désormais celui de l’adoption.

 

Le système doit convaincre davantage de banques, de fintechs, d’entreprises et de commerçants d’utiliser effectivement cette infrastructure. C’est précisément pourquoi l’élargissement du réseau constitue un enjeu aussi important que la croissance des volumes.

 

Le PAPSS multiplie déjà les connexions avec les infrastructures nationales et les institutions financières. En 2025, par exemple, KCB Group et Bank of Kigali ont lancé des services permettant à leurs clients d’effectuer des paiements transfrontaliers via PAPSS.

 

Chaque nouvelle connexion augmente potentiellement l’utilité du réseau. Mais elle pose également une exigence : rendre le service suffisamment simple, fiable et compétitif pour que les entreprises l’intègrent à leurs opérations quotidiennes.

 

Une infrastructure au service de la ZLECAf

 

C’est ici que le PAPSS rejoint directement l’ambition de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

 

La suppression progressive des barrières commerciales ne produira pleinement ses effets que si les entreprises disposent également d’infrastructures financières capables d’accompagner les échanges. Un commerçant peut avoir accès à un nouveau marché africain ; encore faut-il qu’il puisse facturer, recevoir son paiement et gérer ses flux financiers rapidement et à un coût raisonnable.

 

Le PAPSS constitue donc l’un des rouages financiers de cette intégration. Son objectif affiché est de simplifier les paiements transfrontaliers et de permettre aux entreprises et aux particuliers de transférer des fonds rapidement entre marchés africains.

 

La forte progression des transactions montre que le marché commence à répondre. Mais la prochaine bataille sera celle de la profondeur du réseau et de l’usage régulier par les entreprises.

 

Si le PAPSS parvient à transformer une économie potentielle de 90 à 95% sur certains paiements en un avantage réellement accessible à grande échelle, son impact pourrait dépasser largement le secteur bancaire. Il pourrait devenir l’une des infrastructures financières les plus importantes de la construction du marché africain intégré.