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  • 09/09/2026

Côte d’Ivoire–Allemagne : Abidjan met 114 838 milliards FCFA de projets sur la table des investisseurs allemands

À l’occasion du Forum économique Côte d’Ivoire–Allemagne, organisé mardi 8 septembre à Abidjan, les autorités ivoiriennes ont appelé les entreprises allemandes à prendre une part plus importante dans le financement de la transformation économique du pays. Avec un PND 2026-2030 de 114 838,5 milliards FCFA, dont 70,2% doivent être mobilisés auprès du secteur privé, Abidjan veut désormais convertir les relations commerciales avec Berlin en investissements, partenariats industriels et contrats.

 

À Abidjan, le message adressé aux entreprises allemandes était clair : la Côte d’Ivoire ne cherche plus seulement des débouchés commerciaux, mais des investisseurs capables de participer à sa transformation économique.

 

Réunis à la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire (CCI-CI), les acteurs économiques ivoiriens et allemands ont placé les projets structurants et la mobilisation du secteur privé au cœur de leurs échanges. Un rendez-vous qui intervient alors que le pays engage la mise en œuvre de son nouveau Plan national de développement (PND) 2026-2030.

 

Le plan représente 114 838,5 milliards FCFA, soit environ 209 milliards de dollars, selon les données officielles ivoiriennes. Surtout, 70,2% de cette enveloppe, soit 80 614,7 milliards FCFA (environ 146,7 milliards de dollars), doivent être financés par le secteur privé.

 

C’est précisément sur cette masse de capitaux à mobiliser que les autorités ivoiriennes entendent positionner les entreprises allemandes.

 

« La Côte d’Ivoire a les projets, l’Allemagne a le savoir-faire »

 

Dans son allocution d’ouverture, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Yapi Koffi Evariste, a explicitement invité le secteur privé allemand à prendre sa part dans le financement du PND.

 

Les besoins, a-t-il indiqué, concernent notamment l’hydraulique, l’assainissement, l’énergie, le numérique, l’agriculture, la finance et l’investissement. L’objectif n’est toutefois pas de limiter la relation bilatérale au financement.

 

Abidjan veut également obtenir davantage de transferts de technologies, de compétences et de capacités industrielles.

 

« La Côte d’Ivoire a les projets, l’Allemagne a le savoir-faire », a résumé l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Allemagne, Abdallah Aziz Diabaté, donnant une formule qui résume l’enjeu du rapprochement entre les deux économies.

 

Le président de la CCI-CI, Touré Famah, a lui aussi insisté sur la nécessité de changer de modèle. Selon lui, le partenariat doit désormais évoluer d’un commerce largement fondé sur les matières premières vers une coopération davantage orientée vers la transformation locale, l’industrialisation, le transfert de compétences et la diversification technologique.

 

Du commerce aux investissements

 

Les relations commerciales constituent déjà une base importante. Touré Famah a indiqué, en citant des données récentes de l’International Trade Centre (ITC), que les échanges bilatéraux avaient atteint environ 950 milliards FCFA en 2025, soit près de 1,5 milliard d’euros.

 

Mais pour la partie ivoirienne, ce niveau reste insuffisant au regard du potentiel des deux économies.

 

Le constat est également partagé par le secrétaire général du MAECI. Sur la période 2020-2024, il a indiqué que les exportations ivoiriennes vers l’Allemagne avaient atteint en moyenne 380 milliards FCFA par an, contre 245 milliards FCFA d’importations.

 

Cette relation demeure fortement structurée autour des produits agricoles ivoiriens et des biens d’équipement allemands. La Côte d’Ivoire fournit notamment du cacao, du caoutchouc, de la noix de cajou et de la mangue, tandis que les entreprises allemandes exportent vers le marché ivoirien des machines, équipements, véhicules, produits chimiques et pharmaceutiques et autres produits manufacturés.

 

Le véritable enjeu est donc de faire évoluer cette relation vers des chaînes de valeur plus intégrées.

 

Les PME allemandes dans le viseur

 

Cette ambition rencontre celle de l’Internationaler Wirtschaftsrat (IWR), dont une délégation de PME et d’exportateurs allemands était présente à Abidjan.

 

Son président, Tino Barth, a présenté l’internationalisation comme une priorité pour les entreprises membres de l’organisation, qui organise plusieurs délégations économiques chaque année. La mission ivoirienne doit notamment permettre d’identifier des possibilités de coopération avec les entreprises locales.

 

Cette dimension est stratégique pour Abidjan. La Côte d’Ivoire veut attirer non seulement de grands groupes, mais également des PME industrielles et technologiques allemandes, capables de nouer des partenariats avec le tissu entrepreneurial local.

 

Touré Famah a ainsi appelé les entreprises ivoiriennes à rechercher auprès de leurs homologues allemandes des technologies, des solutions, des marchés et des investisseurs. Aux entreprises allemandes, il a présenté la Côte d’Ivoire comme davantage qu’un simple marché : une plateforme de développement en Afrique de l’Ouest.

 

Une coopération déjà ancrée dans l’énergie et le développement durable

 

Cette offensive économique ne part pas de zéro. La coopération entre les deux pays s’appuie déjà sur plusieurs programmes, notamment dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

 

La Côte d’Ivoire et l’Allemagne ont notamment développé des programmes impliquant la GIZ et la banque allemande de développement KfW. Le portail économique ivoirien rappelle, par exemple, un financement allemand de 100 millions d’euros, soit environ 65,5 milliards FCFA, destiné à promouvoir les énergies renouvelables dans le cadre du Compact with Africa.

 

La prochaine étape consiste donc à élargir cette coopération à davantage de projets productifs et d’investissements privés.

 

« Des contacts aux contrats »

 

C’est probablement le principal défi du forum.

 

Car si l’intérêt allemand pour le marché ivoirien est réel, les autorités veulent désormais franchir un cap : transformer les rencontres d’affaires en projets effectivement financés.

 

Le secrétaire général du MAECI a ainsi appelé les participants à passer « de la prospection aux partenariats, des contacts aux contrats, et des intentions à la matérialisation ».

 

La formule résume l’objectif poursuivi par Abidjan : faire de la diplomatie économique un instrument directement connecté aux investissements.

 

Pour la CCI-CI, cette ambition doit se traduire par des projets concrets, des partenariats industriels, des unités de production et une participation accrue des entreprises allemandes aux chaînes de valeur régionales.

 

Le cadre est donc posé. Avec plus de 80 600 milliards FCFA d’investissements privés à mobiliser dans le cadre du PND 2026-2030, la Côte d’Ivoire dispose d’un argument de poids pour attirer les entreprises allemandes.

 

Reste désormais à savoir combien de ces projets pourront effectivement se transformer en investissements allemands, contrats et partenariats industriels. C’est précisément sur ce terrain que le forum de la CCI-CI entend faire passer la relation économique ivoiro-allemande à une nouvelle étape.