La rivalité entre la Chine et les États-Unis pour les minerais critiques africains s'intensifie en 2026. Cobalt, cuivre, lithium ou manganèse : l'Afrique concentre près de 30% des réserves mondiales, mais n'en tire qu'environ 10% de la valeur. Deux puissances se disputent son sous-sol ; dans les deux modèles, la transformation reste ailleurs. Un piège qui concerne aussi Abidjan.
La Chine a verrouillé la transformation
La Chine ne se contente pas d'extraire : elle
contrôle plus de la moitié de la production mondiale et environ 87% du
raffinage. C'est là, au stade de la transformation, que se crée l'essentiel de
la richesse et cette étape reste en Chine. Cette avance est aussi une arme :
Pékin restreint ses exportations vers ses rivaux et soumet à licence les
produits contenant la moindre part chinoise.
Le contrat Sicomines signé en RDC en 2008 en dit
long : les partenaires chinois y détiennent 68% de la coentreprise, au point
que Kinshasa a été qualifiée de partenaire junior chez elle. Pékin verrouille
aussi l'amont, rachetant mine après mine, du cuivre botswanais au lithium
malien.
Les États-Unis forcent le passage
Face à ce verrou, Washington accélère,
tardivement. Les États-Unis combinent financement, corridor de Lobito et stock
stratégique pour desserrer la mainmise chinoise. Mais l'offensive américaine
sert d'abord ses propres chaînes d'approvisionnement : la RDC, premier
producteur mondial de cobalt, a proposé aux investisseurs américains une liste
d'actifs publics, tandis que Washington brandit tarifs douaniers et prix
planchers pour réorienter les flux à son avantage.
Côte d'Ivoire : le risque de rester une carrière
Vu d'Abidjan, la leçon est claire : que le
partenaire soit chinois ou américain, le minerai brut part se transformer
ailleurs. La Côte d'Ivoire, huitième producteur mondial de manganèse, multiplie
les permis pour le lithium, le nickel et le cobalt. Mais le secteur minier ne
pèse encore qu'un peu plus de 4% de son PIB. L'Agence internationale de
l'énergie chiffre à près de 50 milliards de dollars les investissements que
l'Afrique pourrait capter d'ici 2040 : à condition, justement, de
transformer sur place.
Entre Pékin et Washington, l'Afrique de l'Ouest
restera-t-elle la carrière des autres, ou deviendra-t-elle enfin l'usine de son
propre sous-sol ?
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
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