La RDC vient de franchir une étape majeure dans la transformation du Corridor de Lobito. Kinshasa confie pour 30 ans à Mota-Engil la modernisation et l’exploitation de sa partie du réseau ferroviaire. Derrière ce projet, un objectif simple : mieux acheminer le cuivre et le cobalt congolais vers le port angolais de Lobito et les marchés mondiaux.
Le rail congolais veut reprendre du service. Le
président Félix Tshisekedi a signé le contrat de concession de la ligne
Dilolo-Sakania, qui constitue le principal maillon congolais du Corridor de
Lobito.
Le contrat prévoit une concession de 30 ans à
Mota-Engil Africa. Le groupe portugais devra financer et réaliser la
réhabilitation et la modernisation du réseau, avant d'en assurer l'exploitation
et la maintenance. À terme, les infrastructures doivent revenir à l'État
congolais.
Le projet représente un investissement estimé à 1,258
milliard de dollars. Mota-Engil évoque toutefois un engagement pouvant
atteindre 1,8 milliard de dollars sur la durée de la concession.
Une nouvelle route pour les minerais congolais
Pour comprendre l'importance du projet, il faut
revenir à un problème très concret : la RDC est l'un des principaux producteurs
mondiaux de cuivre et de cobalt, mais elle doit encore améliorer
considérablement les moyens de transporter ces minerais jusqu'aux ports.
C'est précisément là que Lobito intervient.
Le corridor relie les zones minières du sud de la
RDC à Lobito, en Angola, sur la façade atlantique. Les minerais extraits
notamment autour de Kolwezi peuvent ainsi être acheminés par train vers le port
angolais, puis exportés par voie maritime.
La modernisation de la partie congolaise doit
progressivement permettre au réseau d'atteindre une capacité de 13,7 millions
de tonnes par an.
L'objectif est donc de remplacer progressivement une partie du transport routier par le rail. Pour les entreprises minières, cela peut signifier davantage de régularité et une meilleure maîtrise des coûts logistiques.
Pourquoi Lobito intéresse autant les grandes
puissances
Le dossier dépasse cependant largement les
frontières de la RDC et de l'Angola.
Le cuivre et le cobalt sont devenus des minerais
stratégiques, indispensables à de nombreuses industries, notamment aux
batteries, aux réseaux électriques et aux technologies liées à la transition
énergétique.
Les États-Unis cherchent donc à sécuriser
davantage leurs approvisionnements en minerais critiques et soutiennent
fortement le Corridor de Lobito.
En décembre 2025, leur agence de financement du
développement, la DFC, avait annoncé une possible enveloppe pouvant atteindre 1
milliard de dollars pour soutenir le projet congolais.
La Banque mondiale participe également au
développement du corridor.
Pour Washington et ses partenaires, Lobito
constitue ainsi une nouvelle voie d'accès aux minerais d'Afrique centrale. Pour
Kinshasa, c'est surtout une occasion de diversifier ses routes d'exportation et
ses partenaires économiques.
Mota-Engil, déjà présente en Angola
Le choix de Mota-Engil n'est pas anodin.
Le groupe portugais participe déjà à
l'exploitation de la partie angolaise du Corridor de Lobito, à travers Lobito
Atlantic Railway, aux côtés notamment de Trafigura et Vecturis.
La logique est donc relativement simple : le même
acteur sera présent sur les deux côtés du réseau, ce qui devrait faciliter la
continuité des opérations entre l'Angola et la RDC.
Le corridor pourra ainsi progressivement
fonctionner comme une seule chaîne logistique plutôt que comme une succession
de réseaux ferroviaires nationaux.
La SNCC reste dans le jeu
Kinshasa a également voulu rassurer sur le rôle
de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC).
La concession ne signifie pas sa privatisation.
La société publique conserve ses prérogatives dans le transport ferroviaire
national, notamment pour les voyageurs et le transport de marchandises.
L'État congolais reste par ailleurs propriétaire
des infrastructures. Le modèle retenu est celui d'une concession : un opérateur
privé investit, modernise et exploite le réseau pendant une période déterminée,
avant sa rétrocession à l'État.
Le pari congolais
Le véritable enjeu commence désormais.
Réhabiliter plus de 1 000 kilomètres de voies
ferrées, moderniser les équipements et faire circuler davantage de trains
nécessitera du temps et des investissements importants.
Mais si le projet atteint ses objectifs, la RDC
pourrait disposer d'un outil logistique capable de renforcer considérablement
la compétitivité de son industrie minière.
Le Corridor de Lobito n'est donc pas simplement
un projet ferroviaire. C'est une nouvelle porte de sortie pour les minerais
congolais vers l'Atlantique.
Et, dans la bataille mondiale pour sécuriser le
cuivre et le cobalt, cette porte pourrait peser lourd.
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