Le régulateur nigérian de la concurrence a donné son feu vert conditionnel au rachat d’IHS Towers par MTN. Le groupe sud-africain devra notamment céder jusqu’à 30% de l’activité nigériane de la towerco à des investisseurs locaux, une exigence qui pourrait ouvrir un actif stratégique des infrastructures numériques au capital nigérian.
Le rachat d’IHS Towers par MTN franchit une étape
décisive au Nigéria. Mais l’opération ne pourra pas se réaliser sans une
ouverture du capital de l’activité nigériane du spécialiste des infrastructures
télécoms.
La Federal Competition and Consumer Protection
Commission (FCCPC) a autorisé l’opération sous conditions, dont l’une des
principales impose à MTN de céder progressivement jusqu’à 30% de la composante
nigériane d’IHS à des investisseurs locaux. La cession devra être réalisée à
des conditions de marché.
Pour MTN, l’enjeu dépasse largement une simple
opération de croissance externe. Le groupe sud-africain cherche à acquérir les 75%
d’IHS Towers qu’il ne détient pas encore. Annoncée en février 2026, la
transaction valorise IHS Towers à environ 6,2 milliards de dollars, avec une
offre de 8,50 dollars par action.
Mais le Nigéria a posé une limite claire à cette
intégration.
MTN veut remonter dans la chaîne de valeur
Pour comprendre la portée de la transaction, il
faut revenir au métier d’IHS Towers.
Contrairement à MTN, IHS n’est pas un opérateur
mobile. La société appartient à la catégorie des towercos, ces entreprises qui
possèdent et exploitent les infrastructures télécoms passives, notamment les
pylônes et les sites techniques sur lesquels les opérateurs installent leurs
équipements.
IHS Nigeria exploite environ 18 000 tours
télécoms. Ces infrastructures sont utilisées par plusieurs opérateurs et
constituent donc un maillon essentiel du fonctionnement des réseaux mobiles
dans le pays.
Pour MTN, en prendre le contrôle revient à
remonter d’un cran dans la chaîne de valeur. L’opérateur ne serait plus
seulement locataire d’une partie des infrastructures nécessaires à son réseau :
il deviendrait également propriétaire de l’entreprise qui les exploite.
C’est précisément cette intégration verticale qui
explique la vigilance du régulateur.
Le Nigéria veut éviter une concentration
excessive
MTN est déjà l’un des principaux opérateurs du
marché mobile nigérian. Le voir prendre simultanément le contrôle d’une
infrastructure utilisée par plusieurs acteurs pouvait soulever des questions
sur les conditions d’accès de ses concurrents aux sites d’IHS.
La FCCPC a donc autorisé l'opération, mais en
l'assortissant de conditions destinées à préserver la concurrence.
L’une d’elles consiste à imposer à MTN
l’ouverture de jusqu’à 30% de l’activité nigériane d’IHS à des investisseurs
locaux.
La logique est double. Il s’agit, d’une part, de
limiter les effets potentiellement anticoncurrentiels d’une concentration entre
un grand opérateur et un important propriétaire d’infrastructures. D’autre
part, cette exigence permet au capital nigérian de prendre une participation
dans un actif stratégique des télécommunications.
MTN devrait conserver le contrôle de l’activité
tout en faisant entrer des investisseurs locaux à son capital.
Le groupe a, de son côté, indiqué être à l’aise
avec les conditions fixées par le régulateur et poursuivre son objectif de
finaliser l’acquisition.
Jusqu’à 1,1 milliard de dollars en jeu
L’ouverture du capital pourrait également prendre
une dimension financière considérable.
Selon des sources citées par la presse économique
nigériane, MTN chercherait à obtenir entre 900 millions et 1,1 milliard de
dollars grâce à la cession de cette participation. Les discussions étant
privées, aucun investisseur n’a toutefois été officiellement identifié à ce
stade.
Si ces montants se concrétisent, l’opération
pourrait devenir l’une des transactions les plus importantes jamais proposées
au capital institutionnel nigérian dans le secteur des infrastructures
numériques.
Elle pourrait notamment intéresser des fonds de
pension, des assureurs ou des fonds d’investissement à la recherche d’actifs
d’infrastructure offrant des revenus récurrents.
Pour MTN, le produit de la cession aurait
également une utilité financière : le groupe a indiqué que les recettes
devraient contribuer à réduire la dette liée à l’opération IHS.
Le montage permettrait ainsi au groupe de
répondre à l’exigence du régulateur tout en récupérant une partie du capital
mobilisé pour reprendre le contrôle d’IHS.
Du sale-and-leaseback au retour du contrôle
L’opération prend une dimension supplémentaire
lorsqu’on la replace dans l’histoire récente de MTN.
En 2022, le groupe avait transféré une partie de
ses infrastructures de tours à IHS dans le cadre d'un mécanisme de cession-bail,
ou sale-and-leaseback. Le principe est simple : l’opérateur vend ses
infrastructures tout en continuant à les utiliser en les louant auprès du
nouveau propriétaire.
Quelques années plus tard, la logique s’inverse.
En cherchant à prendre le contrôle d’IHS Towers,
MTN revient indirectement vers les infrastructures qu’il avait externalisées.
Cette fois, l’objectif est de bénéficier d’une intégration plus poussée entre
l’activité d’opérateur mobile et celle de propriétaire d’infrastructures.
Pour le groupe, cette stratégie peut renforcer le
contrôle de ses actifs, ses flux de trésorerie et sa capacité à capter
davantage de valeur sur le long terme.
Mais elle illustre surtout une transformation
profonde du secteur télécom africain.
La bataille se déplace vers les infrastructures
Pendant longtemps, la compétition entre
opérateurs s’est essentiellement jouée sur les abonnés, les tarifs, la qualité
de couverture et les services proposés.
Elle se joue désormais aussi sur la propriété des
infrastructures.
Pylônes, fibre optique, centres de données et
autres infrastructures numériques représentent des actifs de plus en plus
stratégiques pour les économies africaines. Leur propriétaire dispose non
seulement d’un actif physique, mais également d’une position clé dans la chaîne
de valeur numérique.
Le dossier MTN-IHS montre toutefois que cette
concentration ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle financier.
Pour les autorités nigérianes, la question est
aussi celle de l’accès équitable aux infrastructures indispensables au
fonctionnement du marché.
En imposant une ouverture pouvant atteindre 30%
de l’activité nigériane d’IHS, Abuja cherche donc à trouver un équilibre entre investissement,
intégration industrielle et concurrence.
Pour MTN, le défi sera désormais de finaliser une
acquisition stratégique tout en respectant les contraintes imposées par le
régulateur.
Pour les investisseurs nigérians, une autre
question se profile : qui prendra cette participation, à quel prix et avec
quels droits ?
La réponse déterminera en partie la portée réelle
de cette opération. Car derrière le rachat d’IHS Towers, c’est une bataille
plus large qui se joue : celle de la propriété des infrastructures qui font
circuler les données du Nigéria.
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