News
  • 27/08/2026

Télécoms : Au Nigéria, MTN devra ouvrir jusqu’à 30% d’IHS au capital local

Le régulateur nigérian de la concurrence a donné son feu vert conditionnel au rachat d’IHS Towers par MTN. Le groupe sud-africain devra notamment céder jusqu’à 30% de l’activité nigériane de la towerco à des investisseurs locaux, une exigence qui pourrait ouvrir un actif stratégique des infrastructures numériques au capital nigérian.

 

Le rachat d’IHS Towers par MTN franchit une étape décisive au Nigéria. Mais l’opération ne pourra pas se réaliser sans une ouverture du capital de l’activité nigériane du spécialiste des infrastructures télécoms.

 

La Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) a autorisé l’opération sous conditions, dont l’une des principales impose à MTN de céder progressivement jusqu’à 30% de la composante nigériane d’IHS à des investisseurs locaux. La cession devra être réalisée à des conditions de marché.

 

Pour MTN, l’enjeu dépasse largement une simple opération de croissance externe. Le groupe sud-africain cherche à acquérir les 75% d’IHS Towers qu’il ne détient pas encore. Annoncée en février 2026, la transaction valorise IHS Towers à environ 6,2 milliards de dollars, avec une offre de 8,50 dollars par action.

 

Mais le Nigéria a posé une limite claire à cette intégration.

 

MTN veut remonter dans la chaîne de valeur

 

Pour comprendre la portée de la transaction, il faut revenir au métier d’IHS Towers.

 

Contrairement à MTN, IHS n’est pas un opérateur mobile. La société appartient à la catégorie des towercos, ces entreprises qui possèdent et exploitent les infrastructures télécoms passives, notamment les pylônes et les sites techniques sur lesquels les opérateurs installent leurs équipements.

 

IHS Nigeria exploite environ 18 000 tours télécoms. Ces infrastructures sont utilisées par plusieurs opérateurs et constituent donc un maillon essentiel du fonctionnement des réseaux mobiles dans le pays.

 

Pour MTN, en prendre le contrôle revient à remonter d’un cran dans la chaîne de valeur. L’opérateur ne serait plus seulement locataire d’une partie des infrastructures nécessaires à son réseau : il deviendrait également propriétaire de l’entreprise qui les exploite.

 

C’est précisément cette intégration verticale qui explique la vigilance du régulateur.

 

Le Nigéria veut éviter une concentration excessive

 

MTN est déjà l’un des principaux opérateurs du marché mobile nigérian. Le voir prendre simultanément le contrôle d’une infrastructure utilisée par plusieurs acteurs pouvait soulever des questions sur les conditions d’accès de ses concurrents aux sites d’IHS.

 

La FCCPC a donc autorisé l'opération, mais en l'assortissant de conditions destinées à préserver la concurrence.

 

L’une d’elles consiste à imposer à MTN l’ouverture de jusqu’à 30% de l’activité nigériane d’IHS à des investisseurs locaux.

 

La logique est double. Il s’agit, d’une part, de limiter les effets potentiellement anticoncurrentiels d’une concentration entre un grand opérateur et un important propriétaire d’infrastructures. D’autre part, cette exigence permet au capital nigérian de prendre une participation dans un actif stratégique des télécommunications.

 

MTN devrait conserver le contrôle de l’activité tout en faisant entrer des investisseurs locaux à son capital.

 

Le groupe a, de son côté, indiqué être à l’aise avec les conditions fixées par le régulateur et poursuivre son objectif de finaliser l’acquisition.

 

Jusqu’à 1,1 milliard de dollars en jeu

 

L’ouverture du capital pourrait également prendre une dimension financière considérable.

 

Selon des sources citées par la presse économique nigériane, MTN chercherait à obtenir entre 900 millions et 1,1 milliard de dollars grâce à la cession de cette participation. Les discussions étant privées, aucun investisseur n’a toutefois été officiellement identifié à ce stade.

 

Si ces montants se concrétisent, l’opération pourrait devenir l’une des transactions les plus importantes jamais proposées au capital institutionnel nigérian dans le secteur des infrastructures numériques.

 

Elle pourrait notamment intéresser des fonds de pension, des assureurs ou des fonds d’investissement à la recherche d’actifs d’infrastructure offrant des revenus récurrents.

 

Pour MTN, le produit de la cession aurait également une utilité financière : le groupe a indiqué que les recettes devraient contribuer à réduire la dette liée à l’opération IHS.

 

Le montage permettrait ainsi au groupe de répondre à l’exigence du régulateur tout en récupérant une partie du capital mobilisé pour reprendre le contrôle d’IHS.

 

Du sale-and-leaseback au retour du contrôle

 

L’opération prend une dimension supplémentaire lorsqu’on la replace dans l’histoire récente de MTN.

 

En 2022, le groupe avait transféré une partie de ses infrastructures de tours à IHS dans le cadre d'un mécanisme de cession-bail, ou sale-and-leaseback. Le principe est simple : l’opérateur vend ses infrastructures tout en continuant à les utiliser en les louant auprès du nouveau propriétaire.

 

Quelques années plus tard, la logique s’inverse.

 

En cherchant à prendre le contrôle d’IHS Towers, MTN revient indirectement vers les infrastructures qu’il avait externalisées. Cette fois, l’objectif est de bénéficier d’une intégration plus poussée entre l’activité d’opérateur mobile et celle de propriétaire d’infrastructures.

 

Pour le groupe, cette stratégie peut renforcer le contrôle de ses actifs, ses flux de trésorerie et sa capacité à capter davantage de valeur sur le long terme.

 

Mais elle illustre surtout une transformation profonde du secteur télécom africain.

 

La bataille se déplace vers les infrastructures

 

Pendant longtemps, la compétition entre opérateurs s’est essentiellement jouée sur les abonnés, les tarifs, la qualité de couverture et les services proposés.

 

Elle se joue désormais aussi sur la propriété des infrastructures.

 

Pylônes, fibre optique, centres de données et autres infrastructures numériques représentent des actifs de plus en plus stratégiques pour les économies africaines. Leur propriétaire dispose non seulement d’un actif physique, mais également d’une position clé dans la chaîne de valeur numérique.

 

Le dossier MTN-IHS montre toutefois que cette concentration ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle financier.

 

Pour les autorités nigérianes, la question est aussi celle de l’accès équitable aux infrastructures indispensables au fonctionnement du marché.

 

En imposant une ouverture pouvant atteindre 30% de l’activité nigériane d’IHS, Abuja cherche donc à trouver un équilibre entre investissement, intégration industrielle et concurrence.

 

Pour MTN, le défi sera désormais de finaliser une acquisition stratégique tout en respectant les contraintes imposées par le régulateur.

 

Pour les investisseurs nigérians, une autre question se profile : qui prendra cette participation, à quel prix et avec quels droits ?

 

La réponse déterminera en partie la portée réelle de cette opération. Car derrière le rachat d’IHS Towers, c’est une bataille plus large qui se joue : celle de la propriété des infrastructures qui font circuler les données du Nigéria.