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  • 14/09/2026

UEMOA : L’inflation accélère à 1,7%, la BCEAO face au risque d’un nouveau choc énergétique

Après un début d’année marqué par une inflation négative, la dynamique des prix s’est nettement inversée dans l’UEMOA. La BCEAO anticipe une poursuite de cette remontée au second semestre 2026, alors que les tensions au Moyen-Orient commencent à peser sur les coûts de l’énergie et que les États doivent déjà composer avec une situation budgétaire plus tendue.

 

L’inflation repart dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Après un taux de -0,2% au premier trimestre 2026, les prix ont progressé de 0,4% au deuxième trimestre, puis de 1,2% en juillet et 1,7% en août, en glissement annuel. Une accélération suffisamment nette pour replacer la maîtrise des prix parmi les principales préoccupations de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

 

Lors de l’ouverture, le 9 septembre, de la troisième session ordinaire de son Comité de politique monétaire (CPM) pour 2026, le président de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, a souligné la dégradation de l’environnement international et ses répercussions sur les économies de l’Union. La progression récente de l’inflation est notamment liée à la hausse des prix du transport, du logement et de plusieurs produits alimentaires, dont la viande, le poisson et les légumes.

 

Surtout, la banque centrale ne s’attend pas à une accalmie rapide. « Pour le reste de l’année 2026, cette dynamique haussière des prix devrait se poursuivre », a indiqué Jean-Claude Kassi Brou, en faisant notamment référence aux conséquences de la crise au Moyen-Orient.

 

Un nouveau choc extérieur pour les économies de l’Union

 

Le risque vient d’abord de l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient perturbent les chaînes d’approvisionnement internationales, notamment dans le secteur énergétique, alors que les prix du carburant ont déjà été relevés dans sept des huit États membres de l’UEMOA.

 

Pour des économies qui importent une part importante de leurs produits énergétiques et de leurs intrants, une hausse durable des coûts de l’énergie peut se transmettre progressivement aux prix du transport, de la production et, in fine, à ceux des biens et services consommés par les ménages.

 

Le contexte mondial ajoute une difficulté supplémentaire. La croissance mondiale pour 2026 est désormais attendue à 3,0%, contre 3,1% dans les prévisions d’avril, tandis que l’inflation mondiale devrait atteindre 4,7%, contre 4,1% en 2025. Pour l’UEMOA, le risque n’est donc pas seulement celui d’une inflation importée : un ralentissement de l’activité mondiale peut également peser sur la demande extérieure et sur les conditions commerciales de l’Union.

 

Cette perspective se reflète déjà dans les projections de la BCEAO concernant les comptes extérieurs. L’équilibre extérieur est resté stable au deuxième trimestre, mais le profil des comptes extérieurs devrait être moins favorable en 2026, notamment en raison de l’évolution des termes de l’échange sous l’effet des tensions géopolitiques.

 

Les États doivent absorber le choc sans creuser davantage les déficits

 

Le problème intervient alors que les finances publiques restent sous pression. Le déficit budgétaire global de l’UEMOA s’est établi à 3,4% du PIB au premier semestre 2026, contre 3,2% un an plus tôt.

 

La projection de déficit pour l’ensemble de l’année a par ailleurs été revue à la hausse par rapport aux prévisions de juin. La BCEAO l’explique notamment par les mesures adoptées par certains États pour limiter les conséquences socio-économiques de la crise au Moyen-Orient sur les populations.

 

L’équation est délicate. Lorsque les prix de l’énergie augmentent, les gouvernements peuvent être tentés de prendre des mesures pour en limiter la répercussion sur les ménages et les entreprises. Mais ces dispositifs ont un coût budgétaire et peuvent compliquer davantage les efforts de consolidation des finances publiques.

 

L’enjeu est donc de contenir le choc sur le pouvoir d’achat sans transformer une poussée inflationniste importée en nouvelle source de déséquilibres budgétaires.

 

Le crédit privé reste dynamique malgré le regain des tensions sur les prix

 

Un autre élément vient toutefois nuancer ce tableau : le financement de l’économie continue de progresser.

 

Au deuxième trimestre, les conditions sur le marché monétaire se sont globalement assouplies, soutenues par une liquidité bancaire confortable et par la réduction de 25 points de base des taux directeurs de la BCEAO en mars 2026.

 

Cette orientation accommodante continue de se refléter dans le crédit. Les prêts accordés au secteur privé ont augmenté de 6,6% à fin juin 2026, après une progression de 6,0% à fin mars.

 

La situation place ainsi la banque centrale face à une équation plus complexe qu'un simple problème d'inflation. D'un côté, la remontée des prix et les risques liés à l'énergie plaident pour une vigilance accrue. De l'autre, le crédit reste bien orienté et les conditions monétaires continuent de soutenir le financement de l'activité.

 

C'est précisément cet équilibre que le Comité de politique monétaire doit examiner lors de sa session de septembre. Les membres doivent se prononcer sur le rapport consacré à la politique monétaire dans l'UMOA, qui analyse l'évolution récente de l'environnement international et régional ainsi que les perspectives économiques de l'Union, avant d'examiner les propositions de mesures qui en découlent.

 

Le Comité doit également être informé de l'évolution du rapatriement des recettes d'exportation et de la situation du système bancaire à fin juin 2026.

 

À ce stade, l'allocution d'ouverture de Jean-Claude Kassi Brou ne préjuge pas des décisions qui seront prises par le Comité. Elle dessine néanmoins une équation qui pourrait devenir plus délicate dans les prochains mois : une inflation qui repart, des finances publiques sous pression, un environnement extérieur plus incertain et, en parallèle, un crédit bancaire qui continue de soutenir l'économie.

 

Pour la BCEAO, le défi sera désormais de préserver cet équilibre sans laisser le choc extérieur s'installer durablement dans la dynamique des prix de l'Union.