La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a annoncé aujourd’hui, 23 janvier 2026, la fin de sa relation avec l’agence de notation Fitch Ratings, marquant un moment historique pour la finance africaine. Dans un communiqué officiel, la banque explique que cette décision résulte d’une évaluation minutieuse : « L’exercice de notation de crédit ne reflète plus une bonne compréhension de notre mission et de notre mandat », indique le texte.
Afreximbank, institution multilatérale créée en 1993
pour promouvoir le commerce intra-africain et extra-africain, affirme que son profil
commercial reste solide, soutenu par ses actionnaires et les protections
juridiques prévues par son accord d’établissement, ratifié par ses États
membres. La banque est également notée par d’autres agences internationales
comme Moody’s (Baa2), GCR (A), China Chengxin International Credit Rating (AAA)
et Japan Credit Rating Agency (A‑), ce qui lui permet de maintenir sa crédibilité
sur les marchés financiers.
Cette rupture n’est pas un simple différend technique.
Depuis plusieurs années, les agences de notation occidentales, dont Fitch, sont
critiquées en Afrique pour leur manque de contextualisation. Les prêts accordés
par Afreximbank à certains États africains ont été interprétés par Fitch comme
des expositions risquées, malgré leur encadrement juridique multilatéral. En
juin 2025, Fitch avait déjà abaissé la note de la banque, suscitant une réaction
forte de l’African Peer Review Mechanism (APRM), qui dénonçait une classification
erronée des prêts et demandait plus de dialogue.
Pour les pays africains, cette décision est un signal
puissant. Elle illustre la volonté des institutions panafricaines de prendre le
contrôle de leur narrative financière et de réduire la dépendance aux
évaluations perçues comme biaisées. La rupture avec Fitch pourrait également
inspirer d’autres banques et États africains à privilégier des agences de
notation plus sensibles aux réalités africaines, voire à soutenir la création
d’une agence africaine indépendante de notation (AfCRA).
En interne, Afreximbank continue de jouer un rôle
central dans la transformation du commerce africain : elle est à l’origine du Système
panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), adopté par l’Union africaine,
et d’un fonds d’ajustement de 10 milliards de dollars pour soutenir la ZLECAf.
Avec plus de 40,1 milliards de dollars d’actifs et 7,2 milliards de fonds
propres à fin 2024, la banque reste un acteur clé du financement intra-africain
et de l’industrialisation du continent.
Pour Fitch, cette rupture constitue une perte de
visibilité stratégique et de crédibilité, tandis qu’Afreximbank renforce sa
position de leader panafricain, affirmant que son modèle de financement et ses
relations institutionnelles sont pleinement alignés avec les réalités
africaines. Ce geste illustre une nouvelle ère où le continent refuse de se
laisser évaluer par des standards inadaptés et prend le contrôle de son
développement économique.
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