Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a lancé, le 4 novembre 2026, un projet d'infrastructures pétrolières de 2,5 milliards de dollars en Namibie. Combinant un important terminal de stockage à Walvis Bay et un réseau de pipelines d'environ 1 700 kilomètres, l'investissement ambitionne de faciliter l'approvisionnement de plusieurs marchés d'Afrique australe. Une nouvelle étape dans la stratégie d'expansion continentale du groupe, qui entend maîtriser davantage la chaîne de distribution de ses produits raffinés.
L'ambition industrielle d'Aliko Dangote prend une nouvelle dimension en Afrique australe. Le 4 novembre 2026, le président du groupe Dangote a officiellement lancé, aux côtés de la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah, le projet Dangote Namibia Tank Farm and Regional Pipeline, à Walvis Bay, sur la côte atlantique de la Namibie.
Estimé à 2,5 milliards de dollars, cet investissement prévoit la construction d'un terminal pétrolier d'une capacité de stockage de 600 millions de litres, soit environ 4 millions de barils. L'installation, qui sera implantée sur un terrain d'environ 70 hectares à une dizaine de kilomètres de Walvis Bay, doit accueillir 360 millions de litres de diesel et 240 millions de litres d'essence.
L'infrastructure sera également équipée de dispositifs de chargement et de distribution des carburants. Selon les informations communiquées par Aliko Dangote lors de la cérémonie, le terminal devrait être opérationnel dans un délai de 18 à 20 mois.
D'après Reuters, cette capacité représentera huit fois celle de l'installation nationale de stockage de la Namibie, exploitée par la compagnie publique Namcor, qui dispose actuellement de 75 millions de litres.
Walvis Bay, futur carrefour pétrolier régional
La véritable portée de l'investissement réside toutefois dans sa dimension régionale. Au-delà du terminal, le projet prévoit un réseau de pipelines d'environ 1 700 kilomètres destiné à relier la façade atlantique namibienne aux marchés de l'intérieur du continent.
Les infrastructures envisagées doivent notamment desservir le Botswana, la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi et le sud de la République démocratique du Congo (RDC).
Le dispositif prévoit notamment des connexions depuis Walvis Bay vers Otjiwarongo, Rundu et Ghanzi, avec une extension vers Francistown, au Botswana. Le tracé définitif reste néanmoins soumis aux études techniques, aux relevés de terrain et aux autorisations réglementaires nécessaires.
Pour les pays enclavés concernés, l'enjeu est important. Leur approvisionnement en produits pétroliers repose largement sur des circuits logistiques qui impliquent le transport routier sur de longues distances. Cette dépendance expose les importateurs aux coûts du carburant, aux frais de transport et aux perturbations des corridors commerciaux.
En rapprochant les infrastructures de stockage des marchés de consommation, le projet pourrait réduire certains coûts logistiques et diversifier les voies d'approvisionnement. Aliko Dangote entend ainsi faire de Walvis Bay une plateforme stratégique de distribution des carburants en Afrique australe.
Du raffinage à la maîtrise de la distribution
Pour le groupe nigérian, cette opération répond à une logique industrielle précise : ne plus se limiter à produire des carburants, mais développer également les infrastructures nécessaires à leur commercialisation sur plusieurs marchés.
La raffinerie Dangote de Lekki, au Nigéria, dispose d'une capacité nominale de 700 000 barils par jour. Cette installation constitue le principal moteur de l'expansion énergétique du groupe, qui cherche désormais à élargir ses débouchés commerciaux sur le continent.
Le terminal namibien doit notamment faciliter l'acheminement et le stockage des produits raffinés provenant du Nigéria avant leur redistribution vers les marchés d'Afrique australe.
Cette stratégie répond aussi à un enjeu commercial de long terme. Comme l'a expliqué Gerrit van Rooyen, économiste chez Oxford Economics Africa, dans des propos rapportés par Reuters le 4 novembre, le développement de ces infrastructures permettra au groupe de diversifier ses marchés d'exportation, notamment face aux perspectives de ralentissement de la demande de produits pétroliers raffinés en Europe et en Asie de l'Est sous l'effet de la transition énergétique.
L'investissement namibien s'inscrit ainsi dans une stratégie plus large de développement des infrastructures énergétiques africaines. En octobre 2026, Dangote avait notamment annoncé l'acquisition d'une participation d'environ 25% dans Kenya Pipeline Company, l'opérateur public kényan de transport de produits pétroliers, pour renforcer sa présence en Afrique de l'Est.
Le groupe développe également un projet de pipeline reliant Djibouti à l'Éthiopie, estimé à 660 millions de dollars.
Un enjeu de sécurité énergétique pour la Namibie
Pour la Namibie, l'arrivée de cet investissement représente une opportunité de renforcer ses capacités nationales de stockage et sa position dans les échanges énergétiques régionaux.
Le terminal pourrait améliorer la disponibilité des produits pétroliers, renforcer les réserves de sécurité et consolider le rôle de Walvis Bay comme plateforme logistique desservant plusieurs économies de la région.
La présidente Netumbo Nandi-Ndaitwah a d'ailleurs placé le projet sous la supervision de la présidence namibienne dès 2025 afin d'en faciliter la mise en œuvre. Selon le quotidien The Namibian, elle a confirmé, lors de la cérémonie du 4 novembre 2026, que le projet resterait sous cette tutelle jusqu'à son achèvement.
Les retombées économiques attendues concernent également l'emploi, les activités portuaires, les services logistiques et le développement de compétences techniques locales.
Reste que l'effet sur les prix des carburants ne sera pas automatique. La réduction des coûts de transport pourrait améliorer la compétitivité de l'approvisionnement, mais le prix final dépendra aussi des cours internationaux, des taxes, des coûts de stockage et des conditions commerciales appliquées par les différents opérateurs.
Par ailleurs, la réalisation du réseau transfrontalier nécessitera des accords entre les États concernés, ainsi que des autorisations spécifiques. Le lancement officiel du projet ne signifie donc pas que l'ensemble des infrastructures est déjà financé, autorisé ou en construction.
Une ambition africaine portée à 60 milliards de dollars
Cette opération intervient alors qu'Aliko Dangote renforce ses ambitions industrielles sur le continent. Le 5 novembre 2026, Bloomberg a rapporté que le milliardaire nigérian avait relevé de 50 à 60 milliards de dollars son objectif d'investissement en Afrique à l'horizon 2030.
Cette enveloppe doit soutenir le développement de plusieurs activités du groupe, notamment dans le raffinage, les infrastructures, l'industrie manufacturière et les mines.
L'investissement namibien illustre ainsi une évolution de son modèle économique. Après avoir construit une importante capacité de production au Nigéria, Dangote cherche désormais à développer un réseau d'infrastructures lui permettant de rapprocher ses produits des consommateurs africains.
À terme, la combinaison du raffinage, du stockage et du transport pourrait lui donner un avantage concurrentiel sur plusieurs marchés régionaux.
Au-delà de l'expansion d'un groupe privé, le projet pose une question stratégique pour les économies africaines : celle de leur capacité à construire des infrastructures énergétiques intégrées, capables de réduire leur dépendance aux circuits d'approvisionnement extérieurs et de mieux connecter leurs marchés.
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