La République démocratique du Congo (RDC) a conclu un accord au niveau des services avec le Fonds monétaire international (FMI) sur deux nouveaux examens de ses programmes économiques. Mais derrière cette avancée, les autorités congolaises cherchent surtout à obtenir davantage de marges de manœuvre financières pour faire face aux dépenses liées à l'épidémie d'Ebola et à la persistance du conflit armé dans l'Est du pays.
L'équation budgétaire de la République démocratique du Congo se complique. Alors que le pays continue de faire face aux conséquences du conflit armé dans sa partie orientale, l'apparition d'une épidémie d'Ebola vient accentuer les besoins de dépenses publiques et les contraintes de financement.
C'est dans ce contexte que Kinshasa a sollicité un soutien supplémentaire du FMI. À l'issue d'une mission conduite du 22 octobre au 4 novembre 2026 par Calixte Ahokpossi, les autorités congolaises et les services de l'institution de Bretton Woods sont parvenus à un accord sur le quatrième examen du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) et le troisième examen de celui relevant de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD).
Cet accord au niveau des services constitue une étape importante dans le suivi des engagements économiques du pays. Il reste toutefois soumis à l'approbation de la direction du FMI et de son Conseil d'administration, dont l'examen est provisoirement prévu en décembre 2026.
Au-delà de la validation des deux examens, les discussions ont surtout porté sur l'adaptation du cadre budgétaire aux nouvelles urgences. Le gouvernement congolais a demandé un assouplissement des plafonds de déficit budgétaire pour 2026 et 2027, ainsi qu'un accès accru aux ressources du FMI au titre du mécanisme de financement des épidémies. Il sollicite également davantage de ressources dans le cadre du mécanisme de soutien à la riposte, destiné à renforcer les capacités de préparation et de réponse aux chocs sanitaires.
Ces demandes doivent encore être examinées et approuvées par le Conseil d'administration du Fonds. Elles traduisent néanmoins l'ampleur des besoins auxquels les finances publiques congolaises doivent désormais répondre, entre dépenses sanitaires supplémentaires, contraintes sécuritaires et financement des priorités économiques.
Une croissance encore supérieure à 5%, malgré les turbulences
Malgré cet environnement difficile, les perspectives macroéconomiques restent relativement favorables. Le FMI prévoit une progression du PIB réel supérieure à 5% en 2026 et à moyen terme. Cette résistance de l'activité économique témoigne notamment du poids des secteurs productifs dans l'économie congolaise, même si les difficultés rencontrées dans deux grandes exploitations minières commencent à peser sur la dynamique de croissance.
L'institution anticipe toutefois une accélération de l'inflation, qui devrait atteindre près de 9% en glissement annuel à fin décembre 2026. La hausse des prix des produits pétroliers et alimentaires contribue à cette évolution. Face à ces tensions, la Banque centrale du Congo a maintenu son taux directeur à 12,5% en octobre. Le FMI l'invite néanmoins à rester vigilante et à se tenir prête à resserrer sa politique monétaire si les anticipations inflationnistes venaient à se détériorer.
Cette combinaison d'une croissance relativement soutenue et de tensions sur les prix complique les arbitrages des autorités. Elles doivent préserver l'activité économique tout en maîtrisant les déséquilibres budgétaires et monétaires.
Le FMI insiste sur les réformes de gestion publique
Au-delà des besoins immédiats de financement, le Fonds appelle Kinshasa à accélérer les réformes structurelles pour améliorer la gestion des ressources publiques. Parmi les priorités figurent la maîtrise de la masse salariale, la réduction des dépenses non prioritaires et l'accélération des mesures destinées à accroître les recettes fiscales.
Le FMI pointe également plusieurs faiblesses dans la gestion des finances publiques, notamment le recours aux procédures de dépenses d'urgence. Il recommande de poursuivre le déploiement du Compte unique du Trésor, d'étendre la décentralisation de l'autorisation des dépenses aux ministères et de rationaliser les fonds spéciaux et les entités publiques.
Ces recommandations renvoient à un enjeu central pour la RDC : améliorer la mobilisation et l'utilisation des ressources internes afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs. Dans un contexte de multiplication des besoins, la capacité de l'État à mieux encadrer ses dépenses devient aussi importante que sa capacité à mobiliser de nouveaux financements.
Le retrait de la liste grise du GAFI, un signal positif
Sur le terrain de la gouvernance financière, le FMI s'est également félicité du retrait de la RDC de la liste grise du Groupe d'action financière (GAFI). Cette décision récompense les progrès accomplis dans le renforcement du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Cette évolution pourrait contribuer à améliorer la perception du risque financier associé au pays et à renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux. Le FMI appelle toutefois les autorités à consolider ces acquis, tout en poursuivant les efforts contre la corruption et en faveur de l'amélioration du climat des affaires.
La mission a par ailleurs relevé des avancées dans le domaine environnemental, notamment l'adoption du projet de Code forestier révisé et d'un projet de loi sur les partenariats public-privé intégrant les enjeux climatiques.
Pour Kinshasa, l'enjeu est désormais de transformer ces avancées en résultats durables. Car si l'accord conclu avec les services du FMI ouvre une nouvelle étape dans la coopération financière entre les deux parties, les ressources supplémentaires sollicitées ne sont pas encore acquises. Leur éventuelle approbation dépendra du Conseil d'administration de l'institution, attendu en décembre 2026.
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