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  • Par Gogbeu Jean-marc
  • 04/11/2026

AGOA : Ce que le retrait du Rwanda et de l'Afrique du Sud pourrait coûter à leurs exportateurs

La décision de Donald Trump de retirer le Rwanda et l'Afrique du Sud du programme américain de préférences commerciales AGOA, à compter du 1er janvier 2027, menace certains débouchés de leurs exportateurs. Pretoria est particulièrement exposée dans les filières agricoles et industrielles, tandis que Kigali pourrait voir certaines de ses productions perdre en compétitivité sur le marché américain. Au-delà des deux pays, cette décision rappelle le caractère conditionnel de l'accès préférentiel aux États-Unis.

Le signal est officiel. Le 2 novembre 2026, l'administration américaine a annoncé son intention de retirer le Rwanda et l'Afrique du Sud du dispositif de préférences commerciales de l'African Growth and Opportunity Act (AGOA), à compter du 1er janvier 2027. Dans une déclaration publiée par le Bureau du représentant américain au commerce (USTR), son responsable, Jamieson Greer, a justifié cette décision par des pratiques jugées incompatibles avec les critères d'éligibilité du programme.

Washington reproche notamment aux deux gouvernements de maintenir des obstacles au commerce et aux investissements américains, tout en évoquant des préoccupations liées à la sécurité nationale et à ses intérêts de politique étrangère. Pour le Rwanda, les griefs portent également sur l'état de droit, le pluralisme politique et les droits humains. Concernant l'Afrique du Sud, l'administration américaine met notamment en avant la corruption.

L'Afrique du Sud, première économie exposée

Pour Pretoria, l'enjeu est particulièrement important. L'Afrique du Sud figure parmi les principaux bénéficiaires historiques de l'AGOA et dispose d'un appareil exportateur diversifié.

Selon les données de son ministère du Commerce, les exportations sud-africaines vers les États-Unis bénéficiant de l'AGOA ont atteint environ 1,7 milliard de dollars en 2025, contre 4 milliards de dollars en 2024. Elles représentaient près de 10% des exportations du pays vers le marché américain et environ 1% de ses exportations totales.

Plusieurs filières sont concernées. L'industrie automobile, qui exporte des véhicules et des composants vers les États-Unis, pourrait subir une dégradation de sa compétitivité tarifaire. L'agriculture est également exposée, notamment les agrumes, le raisin et le vin.

La filière des agrumes suscite une attention particulière. Certains producteurs ont développé leurs capacités en fonction des débouchés américains. Une réorientation vers d'autres marchés ne serait pas nécessairement immédiate, compte tenu des contraintes sanitaires, logistiques et commerciales.

Les industries manufacturières, notamment certains producteurs de métaux et d'équipements, pourraient également perdre des avantages tarifaires.

L'impact potentiel dépasse donc les recettes d'exportation. Une baisse des commandes américaines pourrait peser sur les marges des entreprises, les investissements et l'emploi. Selon Reuters, les organisations patronales sud-africaines redoutent plusieurs milliers de suppressions de postes.

Pretoria devra ainsi accélérer la diversification de ses débouchés, notamment vers l'Union européenne, l'Inde, la Chine et les marchés africains. Il faut toutefois rappeler que l'exclusion de l'AGOA ne signifie pas une interdiction d'exporter vers les États-Unis : les entreprises pourront continuer à vendre leurs produits, mais sans les préférences tarifaires concernées.

Rwanda : le café et les minerais parmi les filières concernées

Pour Kigali, l'exposition économique est plus limitée. Le commerce américain de biens et services avec le Rwanda s'est établi à environ 333,4 millions de dollars en 2025. Les échanges de marchandises représentaient 82,4 millions de dollars, dont 43,3 millions d'importations américaines en provenance du Rwanda.

Le café figure parmi les productions à surveiller. Le pays développe une stratégie de valorisation de ses cafés de spécialité, destinés notamment aux marchés internationaux haut de gamme. Une hausse des coûts d'accès au marché américain pourrait réduire la compétitivité de certains exportateurs.

Les minerais constituent un autre segment d'exposition. Le Rwanda exporte notamment de l'étain, du tungstène et du tantale, utilisés dans différentes industries, dont l'électronique. Toutefois, toutes ces exportations ne bénéficient pas nécessairement des préférences de l'AGOA.

Le textile présente une situation particulière. Kigali avait déjà perdu en 2018 une partie de ses avantages commerciaux dans le secteur de l'habillement, après un différend avec Washington sur les restrictions imposées aux importations de vêtements d'occasion américains.

Cette nouvelle décision intervient également dans un contexte de tensions diplomatiques autour de la situation sécuritaire dans l'est de la République démocratique du Congo. Washington accuse notamment le Rwanda de soutenir le mouvement rebelle M23, ce que Kigali conteste. L'annonce américaine ajoute ainsi une dimension commerciale à un différend déjà marqué par des divergences politiques et sécuritaires.

L'AGOA, un instrument commercial aussi politique

Au-delà des deux pays, cette décision remet en lumière le fonctionnement de l'AGOA. Adopté en 2000, le programme permet aux économies africaines éligibles d'exporter une large gamme de produits vers les États-Unis en franchise de droits de douane. Il vise à stimuler les échanges, les investissements et la création d'emplois.

Mais ces avantages sont conditionnés au respect de critères définis par la législation américaine, notamment en matière de gouvernance, d'État de droit, de droits humains, de droits des travailleurs et d'ouverture commerciale.

Les références explicites aux intérêts de sécurité nationale et de politique étrangère des États-Unis dans la déclaration de l'USTR illustrent la dimension diplomatique de ces conditions. L'éligibilité à l'AGOA ne repose donc pas uniquement sur des considérations économiques.

Pour autant, Washington ne met pas fin au programme. Le Congrès américain a prolongé l'AGOA jusqu'au 31 décembre 2028, une extension signée par Donald Trump en septembre 2026. Le dispositif reste donc en vigueur, mais son accès demeure soumis à l'appréciation de l'administration américaine.

Pour les autres bénéficiaires africains, cette décision constitue un rappel : les préférences commerciales américaines ne sont pas définitivement acquises.

La ZLECAf, un levier de diversification

La situation pose enfin la question de la diversification des débouchés africains. L'Union européenne, la Chine, l'Inde et les marchés régionaux pourraient accueillir une partie des exportations concernées, même si les capacités d'absorption et les conditions d'accès diffèrent selon les produits.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représente également un levier à plus long terme. Le développement des échanges intra-africains, la transformation locale des matières premières et la consolidation des chaînes de valeur régionales pourraient réduire la dépendance des entreprises aux préférences commerciales extérieures.

Pour l'Afrique du Sud comme pour le Rwanda, l'enjeu ne sera donc pas seulement de compenser la perte éventuelle d'avantages tarifaires américains. Il sera aussi de sécuriser durablement leurs débouchés commerciaux dans un environnement international où les relations économiques restent étroitement liées aux rapports diplomatiques et aux intérêts stratégiques des grandes puissances.