L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) veut s’appuyer sur le secteur privé pour faciliter la réintégration professionnelle des migrants de retour en Côte d’Ivoire. À travers son Fonds de développement des entreprises (EDF), elle propose un appui financier pouvant atteindre 8 millions FCFA aux PME d’Abidjan qui s’engagent à créer des emplois et à recruter ces personnes.
Le retour au pays ne garantit pas toujours une réinsertion économique. Pour les migrants qui rentrent en Côte d’Ivoire après une expérience à l'étranger, retrouver un emploi ou reconstruire une activité professionnelle constitue souvent un défi. C'est précisément sur cette difficulté que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) entend agir en mobilisant les petites et moyennes entreprises (PME).
Dans un appel à manifestation d'intérêt publié le 4 novembre 2026, l'OIM Côte d'Ivoire propose, à travers son Fonds de développement des entreprises (EDF), un appui financier compris entre 4 600 et 12 200 dollars (3 à 8 millions FCFA). Le dispositif cible les entreprises souhaitant développer leurs activités tout en recrutant des migrants de retour.
L'initiative repose sur une logique économique relativement simple : soutenir des entreprises déjà opérationnelles pour leur permettre de renforcer leurs capacités et, en contrepartie, favoriser l'accès à l'emploi de personnes confrontées aux difficultés de réintégration après leur retour.
Les conditions d'accès ciblent principalement les petites structures. Les entreprises candidates doivent justifier d'au moins un an d'activité, employer entre deux et 50 salariés rémunérés et avoir leur siège à Abidjan. Leur propriétaire doit également résider en Côte d'Ivoire. Elles doivent, par ailleurs, s'engager à recruter des migrants de retour et à créer de nouveaux emplois.
Six secteurs sont concernés : le commerce, la construction, l'industrie, la logistique, l'agrobusiness et les services spécialisés. Cette diversité permet d'ouvrir le dispositif à des activités allant de la distribution et de la transformation agroalimentaire au transport, en passant par les métiers du bâtiment et les services financiers ou d'assurance.
Les entreprises intéressées ont jusqu'au 12 novembre 2026 pour soumettre leur candidature.
Une réponse à des besoins de réintégration croissants
Cette initiative intervient dans un contexte où les besoins d'accompagnement des migrants de retour prennent de l'ampleur. Le 29 octobre 2026, à l'ouverture de la deuxième Conférence nationale sur la réintégration des migrants à Abidjan, le ministre délégué chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur, Adama Dosso, a annoncé que 4 125 migrants de retour avaient été pris en charge à fin septembre 2026, contre 2 313 sur l'ensemble de l'année 2025.
Le nombre de personnes ayant bénéficié d'une assistance est également passé de 3 463 en 2025 à 3 853 en 2026, selon les chiffres communiqués par le ministre et rapportés par l'Agence ivoirienne de presse (AIP).
Ces données illustrent l'importance des dispositifs d'accompagnement après le retour. Au-delà de l'assistance immédiate, l'enjeu consiste à permettre aux bénéficiaires de retrouver une autonomie financière et une place dans le tissu économique local.
C'est dans cette perspective que le recours aux entreprises privées prend tout son sens. En orientant une partie de ses ressources vers des PME capables de recruter, l'OIM cherche à faire de l'activité économique un instrument de réintégration durable.
La Côte d'Ivoire cherche à structurer le financement de la réintégration
L'appel de l'OIM s'inscrit également dans une dynamique plus large de mobilisation des financements en faveur de la réintégration économique.
Le 30 octobre 2026, à la clôture de la deuxième Conférence nationale sur la réintégration des migrants, le gouvernement ivoirien a annoncé la mobilisation de 1,77 million de dollars (1,162 milliard FCFA) pour le lancement du projet pilote KITLANY. Portée par la plateforme Stay in Africa, cette initiative est destinée à accompagner 300 bénéficiaires, dont 200 migrants de retour et 100 jeunes issus de territoires particulièrement concernés par les phénomènes migratoires.
Évalué à environ 3,05 millions de dollars (2 milliards FCFA), le projet prévoit notamment des actions de formation, d'accompagnement psychosocial et d'insertion professionnelle. Selon les informations communiquées par le gouvernement, sa mise en œuvre doit contribuer à la création de 150 emplois directs et toucher 1 200 bénéficiaires indirects.
En parallèle, le projet MIGRET, soutenu par l'Agence française de développement (AFD) à hauteur de 5 millions d'euros, soit environ 5,5 millions de dollars, accompagne le renforcement des dispositifs nationaux de réintégration dans le Grand Abidjan, à Daloa et à Man. Lancé en septembre 2025 pour une durée de trois ans, il prévoit notamment l'accompagnement de 350 personnes dans un parcours de réinsertion professionnelle.
Ces différentes initiatives témoignent d'une évolution dans l'approche de la réintégration des migrants en Côte d'Ivoire. La question ne se limite plus à organiser le retour des personnes sur le territoire national. Elle porte désormais aussi sur les moyens de leur assurer des perspectives économiques suffisamment solides pour favoriser leur autonomie.
Reste à mesurer les retombées concrètes de ces mécanismes. Pour le dispositif EDF de l'OIM, plusieurs informations ne sont pas encore précisées dans l'appel publié : l'enveloppe globale disponible, le nombre d'entreprises qui seront retenues et le volume d'emplois que l'organisation espère générer.
La nature exacte de l'appui financier et les modalités de suivi des recrutements constituent également des éléments importants pour apprécier la portée du programme.
Car au-delà des financements annoncés, la réussite de cette approche dépendra surtout de sa capacité à produire des emplois durables, tout en renforçant les entreprises qui participent à l'effort de réintégration économique.
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