News
  • 18/08/2026

BADEA-Afreximbank : Le tandem financier qui veut changer d’échelle dans le financement du développement africain

La Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) et Afreximbank veulent renforcer leur coopération pour mobiliser davantage de capitaux en faveur du commerce, des infrastructures et de l’industrialisation du continent. Une alliance qui mise désormais sur le cofinancement, le partage des risques et l’effet de levier du secteur privé.

 

Le financement du développement africain entre dans une nouvelle phase. Face à l’ampleur des besoins du continent, les institutions financières ne peuvent plus se contenter d’intervenir chacune de leur côté. La BADEA entend donc renforcer son partenariat avec la Banque africaine d’import-export, Afreximbank, afin de mobiliser des ressources plus importantes et de financer des projets plus structurants.

 

Cette orientation est ressortie d’une rencontre entre Fahad bin Abdullah AlDossari, président du conseil d’administration de la BADEA, et George Elombi, président et président du conseil d’administration d’Afreximbank. Les deux dirigeants ont identifié plusieurs pistes de coopération, notamment le financement des infrastructures favorisant le commerce, le cofinancement de projets, le partage des risques et la mobilisation de capitaux.

 

Passer du financement individuel à l’effet de levier

 

L’enjeu dépasse donc la signature d’un nouveau partenariat institutionnel. La logique recherchée est celle de l’effet de levier financier.

 

En combinant leurs ressources, leurs capacités de structuration et leurs mécanismes de partage des risques, les deux institutions veulent pouvoir accompagner des opérations de plus grande taille et attirer d’autres investisseurs.

 

Pour l’Afrique, cette approche est stratégique. Les besoins en infrastructures, en industrialisation, en énergie, en logistique et en commerce régional nécessitent des financements qui excèdent souvent la capacité d’intervention d’un seul bailleur.

 

Le cofinancement permet précisément de répartir le risque entre plusieurs institutions, tout en augmentant la capacité globale de financement. Il peut également faciliter l’intervention de banques commerciales, d’investisseurs institutionnels et de capitaux privés.

 

Un partenariat qui ne part pas de zéro

 

BADEA et Afreximbank disposent déjà d’un historique de coopération. Les deux institutions ont notamment travaillé ensemble dans le cadre de financements bilatéraux, d’opérations syndiquées et de mécanismes de participation aux risques.

 

Elles ont également collaboré autour de l’Arab-Africa Trade Bridges Programme, destiné à renforcer les échanges commerciaux et les investissements entre les économies arabes et africaines.

 

Cette expérience constitue un avantage. Plutôt que de construire un dispositif entièrement nouveau, les deux banques peuvent désormais chercher à élargir et à systématiser des mécanismes qui ont déjà fait leurs preuves.

 

La coopération avait également été mobilisée lors de la réponse africaine à la crise sanitaire de Covid-19, illustrant la capacité des deux institutions à coordonner leurs interventions face aux chocs économiques majeurs.

 

La stratégie 2030 de la BADEA donne le cap

 

Cette nouvelle dynamique s’inscrit directement dans la stratégie 2030 de la BADEA. L’institution a fait du développement du secteur privé et du commerce l’un des piliers de son action.

 

L'objectif est notamment de renforcer le financement du secteur privé, d'accroître les échanges intra-africains et arabo-africains et de mobiliser des capitaux en faveur de projets capables d’augmenter les capacités productives du continent.

 

Derrière cette stratégie se trouve une conviction : le développement africain ne pourra pas reposer uniquement sur les financements publics ou concessionnels.

 

Les banques de développement doivent donc jouer davantage le rôle de catalyseurs de capitaux. Leur intervention peut permettre de réduire certains risques, d’améliorer la bancabilité des projets et de rendre des investissements plus attractifs pour les acteurs privés.

 

Le commerce africain au cœur du dispositif

 

Le rapprochement avec Afreximbank est particulièrement cohérent avec cette ambition. L'institution basée au Caire s'est imposée comme un acteur majeur du financement du commerce africain et de l'intégration économique du continent.

 

Son expertise dans la structuration des transactions commerciales, le financement des chaînes de valeur et les opérations transfrontalières complète ainsi les capacités de la BADEA.

 

Le partenariat peut notamment contribuer à soutenir les infrastructures qui permettent aux marchandises de circuler plus efficacement entre les pays africains : corridors logistiques, plateformes portuaires, infrastructures énergétiques, chaînes de valeur industrielles ou encore systèmes facilitant les échanges transfrontaliers.

 

L’enjeu est d’ailleurs pleinement cohérent avec la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Sans infrastructures et sans financements adaptés, l’intégration commerciale restera en partie théorique.

 

Une bataille pour mobiliser le capital privé

 

C’est probablement le volet le plus stratégique de cette coopération.

 

La BADEA ne cherche pas seulement à augmenter ses propres financements. Elle veut contribuer à mobiliser davantage de ressources autour de chaque dollar investi.

 

Le partage des risques, les garanties, les financements syndiqués et les structures de cofinancement peuvent permettre d’attirer des investisseurs qui seraient réticents à intervenir directement sur certains marchés africains.

 

Pour les banques de développement, cette capacité à mobiliser des financements supplémentaires devient progressivement aussi importante que le volume de leurs propres prêts.

 

Le modèle est simple : moins financer seul, davantage financer ensemble et surtout davantage faire financer par d’autres.

 

Une nouvelle architecture du financement du développement

 

Le rapprochement BADEA-Afreximbank illustre ainsi une transformation plus profonde du paysage financier africain.

 

Les institutions régionales, continentales et internationales sont de plus en plus appelées à mutualiser leurs ressources face à des besoins qui se chiffrent en centaines de milliards de dollars. La question n'est donc plus seulement de savoir combien une banque peut prêter, mais combien de capitaux elle peut contribuer à mobiliser.

 

C’est précisément sur ce terrain que la coopération entre la BADEA et Afreximbank pourrait prendre une nouvelle dimension.

 

Pour l’Afrique, le véritable test sera désormais concret : transformer cette coordination institutionnelle en projets financés, infrastructures livrées, entreprises accompagnées et échanges commerciaux effectivement renforcés.

 

Car dans le financement du développement, les annonces comptent. Mais c’est la capacité à transformer un partenariat en capital effectivement déployé qui fait, au bout du compte, la différence.