La Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) et Afreximbank veulent renforcer leur coopération pour mobiliser davantage de capitaux en faveur du commerce, des infrastructures et de l’industrialisation du continent. Une alliance qui mise désormais sur le cofinancement, le partage des risques et l’effet de levier du secteur privé.
Le financement du développement africain entre dans
une nouvelle phase. Face à l’ampleur des besoins du continent, les institutions
financières ne peuvent plus se contenter d’intervenir chacune de leur côté. La
BADEA entend donc renforcer son partenariat avec la Banque africaine
d’import-export, Afreximbank, afin de mobiliser des ressources plus importantes
et de financer des projets plus structurants.
Cette orientation est ressortie d’une rencontre entre
Fahad bin Abdullah AlDossari, président du conseil d’administration de la
BADEA, et George Elombi, président et président du conseil d’administration
d’Afreximbank. Les deux dirigeants ont identifié plusieurs pistes de
coopération, notamment le financement des infrastructures favorisant le
commerce, le cofinancement de projets, le partage des risques et la
mobilisation de capitaux.
Passer du financement individuel à l’effet
de levier
L’enjeu dépasse donc la signature d’un nouveau
partenariat institutionnel. La logique recherchée est celle de l’effet de
levier financier.
En combinant leurs ressources, leurs capacités de
structuration et leurs mécanismes de partage des risques, les deux institutions
veulent pouvoir accompagner des opérations de plus grande taille et attirer
d’autres investisseurs.
Pour l’Afrique, cette approche est stratégique. Les
besoins en infrastructures, en industrialisation, en énergie, en logistique et
en commerce régional nécessitent des financements qui excèdent souvent la
capacité d’intervention d’un seul bailleur.
Le cofinancement permet précisément de répartir le
risque entre plusieurs institutions, tout en augmentant la capacité globale de
financement. Il peut également faciliter l’intervention de banques
commerciales, d’investisseurs institutionnels et de capitaux privés.
Un partenariat qui ne part pas de zéro
BADEA et Afreximbank disposent déjà d’un historique de
coopération. Les deux institutions ont notamment travaillé ensemble dans le
cadre de financements bilatéraux, d’opérations syndiquées et de mécanismes de
participation aux risques.
Elles ont également collaboré autour de l’Arab-Africa
Trade Bridges Programme, destiné à renforcer les échanges commerciaux et les
investissements entre les économies arabes et africaines.
Cette expérience constitue un avantage. Plutôt que de
construire un dispositif entièrement nouveau, les deux banques peuvent
désormais chercher à élargir et à systématiser des mécanismes qui ont déjà fait
leurs preuves.
La coopération avait également été mobilisée lors de
la réponse africaine à la crise sanitaire de Covid-19, illustrant la capacité
des deux institutions à coordonner leurs interventions face aux chocs
économiques majeurs.
La stratégie 2030 de la BADEA donne le cap
Cette nouvelle dynamique s’inscrit directement dans la
stratégie 2030 de la BADEA. L’institution a fait du développement du secteur
privé et du commerce l’un des piliers de son action.
L'objectif est notamment de renforcer le financement
du secteur privé, d'accroître les échanges intra-africains et arabo-africains
et de mobiliser des capitaux en faveur de projets capables d’augmenter les
capacités productives du continent.
Derrière cette stratégie se trouve une conviction : le
développement africain ne pourra pas reposer uniquement sur les financements
publics ou concessionnels.
Les banques de développement doivent donc jouer
davantage le rôle de catalyseurs de capitaux. Leur intervention peut permettre
de réduire certains risques, d’améliorer la bancabilité des projets et de
rendre des investissements plus attractifs pour les acteurs privés.
Le commerce africain au cœur du dispositif
Le rapprochement avec Afreximbank est particulièrement
cohérent avec cette ambition. L'institution basée au Caire s'est imposée comme
un acteur majeur du financement du commerce africain et de l'intégration
économique du continent.
Son expertise dans la structuration des transactions
commerciales, le financement des chaînes de valeur et les opérations
transfrontalières complète ainsi les capacités de la BADEA.
Le partenariat peut notamment contribuer à soutenir
les infrastructures qui permettent aux marchandises de circuler plus
efficacement entre les pays africains : corridors logistiques, plateformes
portuaires, infrastructures énergétiques, chaînes de valeur industrielles ou
encore systèmes facilitant les échanges transfrontaliers.
L’enjeu est d’ailleurs pleinement cohérent avec la
dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Sans
infrastructures et sans financements adaptés, l’intégration commerciale restera
en partie théorique.
Une bataille pour mobiliser le capital
privé
C’est probablement le volet le plus stratégique de
cette coopération.
La BADEA ne cherche pas seulement à augmenter ses
propres financements. Elle veut contribuer à mobiliser davantage de ressources
autour de chaque dollar investi.
Le partage des risques, les garanties, les
financements syndiqués et les structures de cofinancement peuvent permettre
d’attirer des investisseurs qui seraient réticents à intervenir directement sur
certains marchés africains.
Pour les banques de développement, cette capacité à
mobiliser des financements supplémentaires devient progressivement aussi
importante que le volume de leurs propres prêts.
Le modèle est simple : moins financer seul, davantage
financer ensemble et surtout davantage faire financer par d’autres.
Une nouvelle architecture du financement
du développement
Le rapprochement BADEA-Afreximbank illustre ainsi une
transformation plus profonde du paysage financier africain.
Les institutions régionales, continentales et
internationales sont de plus en plus appelées à mutualiser leurs ressources
face à des besoins qui se chiffrent en centaines de milliards de dollars. La
question n'est donc plus seulement de savoir combien une banque peut prêter,
mais combien de capitaux elle peut contribuer à mobiliser.
C’est précisément sur ce terrain que la coopération
entre la BADEA et Afreximbank pourrait prendre une nouvelle dimension.
Pour l’Afrique, le véritable test sera désormais
concret : transformer cette coordination institutionnelle en projets financés,
infrastructures livrées, entreprises accompagnées et échanges commerciaux
effectivement renforcés.
Car dans le financement du développement, les annonces
comptent. Mais c’est la capacité à transformer un partenariat en capital
effectivement déployé qui fait, au bout du compte, la différence.
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