Réunis à Abidjan pour la 5ᵉ Journée nationale de la sécurité et de la santé au travail, universitaires, professionnels et représentants institutionnels ont appelé à mieux intégrer la prévention dans les entreprises et les administrations. Un enjeu qui dépasse la seule protection des travailleurs et touche directement au capital humain et à la continuité de l’activité économique.
La prévention des risques professionnels ne peut
plus être cantonnée au respect d’obligations réglementaires. Dans des économies
africaines en pleine transformation, la sécurité et la santé au travail
deviennent aussi des enjeux de gestion du capital humain, de maintien des
compétences et de continuité des activités.
C’est l’un des principaux enseignements de la 5ᵉ
Journée nationale de la sécurité et de la santé au travail (JNSST), organisée
mercredi 30 septembre 2026 à l’auditorium de l’Université Félix
Houphouët-Boigny (UFHB), à Abidjan. La rencontre a réuni universitaires,
professionnels et représentants institutionnels autour du thème : « Bilan,
défis et enjeux de la prévention des risques professionnels en Afrique ».
Organisée par le département de Psychologie de
l’Unité de Formation et de Recherche Sciences de l’Homme et de la Société
(UFR-SHS), en collaboration avec l’Association ivoirienne des intervenants
chargés de la sécurité et de la santé au travail (AICST), la rencontre
s’inscrivait dans le cadre de la 24ᵉ Journée mondiale de la sécurité et de la
santé au travail (JMSST) et de la 30ᵉ édition des Journées africaines de la
prévention des risques professionnels (JAPRP).
Des environnements de travail en mutation
L’évolution des métiers et des organisations
oblige les entreprises à adapter leurs dispositifs de prévention. L’apparition
de nouvelles activités, la transformation des conditions de travail et les
mutations des environnements professionnels font émerger de nouveaux besoins en
matière d’identification et de maîtrise des risques.
Représentant l’Organisation internationale du
Travail (OIT), Jean-Marie Kagabo a insisté sur la nécessité de placer la
prévention au cœur des politiques de santé et de sécurité au travail. L’enjeu
consiste notamment à intervenir en amont, plutôt qu’à attendre qu’un accident
ou un problème de santé survienne.
Cette logique implique de renforcer les
compétences capables d’identifier les risques, de former les travailleurs et de
déployer des dispositifs adaptés aux réalités de chaque organisation. Elle
concerne aussi bien les entreprises industrielles que les administrations, les
services et les nouveaux secteurs d’activité.
Pour les entreprises, l'enjeu ne se limite pas à
la conformité. Un accident du travail ou une maladie professionnelle peut
entraîner une désorganisation de l’activité, une perte de compétences et des
coûts supplémentaires. La prévention devient ainsi un levier de protection du
capital humain, mais aussi un élément de gestion de la performance et de la
continuité des opérations.
C’est précisément sur cette articulation entre
formation, connaissance et pratiques professionnelles que l’UFHB entend jouer
son rôle. Au nom du président de l’université, Professeur Ballo Zié, et du
directeur de l’UFR-SHS, Professeur Nassa Dabié Désiré Axel, le Professeur
Agnissan Assi Aubin, enseignant-chercheur en sociologie-anthropologie, a
rappelé la responsabilité de l’institution universitaire dans la formation, la
production de connaissances et leur mise au service de la société.
De la réglementation à une véritable culture de
prévention
Reste une difficulté : transformer les principes
de prévention en pratiques quotidiennes.
Président de l’AICST Côte d’Ivoire, Simplice Kouassi
a souligné l’importance de la mobilisation des professionnels. Les textes et
les dispositifs institutionnels ne suffisent pas, selon cette approche. La
prévention suppose également des compétences, des procédures adaptées et une
vigilance constante dans les organisations.
Cette exigence passe notamment par la formation
des acteurs chargés de la sécurité et de la santé au travail. Elle suppose
également que les entreprises intègrent davantage les risques dans leur
fonctionnement quotidien, plutôt que de considérer la prévention comme une
obligation ponctuelle.
Cheffe du département de Psychologie, Dre (MC) Yéo
Lokotianwa Sali épouse Koné a insisté sur la nécessité de donner une portée
concrète aux échanges de cette journée.
« Que cette journée ne soit pas seulement un
moment de réflexion, mais qu’elle permette de faire émerger des actions
concrètes, des collaborations durables et des compétences nouvelles au service
de la sécurité et de la santé des travailleurs africains », a-t-elle déclaré.
L’enjeu est d’autant plus important que les
politiques de prévention touchent directement au capital humain. Préserver la
santé et la sécurité des travailleurs, c’est aussi limiter les ruptures
d’activité, conserver les compétences au sein des organisations et réduire les
conséquences économiques liées aux accidents et aux maladies professionnelles.
Représentant l’Assemblée nationale de Côte
d’Ivoire, le député d’Agnibilékro, Mamadou Tounkara, a également salué la tenue
de cette rencontre et l’attention portée aux conditions de sécurité et de santé
dans les différents environnements professionnels.
Pour l’Afrique, le défi est désormais de faire
passer la prévention du registre des principes à celui des pratiques. Dans des
économies qui cherchent à industrialiser davantage, à développer les services
et à améliorer leur productivité, la protection des travailleurs ne relève donc
pas uniquement de la responsabilité sociale des entreprises. Elle participe
aussi à la préservation d’une ressource stratégique : les compétences et les
femmes et hommes qui font fonctionner l’économie.
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