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  • 05/10/2026

Prévention des risques professionnels : L’Afrique appelée à renforcer sa culture de la sécurité au travail

Réunis à Abidjan pour la 5ᵉ Journée nationale de la sécurité et de la santé au travail, universitaires, professionnels et représentants institutionnels ont appelé à mieux intégrer la prévention dans les entreprises et les administrations. Un enjeu qui dépasse la seule protection des travailleurs et touche directement au capital humain et à la continuité de l’activité économique.

 

La prévention des risques professionnels ne peut plus être cantonnée au respect d’obligations réglementaires. Dans des économies africaines en pleine transformation, la sécurité et la santé au travail deviennent aussi des enjeux de gestion du capital humain, de maintien des compétences et de continuité des activités.

 

C’est l’un des principaux enseignements de la 5ᵉ Journée nationale de la sécurité et de la santé au travail (JNSST), organisée mercredi 30 septembre 2026 à l’auditorium de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), à Abidjan. La rencontre a réuni universitaires, professionnels et représentants institutionnels autour du thème : « Bilan, défis et enjeux de la prévention des risques professionnels en Afrique ».

 

Organisée par le département de Psychologie de l’Unité de Formation et de Recherche Sciences de l’Homme et de la Société (UFR-SHS), en collaboration avec l’Association ivoirienne des intervenants chargés de la sécurité et de la santé au travail (AICST), la rencontre s’inscrivait dans le cadre de la 24ᵉ Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail (JMSST) et de la 30ᵉ édition des Journées africaines de la prévention des risques professionnels (JAPRP).

 

Des environnements de travail en mutation

 

L’évolution des métiers et des organisations oblige les entreprises à adapter leurs dispositifs de prévention. L’apparition de nouvelles activités, la transformation des conditions de travail et les mutations des environnements professionnels font émerger de nouveaux besoins en matière d’identification et de maîtrise des risques.

 

Représentant l’Organisation internationale du Travail (OIT), Jean-Marie Kagabo a insisté sur la nécessité de placer la prévention au cœur des politiques de santé et de sécurité au travail. L’enjeu consiste notamment à intervenir en amont, plutôt qu’à attendre qu’un accident ou un problème de santé survienne.

 

Cette logique implique de renforcer les compétences capables d’identifier les risques, de former les travailleurs et de déployer des dispositifs adaptés aux réalités de chaque organisation. Elle concerne aussi bien les entreprises industrielles que les administrations, les services et les nouveaux secteurs d’activité.

 

Pour les entreprises, l'enjeu ne se limite pas à la conformité. Un accident du travail ou une maladie professionnelle peut entraîner une désorganisation de l’activité, une perte de compétences et des coûts supplémentaires. La prévention devient ainsi un levier de protection du capital humain, mais aussi un élément de gestion de la performance et de la continuité des opérations.

 

C’est précisément sur cette articulation entre formation, connaissance et pratiques professionnelles que l’UFHB entend jouer son rôle. Au nom du président de l’université, Professeur Ballo Zié, et du directeur de l’UFR-SHS, Professeur Nassa Dabié Désiré Axel, le Professeur Agnissan Assi Aubin, enseignant-chercheur en sociologie-anthropologie, a rappelé la responsabilité de l’institution universitaire dans la formation, la production de connaissances et leur mise au service de la société.

 

De la réglementation à une véritable culture de prévention

 

Reste une difficulté : transformer les principes de prévention en pratiques quotidiennes.

 

Président de l’AICST Côte d’Ivoire, Simplice Kouassi a souligné l’importance de la mobilisation des professionnels. Les textes et les dispositifs institutionnels ne suffisent pas, selon cette approche. La prévention suppose également des compétences, des procédures adaptées et une vigilance constante dans les organisations.

 

Cette exigence passe notamment par la formation des acteurs chargés de la sécurité et de la santé au travail. Elle suppose également que les entreprises intègrent davantage les risques dans leur fonctionnement quotidien, plutôt que de considérer la prévention comme une obligation ponctuelle.

 

Cheffe du département de Psychologie, Dre (MC) Yéo Lokotianwa Sali épouse Koné a insisté sur la nécessité de donner une portée concrète aux échanges de cette journée.

 

« Que cette journée ne soit pas seulement un moment de réflexion, mais qu’elle permette de faire émerger des actions concrètes, des collaborations durables et des compétences nouvelles au service de la sécurité et de la santé des travailleurs africains », a-t-elle déclaré.

 

L’enjeu est d’autant plus important que les politiques de prévention touchent directement au capital humain. Préserver la santé et la sécurité des travailleurs, c’est aussi limiter les ruptures d’activité, conserver les compétences au sein des organisations et réduire les conséquences économiques liées aux accidents et aux maladies professionnelles.

 

Représentant l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, le député d’Agnibilékro, Mamadou Tounkara, a également salué la tenue de cette rencontre et l’attention portée aux conditions de sécurité et de santé dans les différents environnements professionnels.

 

Pour l’Afrique, le défi est désormais de faire passer la prévention du registre des principes à celui des pratiques. Dans des économies qui cherchent à industrialiser davantage, à développer les services et à améliorer leur productivité, la protection des travailleurs ne relève donc pas uniquement de la responsabilité sociale des entreprises. Elle participe aussi à la préservation d’une ressource stratégique : les compétences et les femmes et hommes qui font fonctionner l’économie.