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  • 05/10/2026

Madagascar : Le FMI débloque 155 millions de dollars et presse Antananarivo d’accélérer les réformes

Le FMI a validé les troisième et quatrième revues combinées des programmes conclus avec Madagascar, ouvrant la voie à un décaissement d’environ 155 millions de dollars. Dans un contexte de transition politique, de tensions énergétiques et de chocs climatiques, l’institution demande surtout à Antananarivo de renforcer ses recettes, de redresser JIRAMA et de réformer les prix des carburants.

 

Madagascar obtient un nouveau bol d’oxygène financier, mais le message du Fonds monétaire international (FMI) qui l’accompagne est sans ambiguïté : les marges de manœuvre de l’État se réduisent et les réformes doivent avancer plus vite.

 

Le Conseil d’administration du FMI a achevé, le 30 septembre 2026, les troisième et quatrième revues combinées des programmes soutenus par la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Cette décision permet le décaissement immédiat d’environ 155 millions de dollars.

 

Dans le détail, près de 100 millions de dollars, seront débloqués au titre de la FEC et environ 55 millions de dollars, au titre de la FRD. Les deux mécanismes, approuvés en juin 2024 pour une durée de 36 mois, constituent le cadre du soutien financier et des réformes engagées par Antananarivo.

 

Mais au-delà du montant, c’est la nature des recommandations du FMI qui mérite l’attention. L’institution veut notamment voir Madagascar augmenter ses recettes publiques, réduire les risques liés aux entreprises publiques et limiter l’exposition du budget aux fluctuations des prix du pétrole.

 

Une croissance revue à la baisse

 

Le décaissement intervient alors que l’économie malgache encaisse plusieurs chocs simultanés. Les cyclones tropicaux qui ont frappé le pays en début d’année ont aggravé les besoins de reconstruction, tandis que les perturbations du secteur minier et la hausse des prix mondiaux du pétrole ont pesé sur les comptes extérieurs.

 

À cela s’ajoute une situation politique tendue, marquée par des manifestations liées notamment aux coupures d’électricité et aux pénuries d’eau.

 

Cette accumulation de chocs a conduit le FMI à revoir à la baisse son estimation de croissance pour 2025. Le PIB réel est désormais attendu à 3,1%, contre 4% lors de la deuxième revue du programme.

 

Pour 2026, l’institution prévoit néanmoins une reprise à 3,8%, portée notamment par la reconstruction après les cyclones et le plan de relance économique du gouvernement.

 

Cette amélioration attendue ne signifie toutefois pas que les déséquilibres extérieurs se résorbent. Le déficit du compte courant devrait atteindre 8,3% du PIB en 2026, contre 6% en 2025. La facture pétrolière, les importations nécessaires à la reconstruction et les dommages subis par le secteur minier devraient notamment creuser ce déficit.

 

Autrement dit, Madagascar doit financer davantage d’importations au moment même où certains de ses moteurs d’exportation sont fragilisés.

 

Les recettes fiscales, maillon faible des finances publiques

 

C’est l’un des principaux points de vigilance du FMI. Les recettes fiscales ont été nettement inférieures aux prévisions, limitant la capacité de l’État à financer ses priorités sans accroître ses déséquilibres budgétaires.

 

Le problème est d’autant plus sensible que les besoins de dépenses augmentent avec la reconstruction et les difficultés des services publics. Le FMI demande donc à Antananarivo de renforcer la mobilisation des recettes intérieures, notamment en rationalisant les exonérations fiscales et en améliorant les administrations fiscale et douanière.

 

Le déficit budgétaire global devrait atteindre 4,5% du PIB en 2026, contre 2,1% en 2025. Dans le même temps, la dette publique devrait passer de 47,7% du PIB en 2025 à 49,3% en 2026.

 

Le FMI a par ailleurs dû accorder une dérogation concernant le non-respect, à fin juin 2025, du critère de performance relatif au solde primaire. Les autorités avaient depuis adopté des mesures correctives et respecté les critères quantitatifs à fin décembre 2025.

 

Le signal envoyé par Washington est donc moins celui d’un échec du programme que celui d'une fragilité persistante des finances publiques.

 

JIRAMA : un problème d’électricité devenu un risque budgétaire

 

Le redressement de JIRAMA figure parmi les priorités mises en avant par le FMI.

 

La compagnie publique malgache d’électricité et d’eau est au cœur des difficultés qui ont alimenté les tensions sociales récentes. Mais son problème dépasse désormais la qualité des services fournis aux ménages et aux entreprises.

 

Pour l’État, JIRAMA constitue également un risque budgétaire. Une entreprise publique structurellement déficitaire peut nécessiter des transferts, des recapitalisations ou d’autres formes de soutien public, alors même que les finances de l’État sont déjà sous pression.

 

Le FMI demande donc une mise en œuvre rapide du plan de redressement de la société. L’objectif est double : améliorer la fiabilité de l’approvisionnement en électricité et en eau, tout en réduisant les appels de JIRAMA aux ressources budgétaires.

 

Dans un pays où les coupures d’électricité ont contribué aux tensions politiques, la réforme de JIRAMA est ainsi devenue à la fois un enjeu économique, social et budgétaire.

 

Les carburants : le délicat retour à la tarification automatique

 

L’autre réforme sensible concerne les carburants.

 

Le FMI demande la mise en œuvre intégrale du mécanisme automatique de tarification des carburants d’ici janvier 2027. Le principe est simple : les prix domestiques doivent davantage refléter l’évolution des cours internationaux, plutôt que de faire peser systématiquement le coût des variations pétrolières sur le budget de l’État.

 

Pour les finances publiques, l’intérêt est évident. Lorsque le pétrole s’envole, un système qui retient artificiellement les prix à la pompe peut obliger l’État à absorber une partie du choc, directement ou indirectement. Cela réduit d’autant les ressources disponibles pour d’autres politiques publiques.

 

Mais la réforme comporte un risque social. Une hausse des prix à la pompe peut rapidement se transmettre aux coûts du transport, de l’alimentation et des biens de consommation.

 

C’est pourquoi le FMI préconise que le nouveau mécanisme soit accompagné de mesures d’atténuation ciblées pour les populations les plus vulnérables.

 

L'enjeu pour Antananarivo sera donc de trouver un équilibre entre deux impératifs : ne plus exposer excessivement le budget aux fluctuations du pétrole tout en évitant que l’ajustement des prix ne pèse disproportionnellement sur les ménages modestes.

 

La BFM appelée à rester vigilante face à l’inflation

 

La politique monétaire devra elle aussi rester restrictive si les tensions inflationnistes persistent.

 

Le FMI demande à la Banque centrale de Madagascar (BFM) de se tenir prête à resserrer davantage sa politique monétaire. L’institution recommande également de poursuivre la modernisation du cadre monétaire fondé sur les taux d’intérêt.

 

L’inflation devrait atteindre 9,3% en fin d’année 2026, contre 7,2% en 2025. Dans ce contexte, la flexibilité du taux de change demeure, selon le FMI, un outil important pour absorber les chocs extérieurs tout en préservant les réserves internationales.

 

Ces dernières devraient s’établir à environ 6,1 mois d’importations de biens et services.

 

Le climat ajoute une contrainte supplémentaire

 

Madagascar doit parallèlement financer sa reconstruction et renforcer sa capacité à absorber de nouveaux chocs climatiques.

 

Dans le cadre de la FRD, le pays a adopté son premier budget vert ainsi qu’une stratégie nationale de financement climatique. Certaines réformes prévues ont cependant pris du retard, notamment en raison de facteurs extérieurs.

 

Pour le FMI, le défi consiste désormais à faire de la résilience climatique un élément durable de la politique économique. Les cyclones qui ont frappé le pays cette année montrent en effet le coût potentiel de ces événements pour les infrastructures, l’activité économique et les finances publiques.

 

La gouvernance constitue un autre chantier. Le FMI appelle à l’adoption rapide d’un plan d’action national destiné à mettre en œuvre les principales recommandations de son évaluation diagnostique de la gouvernance, en complément de la stratégie nationale de lutte contre la corruption.

 

155 millions de dollars pour gagner du temps

 

Le nouveau décaissement apporte donc une marge de respiration à Madagascar, mais il ne règle aucun des déséquilibres structurels auxquels le pays est confronté.

 

Avec une croissance encore modérée, des recettes fiscales insuffisantes, un déficit courant qui se creuse, une dette publique en hausse et une entreprise publique énergétique sous tension, les 155 millions de dollars constituent davantage un soutien à la trajectoire de réforme qu’une solution aux difficultés du pays.

 

Le FMI donne ainsi à Antananarivo des ressources supplémentaires pour poursuivre son programme, tout en lui demandant de réduire progressivement les risques qui pèsent sur les finances publiques.

 

Le véritable test sera désormais politique : parvenir à augmenter les recettes, redresser JIRAMA et appliquer la tarification automatique des carburants sans provoquer de nouvelles tensions sociales. À Madagascar, le financement extérieur peut fournir de l’oxygène ; il ne peut pas, à lui seul, corriger les déséquilibres qui l’ont rendu nécessaire.