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  • 25/09/2026

Nigéria : Ogun et DP World scellent des accords pour un complexe portuaire et industriel de plus de 7 milliards de dollars

Le gouvernement de l’État d’Ogun et DP World ont signé à Paris des protocoles d’accord pour développer un port en eau profonde et une zone économique spéciale de 10 000 hectares. L’ensemble devrait mobiliser plus de 7 milliards de dollars (environ 4 592 milliards FCFA) d’investissements initiaux et générer plus de 50 000 emplois directs à pleine réalisation.

 

Le Nigéria veut desserrer l’étau logistique autour de Lagos. À Paris, le gouvernement de l’État d’Ogun et DP World ont signé, jeudi 24 septembre, des protocoles d’accord portant sur deux infrastructures appelées à fonctionner comme un même écosystème : le Gateway Deep Seaport, à Ogun Waterside, et la Blue Marine Special Economic Zone, une zone économique spéciale de 10 000 hectares.

 

La cérémonie s’est tenue en présence du président nigérian Bola Ahmed Tinubu, du gouverneur d’Ogun Dapo Abiodun, du ministre de la Marine et de l’Économie bleue Adegboyega Oyetola, ainsi que du directeur général de la Nigerian Ports Authority (NPA), Abubakar Dantsoho. Le groupe DP World était représenté notamment par son directeur général, Yuvraj Narayan.

 

Les accords prévoient un investissement initial de plus de 7 milliards de dollars, soit environ 4 592 milliards FCFA. Il s’agit toutefois, à ce stade, d’un volume d’investissement projeté dans le cadre des MoU, et non de 7 milliards de dollars déjà décaissés. À pleine réalisation, les deux projets devraient créer plus de 50 000 emplois directs, auxquels s’ajouteront des emplois indirects le long des chaînes de valeur.

 

Un port pour contourner la saturation de Lagos

 

Le Gateway Deep Seaport doit être construit à Ogun Waterside, sur la façade atlantique de l’État. Le projet prévoit un quai de 4 kilomètres et un tirant d’eau de 18 mètres, des caractéristiques destinées à permettre l’accueil de navires de plus grande capacité.

 

L’enjeu est directement lié aux difficultés logistiques du principal corridor portuaire du pays. Le futur port doit contribuer à réduire la pression exercée sur les installations d’Apapa et de Tin Can Island, à Lagos, tout en diminuant les coûts et les délais supportés par les importateurs et les exportateurs.

 

Mais le projet ne se limite pas à ajouter une nouvelle porte d’entrée maritime au Nigéria. Sa véritable particularité réside dans son intégration à la future zone économique spéciale Blue Marine.

 

Une zone industrielle de 10 000 hectares derrière les quais

 

La Blue Marine Special Economic Zone doit s’étendre sur 10 000 hectares. Elle est destinée à accueillir des activités de fabrication, de transformation, de services maritimes et d’exportation.

 

L'idée défendue par les autorités nigérianes est de rapprocher les infrastructures portuaires des activités industrielles. Les matières premières importées pourraient ainsi être transformées sur place avant d’être réexportées, tandis que les ressources produites au Nigéria pourraient être davantage valorisées localement avant leur expédition vers les marchés africains et internationaux.

 

Cette articulation entre port et zone industrielle constitue le cœur économique du projet. Pour le président Tinubu, le port doit donc servir de support à un appareil productif plus large, et pas uniquement au transit de marchandises.

 

L’ambition affichée est également de renforcer la base d’exportations non pétrolières du Nigéria, dans un pays qui cherche depuis plusieurs années à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.

 

Un nouveau corridor logistique autour d’Ogun

 

La stratégie dépasse encore les limites du port et de la zone économique. Le complexe doit être relié au tronçon de 28 kilomètres de l’autoroute côtière Lagos-Calabar situé dans l’État d’Ogun.

 

Ce réseau doit également se connecter à plusieurs projets voisins, dont la future base opérationnelle et le chantier naval de la Marine nigériane, le projet OK LNG, l’aéroport international Gateway et des infrastructures de ports secs. L'objectif est de constituer progressivement un corridor combinant transport maritime, routes, énergie, industrie et logistique.

 

Pour Abuja, cette connectivité sera déterminante. Le port ne pourra réellement jouer son rôle de nouvelle porte commerciale que s'il est correctement relié aux zones industrielles, aux marchés de consommation et à l'hinterland nigérian.

 

Ogun cherche une nouvelle porte vers les marchés africains

 

Le choix d'Ogun répond aussi à une logique géographique. Situé à proximité immédiate de Lagos, l'État dispose déjà d'un important tissu industriel. Le nouveau complexe cherche à transformer cet avantage en plateforme logistique et industrielle tournée vers les marchés régionaux.

 

Les autorités nigérianes mettent notamment en avant le potentiel offert par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Avec un port en eau profonde associé à une zone industrielle, Ogun veut ainsi se positionner comme un point d'entrée et de sortie pour les marchandises destinées au marché nigérian et au reste du continent.

 

Pour DP World, l'opération s'inscrit dans une logique plus large de développement d'infrastructures portuaires et de chaînes logistiques intégrées. Pour Ogun, elle constitue surtout une tentative de concrétiser un projet de port en eau profonde évoqué depuis plusieurs décennies.

 

Le véritable test commence désormais après la signature. Les protocoles d'accord doivent encore être transformés en projets effectivement financés, construits puis exploités. Le gouvernement fédéral s'est engagé à accompagner cette phase en facilitant notamment les connexions routières, ferroviaires et énergétiques ainsi que le cadre réglementaire.

 

À ce stade, le pari est donc clair : faire d'Ogun non plus seulement un État industriel voisin de Lagos, mais un nouveau hub portuaire et manufacturier capable de relier la production nigériane aux marchés africains et mondiaux.