Le gouvernement de l’État d’Ogun et DP World ont signé à Paris des protocoles d’accord pour développer un port en eau profonde et une zone économique spéciale de 10 000 hectares. L’ensemble devrait mobiliser plus de 7 milliards de dollars (environ 4 592 milliards FCFA) d’investissements initiaux et générer plus de 50 000 emplois directs à pleine réalisation.
Le Nigéria veut desserrer l’étau logistique
autour de Lagos. À Paris, le gouvernement de l’État d’Ogun et DP World ont
signé, jeudi 24 septembre, des protocoles d’accord portant sur deux
infrastructures appelées à fonctionner comme un même écosystème : le Gateway
Deep Seaport, à Ogun Waterside, et la Blue Marine Special Economic Zone, une
zone économique spéciale de 10 000 hectares.
La cérémonie s’est tenue en présence du président
nigérian Bola Ahmed Tinubu, du gouverneur d’Ogun Dapo Abiodun, du ministre de
la Marine et de l’Économie bleue Adegboyega Oyetola, ainsi que du directeur
général de la Nigerian Ports Authority (NPA), Abubakar Dantsoho. Le groupe DP
World était représenté notamment par son directeur général, Yuvraj Narayan.
Les accords prévoient un investissement initial
de plus de 7 milliards de dollars, soit environ 4 592 milliards FCFA. Il s’agit
toutefois, à ce stade, d’un volume d’investissement projeté dans le cadre des
MoU, et non de 7 milliards de dollars déjà décaissés. À pleine réalisation, les
deux projets devraient créer plus de 50 000 emplois directs, auxquels
s’ajouteront des emplois indirects le long des chaînes de valeur.
Un port pour contourner la saturation de Lagos
Le Gateway Deep Seaport doit être construit à
Ogun Waterside, sur la façade atlantique de l’État. Le projet prévoit un quai
de 4 kilomètres et un tirant d’eau de 18 mètres, des caractéristiques destinées
à permettre l’accueil de navires de plus grande capacité.
L’enjeu est directement lié aux difficultés
logistiques du principal corridor portuaire du pays. Le futur port doit
contribuer à réduire la pression exercée sur les installations d’Apapa et de
Tin Can Island, à Lagos, tout en diminuant les coûts et les délais supportés
par les importateurs et les exportateurs.
Mais le projet ne se limite pas à ajouter une
nouvelle porte d’entrée maritime au Nigéria. Sa véritable particularité réside
dans son intégration à la future zone économique spéciale Blue Marine.
Une zone industrielle de 10 000 hectares derrière
les quais
La Blue Marine Special Economic Zone doit
s’étendre sur 10 000 hectares. Elle est destinée à accueillir des activités de
fabrication, de transformation, de services maritimes et d’exportation.
L'idée défendue par les autorités nigérianes est
de rapprocher les infrastructures portuaires des activités industrielles. Les
matières premières importées pourraient ainsi être transformées sur place avant
d’être réexportées, tandis que les ressources produites au Nigéria pourraient
être davantage valorisées localement avant leur expédition vers les marchés
africains et internationaux.
Cette articulation entre port et zone
industrielle constitue le cœur économique du projet. Pour le président Tinubu,
le port doit donc servir de support à un appareil productif plus large, et pas
uniquement au transit de marchandises.
L’ambition affichée est également de renforcer la
base d’exportations non pétrolières du Nigéria, dans un pays qui cherche depuis
plusieurs années à réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Un nouveau corridor logistique autour d’Ogun
La stratégie dépasse encore les limites du port
et de la zone économique. Le complexe doit être relié au tronçon de 28
kilomètres de l’autoroute côtière Lagos-Calabar situé dans l’État d’Ogun.
Ce réseau doit également se connecter à plusieurs
projets voisins, dont la future base opérationnelle et le chantier naval de la
Marine nigériane, le projet OK LNG, l’aéroport international Gateway et des
infrastructures de ports secs. L'objectif est de constituer progressivement un
corridor combinant transport maritime, routes, énergie, industrie et
logistique.
Pour Abuja, cette connectivité sera déterminante.
Le port ne pourra réellement jouer son rôle de nouvelle porte commerciale que
s'il est correctement relié aux zones industrielles, aux marchés de
consommation et à l'hinterland nigérian.
Ogun cherche une nouvelle porte vers les marchés
africains
Le choix d'Ogun répond aussi à une logique
géographique. Situé à proximité immédiate de Lagos, l'État dispose déjà d'un
important tissu industriel. Le nouveau complexe cherche à transformer cet
avantage en plateforme logistique et industrielle tournée vers les marchés
régionaux.
Les autorités nigérianes mettent notamment en
avant le potentiel offert par la Zone de libre-échange continentale africaine
(Zlecaf). Avec un port en eau profonde associé à une zone industrielle, Ogun
veut ainsi se positionner comme un point d'entrée et de sortie pour les
marchandises destinées au marché nigérian et au reste du continent.
Pour DP World, l'opération s'inscrit dans une
logique plus large de développement d'infrastructures portuaires et de chaînes
logistiques intégrées. Pour Ogun, elle constitue surtout une tentative de
concrétiser un projet de port en eau profonde évoqué depuis plusieurs
décennies.
Le véritable test commence désormais après la
signature. Les protocoles d'accord doivent encore être transformés en projets
effectivement financés, construits puis exploités. Le gouvernement fédéral
s'est engagé à accompagner cette phase en facilitant notamment les connexions
routières, ferroviaires et énergétiques ainsi que le cadre réglementaire.
À ce stade, le pari est donc clair : faire d'Ogun
non plus seulement un État industriel voisin de Lagos, mais un nouveau hub
portuaire et manufacturier capable de relier la production nigériane aux
marchés africains et mondiaux.
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