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  • Par Gogbeu Jean-marc
  • 06/11/2026

Ghana : Le FMI salue le redressement économique, mais alerte sur les réserves de change

Avec une croissance attendue de 5,7% en 2026 et une inflation retombée à 5,5% en octobre, le Ghana consolide ses équilibres macroéconomiques. Le pays vise un excédent primaire de 0,5% du PIB en 2027, tout en prévoyant de renforcer ses investissements dans les infrastructures et la création d'emplois. Mais la baisse récente des réserves de change rappelle que ce redressement reste exposé aux fluctuations des marchés internationaux.

L'économie ghanéenne poursuit son redressement. Au premier semestre 2026, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 6,2% en glissement annuel, porté notamment par l'investissement. Pour l'ensemble de l'année, le Fonds monétaire international (FMI) table sur une croissance de 5,7%.

La dynamique se reflète également dans l'évolution des prix. L'inflation est ressortie à 5,5% en octobre, en dessous de la fourchette cible de 6 à 10% fixée par la Banque du Ghana. Sur le front budgétaire, l'excédent primaire devrait également atteindre l'objectif fixé pour la fin de l'année, tandis que la dette publique a enregistré une baisse importante ces dernières années.

Ces résultats ont conduit les services du FMI à conclure un accord au niveau des services avec les autorités ghanéennes, à l'issue d'une mission menée à Accra du 22 octobre au 4 novembre 2026 par Ruben Atoyan. Cet accord concerne le premier examen de l'Instrument de coordination des politiques (ICP), un programme de 36 mois approuvé en juillet dernier.

Un excédent primaire pour préserver les investissements

Pour 2027, Accra entend maintenir la discipline budgétaire tout en dégageant des ressources pour financer ses priorités économiques. Le budget prévoit ainsi un excédent primaire de 0,5% du PIB, conformément aux engagements pris dans le cadre du programme avec le FMI.

Cet indicateur mesure la différence entre les recettes de l'État et ses dépenses, hors paiement des intérêts de la dette. Son amélioration permet donc de dégager des ressources avant le service des intérêts, sans signifier nécessairement que le budget global est excédentaire.

L'objectif doit notamment reposer sur les mesures fiscales approuvées par le Parlement en juillet 2026, la révision de la législation douanière et les réformes de l'administration fiscale. Les recettes non pétrolières devraient ainsi continuer de progresser.

Les marges budgétaires recherchées doivent soutenir la création d'emplois, les investissements privés et la réduction du déficit d'infrastructures. Mais cette stratégie comporte une exigence : investir davantage sans relâcher le contrôle des finances publiques.

Le FMI insiste notamment sur la qualité de l'évaluation des projets, la transparence des marchés publics et la maîtrise des dépenses. L'enjeu est d'éviter que les investissements supplémentaires ne se traduisent par de nouvelles pressions sur l'endettement, alors que le pays cherche encore à consolider les résultats de son ajustement budgétaire.

Les réserves de change restent sous pression

La situation extérieure constitue toutefois un point de vigilance. Le FMI relève une baisse des réserves de change au cours des derniers mois et appelle les autorités à poursuivre les mesures engagées pour les reconstituer.

Ces réserves sont essentielles pour financer les importations, honorer les engagements extérieurs et limiter les pressions sur le cedi, la monnaie nationale. Leur niveau dépend notamment de la capacité du pays à générer et à conserver des devises grâce à ses exportations.

Or, le Ghana reste fortement exposé aux fluctuations des cours de l'or, du cacao et du pétrole. Une dégradation des prix de ces matières premières peut réduire les recettes d'exportation et compliquer la reconstitution des réserves.

Pour renforcer les entrées de devises, les autorités ont notamment transféré à GoldBod l'intermédiation des changes liée au secteur de l'or et relevé les obligations de vente d'or imposées aux grandes entreprises minières. GoldBod, l'organisme public chargé de structurer le commerce de l'or, occupe ainsi une place importante dans le dispositif de mobilisation des recettes aurifères.

Le FMI estime toutefois que ces mesures devront être appliquées avec rigueur et accompagnées d'une plus grande flexibilité du taux de change. La politique monétaire devra également rester prudente pour préserver la stabilité des prix et renforcer les réserves internationales.

Un programme de surveillance sans financement direct

L'accord annoncé le 5 novembre ne constitue pas une nouvelle enveloppe de financement pour le Ghana. L'Instrument de coordination des politiques (ICP) est un dispositif du FMI qui permet d'accompagner et d'évaluer les politiques économiques d'un pays sans lui accorder directement de ressources financières.

Approuvé par le Conseil d'administration du FMI le 27 juillet 2026, ce programme de 36 mois repose notamment sur des objectifs budgétaires, monétaires et des réformes structurelles. Selon l'institution, la plupart des objectifs quantitatifs du premier examen ont été atteints et les réformes avancent globalement conformément au calendrier.

Plusieurs chantiers restent néanmoins à finaliser, notamment la réforme du cadre de gestion des liquidités de la Banque du Ghana, le déploiement du système intégré d'administration fiscale et la publication de l'audit des comptes de recouvrement de l'Electricity Company of Ghana (ECG).

L'accord conclu entre les services du FMI et les autorités ghanéennes doit encore être approuvé par la direction et le Conseil d'administration de l'institution.

Pour le Ghana, la prochaine étape consiste à inscrire les progrès macroéconomiques dans la durée. La consolidation budgétaire, la reconstitution des réserves et l'amélioration de la mobilisation des recettes devront accompagner les investissements annoncés. La question sera aussi de savoir dans quelle mesure cette croissance pourra se traduire en emplois et en nouvelles capacités productives, au-delà des bons indicateurs macroéconomiques.