La Côte d'Ivoire et le Ghana franchissent une nouvelle étape dans leur coopération stratégique sur le cacao. Réunis à Abidjan, le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont convenu d'harmoniser le calendrier de la campagne cacaoyère 2026/27, qui débutera officiellement le 1er septembre prochain dans les deux pays.
L'annonce peut sembler
technique. Elle est pourtant lourde d'enjeux pour le marché mondial du cacao.
Ensemble, la Côte d'Ivoire et le Ghana assurent près de 60% de la production
mondiale de fèves. Une coordination accrue entre les deux principaux
producteurs de la planète est donc susceptible d'influencer l'ensemble de la
chaîne de valeur, des planteurs africains jusqu'aux industriels du chocolat en
Europe, en Amérique du Nord et en Asie.
À l'issue de son
entretien avec Alassane Ouattara à Abidjan, le président ghanéen John Dramani
Mahama a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre les deux
voisins.
« Nous sommes des
partenaires, et non des adversaires ou des concurrents dans le secteur du
cacao. Cette collaboration doit être renforcée pour nous permettre de
satisfaire nos producteurs », a-t-il déclaré à la presse.
Au-delà du calendrier,
les deux États ont également affiché leur volonté d'harmoniser les prix
minimums garantis versés aux producteurs. Un sujet particulièrement sensible
dans une filière où plusieurs millions de ménages dépendent directement de la
culture du cacao pour leurs revenus.
Une réponse
aux défis du marché mondial
Cette convergence
intervient dans un contexte de profondes mutations du marché cacaoyer mondial.
Depuis deux ans, les
cours internationaux ont connu une envolée spectaculaire sous l'effet de
récoltes perturbées en Afrique de l'Ouest, de conditions climatiques difficiles
et d'une baisse de la production dans plusieurs zones de culture. Les tensions
sur l'offre ont propulsé les prix à des niveaux historiques, modifiant les
équilibres traditionnels du secteur.
Face à cette situation,
Abidjan et Accra cherchent à renforcer leur capacité d'influence. Les deux pays
poursuivent depuis plusieurs années une stratégie commune visant à mieux
valoriser leur production et à améliorer la rémunération des producteurs.
L'objectif est clair :
éviter une concurrence directe entre les deux voisins et parler d'une seule
voix face aux grands négociants internationaux et aux multinationales de la
transformation du cacao.
Cette approche n'est pas
nouvelle. Elle s'inscrit dans la continuité des efforts entrepris depuis la
création de mécanismes de coopération entre les deux pays, notamment autour de
la question des prix et de la défense des intérêts des producteurs.
Pourquoi
avancer la campagne ?
La décision de fixer le
démarrage de la campagne au 1er septembre marque également une évolution
importante de l'organisation du secteur.
Traditionnellement, la
grande campagne ivoirienne débutait le 1er octobre. Mais les autorités ont
progressivement adapté leur calendrier afin de mieux tenir compte de
l'évolution des récoltes et des réalités du marché.
Cette année déjà, la
Côte d'Ivoire avait avancé le lancement de la récolte intermédiaire du 1er
avril au 1er mars afin de faciliter l'écoulement des stocks encore disponibles
et d'améliorer la fluidité des opérations commerciales.
L'alignement avec le
Ghana vise désormais à instaurer un cadre commun pour la commercialisation de
la nouvelle récolte.
Pour les exportateurs et
les transformateurs, cette synchronisation pourrait offrir davantage de
visibilité. Pour les producteurs, elle pourrait contribuer à une meilleure
cohérence des politiques de prix entre les deux principaux pays producteurs.
Les prix aux
producteurs au cœur des attentes
La véritable question
reste toutefois celle de la rémunération des planteurs.
Si les deux
gouvernements ont annoncé leur intention d'harmoniser les prix minimums bord
champ, aucun montant n'a encore été communiqué pour la campagne 2026/27.
Cette future décision
sera particulièrement scrutée. Malgré la hausse spectaculaire des cours
mondiaux ces derniers mois, les producteurs africains réclament depuis
longtemps une meilleure répartition de la valeur créée tout au long de la
chaîne du cacao.
L'enjeu est majeur pour
les économies des deux pays. Le cacao demeure une source essentielle de
devises, de revenus ruraux et d'emplois. En Côte d'Ivoire comme au Ghana,
plusieurs millions de personnes vivent directement ou indirectement de cette
filière stratégique.
Une alliance
renforcée face aux incertitudes climatiques
Au-delà des questions
commerciales, cette coordination intervient alors que les marchés surveillent
de près l'évolution des conditions météorologiques pour la prochaine campagne.
Les opérateurs restent
attentifs aux risques climatiques susceptibles d'affecter la production
ouest-africaine. Les épisodes climatiques extrêmes observés ces dernières
années ont rappelé la vulnérabilité du secteur face aux aléas météorologiques.
Dans ce contexte, le
rapprochement entre Abidjan et Accra apparaît comme une tentative de consolider
davantage la gouvernance de la filière et de renforcer le poids des producteurs
africains dans les négociations internationales.
En harmonisant leurs
calendriers et en préparant une convergence de leurs politiques de prix, la
Côte d'Ivoire et le Ghana envoient un signal clair au marché : les deux géants
du cacao entendent désormais coordonner plus étroitement leurs stratégies pour
défendre leurs intérêts et ceux de leurs producteurs.
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