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  • 17/06/2026

Cacao : Abidjan et Accra resserrent les rangs avant la campagne 2026/27

La Côte d'Ivoire et le Ghana franchissent une nouvelle étape dans leur coopération stratégique sur le cacao. Réunis à Abidjan, le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont convenu d'harmoniser le calendrier de la campagne cacaoyère 2026/27, qui débutera officiellement le 1er septembre prochain dans les deux pays.

 

L'annonce peut sembler technique. Elle est pourtant lourde d'enjeux pour le marché mondial du cacao. Ensemble, la Côte d'Ivoire et le Ghana assurent près de 60% de la production mondiale de fèves. Une coordination accrue entre les deux principaux producteurs de la planète est donc susceptible d'influencer l'ensemble de la chaîne de valeur, des planteurs africains jusqu'aux industriels du chocolat en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

 

À l'issue de son entretien avec Alassane Ouattara à Abidjan, le président ghanéen John Dramani Mahama a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre les deux voisins.

 

« Nous sommes des partenaires, et non des adversaires ou des concurrents dans le secteur du cacao. Cette collaboration doit être renforcée pour nous permettre de satisfaire nos producteurs », a-t-il déclaré à la presse.

 

Au-delà du calendrier, les deux États ont également affiché leur volonté d'harmoniser les prix minimums garantis versés aux producteurs. Un sujet particulièrement sensible dans une filière où plusieurs millions de ménages dépendent directement de la culture du cacao pour leurs revenus.

 

Une réponse aux défis du marché mondial

 

Cette convergence intervient dans un contexte de profondes mutations du marché cacaoyer mondial.

 

Depuis deux ans, les cours internationaux ont connu une envolée spectaculaire sous l'effet de récoltes perturbées en Afrique de l'Ouest, de conditions climatiques difficiles et d'une baisse de la production dans plusieurs zones de culture. Les tensions sur l'offre ont propulsé les prix à des niveaux historiques, modifiant les équilibres traditionnels du secteur.

 

Face à cette situation, Abidjan et Accra cherchent à renforcer leur capacité d'influence. Les deux pays poursuivent depuis plusieurs années une stratégie commune visant à mieux valoriser leur production et à améliorer la rémunération des producteurs.

 

L'objectif est clair : éviter une concurrence directe entre les deux voisins et parler d'une seule voix face aux grands négociants internationaux et aux multinationales de la transformation du cacao.

 

Cette approche n'est pas nouvelle. Elle s'inscrit dans la continuité des efforts entrepris depuis la création de mécanismes de coopération entre les deux pays, notamment autour de la question des prix et de la défense des intérêts des producteurs.

 

Pourquoi avancer la campagne ?

 

La décision de fixer le démarrage de la campagne au 1er septembre marque également une évolution importante de l'organisation du secteur.

 

Traditionnellement, la grande campagne ivoirienne débutait le 1er octobre. Mais les autorités ont progressivement adapté leur calendrier afin de mieux tenir compte de l'évolution des récoltes et des réalités du marché.

 

Cette année déjà, la Côte d'Ivoire avait avancé le lancement de la récolte intermédiaire du 1er avril au 1er mars afin de faciliter l'écoulement des stocks encore disponibles et d'améliorer la fluidité des opérations commerciales.

 

L'alignement avec le Ghana vise désormais à instaurer un cadre commun pour la commercialisation de la nouvelle récolte.

 

Pour les exportateurs et les transformateurs, cette synchronisation pourrait offrir davantage de visibilité. Pour les producteurs, elle pourrait contribuer à une meilleure cohérence des politiques de prix entre les deux principaux pays producteurs.

 

Les prix aux producteurs au cœur des attentes

 

La véritable question reste toutefois celle de la rémunération des planteurs.

 

Si les deux gouvernements ont annoncé leur intention d'harmoniser les prix minimums bord champ, aucun montant n'a encore été communiqué pour la campagne 2026/27.

 

Cette future décision sera particulièrement scrutée. Malgré la hausse spectaculaire des cours mondiaux ces derniers mois, les producteurs africains réclament depuis longtemps une meilleure répartition de la valeur créée tout au long de la chaîne du cacao.

 

L'enjeu est majeur pour les économies des deux pays. Le cacao demeure une source essentielle de devises, de revenus ruraux et d'emplois. En Côte d'Ivoire comme au Ghana, plusieurs millions de personnes vivent directement ou indirectement de cette filière stratégique.

 

Une alliance renforcée face aux incertitudes climatiques

 

Au-delà des questions commerciales, cette coordination intervient alors que les marchés surveillent de près l'évolution des conditions météorologiques pour la prochaine campagne.

 

Les opérateurs restent attentifs aux risques climatiques susceptibles d'affecter la production ouest-africaine. Les épisodes climatiques extrêmes observés ces dernières années ont rappelé la vulnérabilité du secteur face aux aléas météorologiques.

 

Dans ce contexte, le rapprochement entre Abidjan et Accra apparaît comme une tentative de consolider davantage la gouvernance de la filière et de renforcer le poids des producteurs africains dans les négociations internationales.

 

En harmonisant leurs calendriers et en préparant une convergence de leurs politiques de prix, la Côte d'Ivoire et le Ghana envoient un signal clair au marché : les deux géants du cacao entendent désormais coordonner plus étroitement leurs stratégies pour défendre leurs intérêts et ceux de leurs producteurs.