Afreximbank et l’Africa Trading and Distribution Company (ATDC) ont conclu une facilité de crédit globale de 500 millions de dollars destinée à financer le négoce, la logistique et la distribution de marchandises africaines. L’enjeu dépasse le simple financement de transactions : il s’agit de renforcer les circuits permettant aux produits du continent de circuler plus efficacement entre les marchés africains.
Le commerce africain bute encore sur un paradoxe
: le continent dispose de producteurs, de matières premières et d’une base
industrielle en développement, mais peine à faire circuler ses marchandises à
grande échelle d’un marché à l’autre. C’est précisément sur ce maillon que
Afreximbank entend intervenir avec une nouvelle enveloppe de 500 millions de
dollars accordée à l’Africa Trading and Distribution Company (ATDC).
Signée le 21 septembre au Caire, cette facilité
donnera à l’ATDC une capacité supplémentaire de financement du commerce pour
développer des opérations de négoce et de distribution à travers l’Afrique. Les
fonds pourront notamment servir à acheter et agréger des produits africains,
mais aussi à financer le transport, la logistique, l’entreposage et la
distribution.
Financer les « tuyaux » du commerce africain
Le dispositif est conçu comme un financement du
cycle commercial. L’ATDC pourra mobiliser les ressources pour acquérir des
marchandises, les regrouper puis assurer leur acheminement vers les marchés. Le
remboursement des financements sera ensuite adossé aux recettes générées par la
vente des produits concernés.
Autrement dit, Afreximbank ne finance pas
uniquement la marchandise : elle cherche également à financer les différentes
étapes qui permettent à cette marchandise d’atteindre son marché. Une nuance
importante dans un continent où les coûts et les contraintes liés au transport,
au stockage et à l’accès au fonds de roulement peuvent freiner le commerce
régional.
L’ATDC compte utiliser cette capacité pour
développer des corridors commerciaux reproductibles et constituer des réseaux
d’approvisionnement et de distribution plus fiables. L’objectif est notamment
d’améliorer la disponibilité régionale des matières premières, des intrants
industriels et des produits à valeur ajoutée.
Une plateforme déjà présente dans quatre marchés
Créée pour renforcer les infrastructures
commerciales du continent, l’ATDC dispose de premières opérations locales en Égypte,
au Nigeria, au Malawi et au Zimbabwe. La plateforme cherche notamment à
rapprocher producteurs, transformateurs, industriels et marchés, tout en
réduisant les difficultés liées à l’accès aux débouchés et à l’information
commerciale.
Cette implantation donne une dimension
opérationnelle à la nouvelle facilité. L’ambition n’est pas seulement de
financer ponctuellement des achats de marchandises, mais de construire des
circuits commerciaux susceptibles d’être reproduits sur plusieurs marchés
africains.
Pour Stewart Makura, directeur général de l’ATDC,
la capacité à relier efficacement les producteurs, les transformateurs, les
industriels et les marchés constitue une condition essentielle pour exploiter
le potentiel commercial du continent. Selon lui, la facilité permettra
notamment de renforcer l’agrégation de l’offre et de mobiliser le fonds de
roulement nécessaire à la circulation des marchandises.
La ZLECAf comme horizon
Derrière cette opération se trouve un enjeu plus
large : donner une traduction concrète à la Zone de libre-échange continentale
africaine (ZLECAf).
La baisse des barrières commerciales ne suffit
pas, à elle seule, à créer un marché continental fluide. Encore faut-il
disposer d’entreprises capables d’acheter les produits, de les agréger, de les
stocker, de les transporter et de les distribuer dans plusieurs pays.
C’est ce déficit d’infrastructure commerciale que
veut adresser le partenariat entre Afreximbank et l’ATDC. Kanayo Awani,
vice-présidente exécutive chargée du Commerce intra-africain et du
Développement des exportations d’Afreximbank, estime que la facilité doit
contribuer à renforcer les chaînes de valeur régionales, élargir l’accès aux
marchés pour les producteurs africains et soutenir les exportations de produits
manufacturés.
L’enjeu est également industriel. En facilitant
la circulation de produits transformés sur le continent, le dispositif doit
contribuer à accroître la valeur ajoutée réalisée en Afrique, à favoriser la
substitution de certaines importations et à améliorer la compétitivité des
produits africains sur les marchés internationaux.
Une nouvelle brique dans la stratégie
d’Afreximbank
La facilité de 500 millions de dollars s’inscrit
dans une stratégie plus large d’Afreximbank visant à développer
l’infrastructure commerciale du continent. L’ATDC avait été créée avec le
concours du Fund for Export Development in Africa (FEDA), aux côtés notamment
d’Arise Integrated Industrial Platforms et du Secrétariat de la ZLECAf. Lors de
son lancement opérationnel, Afreximbank avait annoncé un engagement de
financement pouvant atteindre 1 milliard de dollars pour soutenir les activités
de la plateforme.
La banque panafricaine cherche ainsi à intervenir
sur plusieurs maillons du commerce : financement, paiements, accès aux marchés,
transformation locale et désormais distribution à grande échelle.
Pour l’ATDC, les 500 millions de dollars
constituent donc moins une simple ligne de crédit qu’un levier pour passer
d’opérations commerciales ponctuelles à des corridors d’approvisionnement
capables de connecter durablement plusieurs économies africaines.
Le pari est clair : pour que le marché
continental devienne une réalité économique, les produits africains doivent
pouvoir circuler aussi facilement que les capitaux et les accords commerciaux.
Et sur ce terrain, le financement des « tuyaux » du commerce pourrait compter
presque autant que la suppression des barrières douanières.
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