Les États-Unis ont conclu avec la Gambie un accord portant sur le transfert de 2,5 millions de dollars, issus de la vente d’un bien immobilier saisi dans le Maryland et lié, selon la justice américaine, à des fonds provenant d’actes présumés de corruption sous l’ancien régime de Yahya Jammeh. Ces fonds doivent servir aux réparations destinées aux victimes.
La longue bataille engagée par la Gambie pour
récupérer les avoirs liés à l’ancien régime de Yahya Jammeh franchit une
nouvelle étape. Le 18 septembre 2026, le gouvernement gambien et l’ambassade
des États-Unis ont signé un accord prévoyant le transfert de 2,5 millions de
dollars, soit environ 1,65 milliard FCFA, aux victimes des violations commises
sous l’ancien régime.
Les fonds proviennent de la vente d’une propriété
située à Potomac, dans l’État du Maryland. Selon le Département américain de la
Justice, ce bien, acquis pour environ 3,5 millions de dollars, avait été acheté
avec des fonds que les autorités américaines relient à des produits de
corruption et à des détournements présumés de ressources publiques sous le
régime de Yahya Jammeh.
La propriété avait fait l’objet d’une procédure
de confiscation aux États-Unis avant d’être vendue. Le produit net de cette
opération, évalué à 2 507 911,73 dollars, doit désormais être transféré à la
Gambie pour contribuer au financement des réparations accordées aux victimes.
De l’argent récupéré aux réparations
L’accord signé à Banjul donne ainsi une dimension
concrète à un processus engagé depuis plusieurs années : récupérer, dans des
juridictions étrangères, des actifs acquis avec des fonds liés aux abus
économiques et aux violations des droits humains du régime précédent, puis
tenter de les réorienter vers les victimes.
Le ministre gambien des Finances et des Affaires
économiques, Seedy K.M. Keita, a présenté cette restitution comme une étape
importante du processus de justice transitionnelle engagé par le pays. Les
fonds doivent apporter un soutien financier aux victimes et à leurs familles,
dans le cadre du dispositif national de réparations.
Côté américain, le chargé d’affaires Robert
Anderson a également insisté sur la portée du transfert. Pour Washington, les 2,5
millions de dollars nets représentent des fonds publics qui auraient été
détournés puis récupérés à travers les procédures judiciaires américaines.
L’enjeu dépasse donc la seule récupération d’un
actif immobilier. Le dossier illustre la manière dont les mécanismes de
confiscation d’avoirs peuvent être utilisés pour faire revenir dans leur pays
d’origine des fonds liés à la corruption transnationale.
Un précédent dans la traque des avoirs de
l’ancien régime
Arrivé au pouvoir en 1994 après un coup d’État,
Yahya Jammeh a dirigé la Gambie pendant plus de deux décennies avant de quitter
le pays en janvier 2017, après avoir refusé dans un premier temps de
reconnaître sa défaite électorale.
Son régime fait depuis l’objet d’un vaste
processus de justice transitionnelle. La Commission vérité, réconciliation et
réparations (TRRC), mise en place après son départ, a documenté de nombreuses
violations des droits humains et formulé des recommandations concernant
notamment les réparations aux victimes.
La récupération des avoirs constitue l’un des
volets économiques de ce processus. Dans ce dossier américain, la confiscation
d’un bien immobilier acquis aux États-Unis permet aujourd’hui de transformer un
actif saisi à l’étranger en ressources destinées aux victimes en Gambie.
Le transfert ne réparera évidemment pas les
préjudices subis, mais il matérialise une logique devenue centrale dans les
procédures internationales de lutte contre la corruption : l’argent récupéré ne
doit pas seulement retourner à l’État ; lorsqu’il est lié à des préjudices
documentés, il peut également contribuer à indemniser ceux qui en ont été les
victimes.
Pour les autorités gambiennes, la prochaine étape
sera donc tout aussi importante : garantir que les fonds effectivement
transférés atteignent les bénéficiaires dans des conditions transparentes et
conformes au mécanisme national de réparations. C’est sur cette capacité à
convertir une récupération judiciaire internationale en soutien concret aux
victimes que se mesurera la portée réelle de l’opération.
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