News
  • 22/09/2026

Gambie : Les États-Unis restituent 2,5 millions de dollars issus d’un bien de Yahya Jammeh

Les États-Unis ont conclu avec la Gambie un accord portant sur le transfert de 2,5 millions de dollars, issus de la vente d’un bien immobilier saisi dans le Maryland et lié, selon la justice américaine, à des fonds provenant d’actes présumés de corruption sous l’ancien régime de Yahya Jammeh. Ces fonds doivent servir aux réparations destinées aux victimes.

 

La longue bataille engagée par la Gambie pour récupérer les avoirs liés à l’ancien régime de Yahya Jammeh franchit une nouvelle étape. Le 18 septembre 2026, le gouvernement gambien et l’ambassade des États-Unis ont signé un accord prévoyant le transfert de 2,5 millions de dollars, soit environ 1,65 milliard FCFA, aux victimes des violations commises sous l’ancien régime.

 

Les fonds proviennent de la vente d’une propriété située à Potomac, dans l’État du Maryland. Selon le Département américain de la Justice, ce bien, acquis pour environ 3,5 millions de dollars, avait été acheté avec des fonds que les autorités américaines relient à des produits de corruption et à des détournements présumés de ressources publiques sous le régime de Yahya Jammeh.

 

La propriété avait fait l’objet d’une procédure de confiscation aux États-Unis avant d’être vendue. Le produit net de cette opération, évalué à 2 507 911,73 dollars, doit désormais être transféré à la Gambie pour contribuer au financement des réparations accordées aux victimes.

 

De l’argent récupéré aux réparations

 

L’accord signé à Banjul donne ainsi une dimension concrète à un processus engagé depuis plusieurs années : récupérer, dans des juridictions étrangères, des actifs acquis avec des fonds liés aux abus économiques et aux violations des droits humains du régime précédent, puis tenter de les réorienter vers les victimes.

 

Le ministre gambien des Finances et des Affaires économiques, Seedy K.M. Keita, a présenté cette restitution comme une étape importante du processus de justice transitionnelle engagé par le pays. Les fonds doivent apporter un soutien financier aux victimes et à leurs familles, dans le cadre du dispositif national de réparations.

 

Côté américain, le chargé d’affaires Robert Anderson a également insisté sur la portée du transfert. Pour Washington, les 2,5 millions de dollars nets représentent des fonds publics qui auraient été détournés puis récupérés à travers les procédures judiciaires américaines.

 

L’enjeu dépasse donc la seule récupération d’un actif immobilier. Le dossier illustre la manière dont les mécanismes de confiscation d’avoirs peuvent être utilisés pour faire revenir dans leur pays d’origine des fonds liés à la corruption transnationale.

 

Un précédent dans la traque des avoirs de l’ancien régime

 

Arrivé au pouvoir en 1994 après un coup d’État, Yahya Jammeh a dirigé la Gambie pendant plus de deux décennies avant de quitter le pays en janvier 2017, après avoir refusé dans un premier temps de reconnaître sa défaite électorale.

 

Son régime fait depuis l’objet d’un vaste processus de justice transitionnelle. La Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC), mise en place après son départ, a documenté de nombreuses violations des droits humains et formulé des recommandations concernant notamment les réparations aux victimes.

 

La récupération des avoirs constitue l’un des volets économiques de ce processus. Dans ce dossier américain, la confiscation d’un bien immobilier acquis aux États-Unis permet aujourd’hui de transformer un actif saisi à l’étranger en ressources destinées aux victimes en Gambie.

 

Le transfert ne réparera évidemment pas les préjudices subis, mais il matérialise une logique devenue centrale dans les procédures internationales de lutte contre la corruption : l’argent récupéré ne doit pas seulement retourner à l’État ; lorsqu’il est lié à des préjudices documentés, il peut également contribuer à indemniser ceux qui en ont été les victimes.

 

Pour les autorités gambiennes, la prochaine étape sera donc tout aussi importante : garantir que les fonds effectivement transférés atteignent les bénéficiaires dans des conditions transparentes et conformes au mécanisme national de réparations. C’est sur cette capacité à convertir une récupération judiciaire internationale en soutien concret aux victimes que se mesurera la portée réelle de l’opération.