La Côte d'Ivoire et l'Algérie ouvrent un nouveau chapitre de leur coopération économique. Les deux pays ont signé, mardi 30 juin à Abidjan, un accord-cadre dans les secteurs de l'énergie et des énergies renouvelables, avec des projets allant du renforcement immédiat du réseau électrique ivoirien à la perspective d'une centrale de 1 500 MW, en passant par le développement d'une industrie locale des équipements électriques. Un partenariat qui s'inscrit dans la stratégie d'Abidjan visant à sécuriser son approvisionnement énergétique tout en consolidant son rôle de hub régional de l'électricité.
Au moment où la demande en électricité progresse
rapidement sous l'effet de l'industrialisation, de l'urbanisation et de la
croissance démographique, la Côte d'Ivoire multiplie les initiatives pour
renforcer ses capacités de production et moderniser ses infrastructures. C'est
dans cette logique que s'inscrit l'accord signé entre le ministre des Mines, du
Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, et son homologue algérien
de l'Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal.
Ce rapprochement, amorcé lors d'une mission officielle
effectuée en Algérie quatre mois plus tôt, traduit la volonté des deux États de
bâtir un partenariat durable fondé sur le partage d'expertise, le transfert de
technologies et le développement de projets industriels communs.
Les premières retombées attendues concernent le
renforcement du système électrique ivoirien. L'accord prévoit un appui de
l'Algérie au déploiement de groupes mobiles de production représentant une
capacité totale de 100 MW. Cette solution vise à apporter une réponse rapide
aux besoins du réseau, en attendant la réalisation de projets de production
plus structurants.
Le partenariat porte également sur la modernisation
des infrastructures de transport et de distribution de l'électricité. Les deux
pays envisagent notamment la construction de lignes à haute tension de 225 kV
et 400 kV ainsi que la fourniture d'équipements destinés aux réseaux de
distribution et aux opérations de détection des défauts sur les câbles
souterrains, des investissements destinés à améliorer la fiabilité et la
résilience du système électrique.
À plus long terme, les ambitions sont nettement plus
importantes. Les deux gouvernements souhaitent développer un projet de centrale
électrique d'une capacité pouvant atteindre 1 500 MW grâce à des unités de
production fabriquées en Algérie. Si cette initiative reste encore au stade des
perspectives de coopération, elle témoigne de la volonté des deux partenaires
de s'engager dans des projets industriels de grande ampleur.
L'accord ne se limite toutefois pas aux
infrastructures. Il prévoit également un programme de formation des ingénieurs
ivoiriens ainsi que des actions de transfert de compétences afin de renforcer
les capacités techniques nationales. Pour Abidjan, l'objectif est de développer
progressivement une expertise locale capable d'accompagner l'expansion du
secteur énergétique.
Les autorités ivoiriennes voient également dans cette
coopération une opportunité d'accélérer l'industrialisation du pays. Le
ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly a évoqué la possibilité d'implanter en
Côte d'Ivoire des unités de fabrication de matériels électriques ainsi que des
plateformes régionales de commercialisation d'équipements énergétiques. Si ces
projets se concrétisent, ils pourraient contribuer à développer une filière
industrielle nationale tout en renforçant la position du pays comme plateforme
régionale de distribution.
Le choix de l'Algérie n'est pas anodin. Le pays
dispose d'une expérience reconnue dans la maîtrise de l'ensemble de la chaîne
de valeur énergétique, depuis la production d'électricité jusqu'à la
fabrication d'équipements, en passant par les activités d'ingénierie,
d'installation, de maintenance et de formation. Cette expertise constitue l'un
des principaux atouts sur lesquels mise la Côte d'Ivoire pour accompagner la
modernisation de son secteur énergétique.
Pour le ministre algérien Mourad Adjal, l'accord signé
à Abidjan établit désormais le cadre juridique et institutionnel qui encadrera
les futurs projets entre les deux pays. Il a réaffirmé la disponibilité de
l'Algérie à mettre son savoir-faire au service de son partenaire ivoirien dans
un esprit de coopération africaine fondée sur le partage d'expériences et le
développement de solutions adaptées aux réalités du continent.
Cette dynamique dépasse d'ailleurs le cadre bilatéral.
La Côte d'Ivoire et l'Algérie occupent actuellement des positions clés au sein
de l'Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), où elles
assurent respectivement la présidence et le secrétariat général. Les deux pays
entendent s'appuyer sur cette coopération pour accélérer la mise en place de la
future Banque africaine de l'énergie, appelée à mobiliser des financements en
faveur des infrastructures énergétiques africaines et à renforcer la souveraineté
énergétique du continent.
Au-delà des annonces, la réussite de ce partenariat
dépendra désormais de la capacité des deux gouvernements à transformer ces
engagements en réalisations concrètes. Car dans un secteur où les besoins
d'investissement sont considérables, les accords de coopération ne prennent
toute leur valeur qu'à travers l'exécution effective des projets qu'ils
annoncent.
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