Le Ghana a choisi de payer. Et de payer vite. En 2025, le gouvernement de John Dramani Mahama a mobilisé environ 1,47 milliard de dollars pour assainir un secteur de l’énergie miné par les dettes, les impayés chroniques et une perte progressive de crédibilité internationale.
À l’arrivée du nouveau pouvoir en janvier 2025, la
situation est critique. Depuis plusieurs années, l’État accumule des arriérés
sur le paiement du gaz utilisé pour produire l’électricité. Les principaux
fournisseurs, ENI et Vitol, opérateurs du champ offshore Sankofa (OCTP), ne
sont plus payés régulièrement. La conséquence est lourde : la garantie
partielle de risque de la Banque mondiale, d’un montant de 500 millions de
dollars, est entièrement consommée.
Cette garantie, mise en place en 2015, avait pourtant
joué un rôle central dans l’attractivité du Ghana. Selon la Banque mondiale,
elle avait permis de sécuriser près de 8 milliards de dollars d’investissements
privés dans le cadre du projet gazier Sankofa, l’un des plus structurants du
pays. Son épuisement est perçu comme un échec de gouvernance et un
avertissement sévère envoyé aux investisseurs.
Face à ce risque systémique, le gouvernement change de
méthode. Avant la fin de l’année 2025, 597,15 millions de dollars, intérêts
inclus, sont intégralement remboursés à la Banque mondiale. La garantie est
ainsi reconstituée à 100 %. Pour Accra, l’objectif est clair : restaurer la
confiance des partenaires financiers et signaler un retour à la discipline
budgétaire.
Dans le même temps, l’État règle l’ensemble des
factures de gaz en souffrance auprès d’ENI et de Vitol, pour un montant estimé
à 480 millions de dollars. Le Ghana se remet ainsi à jour sur ses obligations
contractuelles dans la production d’électricité. Des dispositions budgétaires
sont également prévues pour éviter un retour aux impayés.
Mais le chantier ne s’arrête pas là. Le gouvernement
s’attaque aussi aux dettes héritées vis-à-vis des producteurs indépendants
d’électricité. En 2025, près de 393 millions de dollars sont versés à des
opérateurs majeurs du secteur, dont Karpowership, Sunon Asogli, Cenpower ou
AKSA Energy. Parallèlement, les contrats de production sont renégociés afin
d’améliorer le rapport coût-efficacité pour l’État.
Cette stratégie financière s’inscrit dans une vision
plus large. En renforçant le dialogue avec Tullow Oil et les partenaires du
champ Jubilee, les autorités cherchent à augmenter la production nationale de
gaz. L’enjeu est double : sécuriser l’approvisionnement électrique et réduire
la dépendance aux carburants liquides, plus coûteux pour l’économie.
Pour le ministère ghanéen des Finances, l’effort est
considérable. Mais il est assumé comme un investissement. Comme le rappelle
régulièrement la Banque mondiale dans ses rapports sur l’énergie en Afrique, «
la viabilité financière du secteur est une condition préalable à une croissance
industrielle durable ».
En réglant ses dettes énergétiques, le Ghana fait plus
que stabiliser son réseau électrique. Il tente de réparer un actif invisible
mais crucial : la confiance. Dans une économie mondialisée, c’est souvent elle
qui coûte le plus cher lorsqu’elle disparaît.
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