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  • 04/02/2026

L'Afrique du Sud gagne 8 milliards de dollars pour transformer son industrie après être devenu actionnaire à Afreximbank

L’Afrique du Sud change d’échelle dans sa stratégie industrielle. Devenue actionnaire à part entière de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), elle mobilise un premier plan de financement de 8 milliards de dollars pour accélérer la transformation de son appareil productif et renforcer son positionnement dans le commerce africain.

 

La signature officielle de l’accord d’adhésion s’est tenue à Johannesburg sous la supervision du président Cyril Ramaphosa et du ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, Parks Tau. Cette étape confère désormais au pays des droits de vote directs au sein d’Afreximbank, mettant fin à une participation jusque-là indirecte, notamment via l’Export Credit Insurance Corporation (ECIC).

 

Ce changement de statut ouvre l’accès à des financements structurants alignés sur le Plan national de développement et le Cadre national de politique industrielle. Selon George Elombi, président d’Afreximbank, les ressources mobilisées cibleront des secteurs stratégiques. « Nous avons l’intention d’investir dans la transformation locale des ressources naturelles, contribuant ainsi à préserver la valeur ajoutée au sein de nos économies, à créer des emplois et à générer de la richesse », a-t-il déclaré.

 

Les priorités affichées sont claires : traitement des minerais, développement et expansion de la production automobile, aménagement de parcs industriels et de zones spécialisées, ainsi que renforcement des infrastructures énergétiques. « Nous prévoyons d’investir dans le développement des infrastructures essentielles, notamment la production et le transport d’énergie », a précisé Elombi, soulignant le caractère structurant de ces investissements pour l’économie sud-africaine.

 

Pour le président Ramaphosa, cette adhésion s’inscrit dans une vision continentale assumée. « L’adhésion de l’Afrique du Sud à Afreximbank confirme notre engagement en faveur du développement industriel africain et de l’approfondissement du commerce, des investissements et du développement sur l’ensemble de notre continent », a-t-il affirmé, en mettant en avant le rôle de la ZLECAf dans l’expansion des échanges intracontinentaux.

 

Au-delà du plan principal de 8 milliards de dollars, un programme inclusif supplémentaire de 3 milliards de dollars est en préparation. Conçu en collaboration avec le ministère du Commerce et le Fonds national de transformation, il vise à soutenir les segments les plus marginalisés de l’économie et à élargir l’accès au financement productif. Pour Ramaphosa, cette initiative donne une portée concrète à l’objectif de transformation économique et sociale du pays.

 

L’Afrique du Sud bénéficie déjà de l’expertise d’Afreximbank sur des projets régionaux majeurs. La banque a facilité la participation de banques sud-africaines au projet de gaz naturel liquéfié de 24 milliards de dollars au Mozambique et soutenu la préparation du projet industriel de Nyanza Light Metals à Richards Bay, pour lequel elle a approuvé une contribution directe de 175 millions de dollars.

 

Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans un contexte mondial marqué par les tensions géoéconomiques et la fragmentation du commerce. Pour Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf, l’adhésion sud-africaine renforce la capacité du pays à financer sa transformation économique. « Il soutient les investissements dans les industries à valeur ajoutée, la production manufacturière axée sur l’exportation, les infrastructures et l’énergie », a-t-il souligné.

 

L’opération comporte toutefois des risques financiers et politiques. En tant qu’actionnaire de catégorie A, l’Afrique du Sud engage des fonds sous forme de capital versé et de capital remboursable, exposant potentiellement ses finances publiques. Les précédents liés aux entreprises publiques rappellent la nécessité d’une gestion rigoureuse de ces engagements.

 

Malgré ces contraintes, Pretoria assume ce choix stratégique. Selon Parks Tau, l’objectif n’est pas d’empiler des projets, mais de bâtir un programme cohérent. « L’objectif n’est pas simplement de soumettre une liste de projets à financer, mais de mettre en place un programme aligné sur le Plan national de développement et nos ambitions continentales et internationales », a-t-il déclaré.

 

Avec ce financement de 8 milliards de dollars, l’Afrique du Sud se dote d’un levier financier majeur pour moderniser son industrie, renforcer ses exportations et consolider son rôle de moteur économique du continent, tout en s’inscrivant au cœur de l’architecture financière panafricaine portée par Afreximbank.