L’Afrique du Sud change d’échelle dans sa stratégie industrielle. Devenue actionnaire à part entière de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), elle mobilise un premier plan de financement de 8 milliards de dollars pour accélérer la transformation de son appareil productif et renforcer son positionnement dans le commerce africain.
La signature officielle de l’accord d’adhésion s’est
tenue à Johannesburg sous la supervision du président Cyril Ramaphosa et du
ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, Parks Tau. Cette
étape confère désormais au pays des droits de vote directs au sein
d’Afreximbank, mettant fin à une participation jusque-là indirecte, notamment
via l’Export Credit Insurance Corporation (ECIC).
Ce changement de statut ouvre l’accès à des
financements structurants alignés sur le Plan national de développement et le
Cadre national de politique industrielle. Selon George Elombi, président
d’Afreximbank, les ressources mobilisées cibleront des secteurs stratégiques. «
Nous avons l’intention d’investir dans la transformation locale des ressources
naturelles, contribuant ainsi à préserver la valeur ajoutée au sein de nos
économies, à créer des emplois et à générer de la richesse », a-t-il déclaré.
Les priorités affichées sont claires : traitement des
minerais, développement et expansion de la production automobile, aménagement
de parcs industriels et de zones spécialisées, ainsi que renforcement des
infrastructures énergétiques. « Nous prévoyons d’investir dans le développement
des infrastructures essentielles, notamment la production et le transport
d’énergie », a précisé Elombi, soulignant le caractère structurant de ces
investissements pour l’économie sud-africaine.
Pour le président Ramaphosa, cette adhésion s’inscrit
dans une vision continentale assumée. « L’adhésion de l’Afrique du Sud à
Afreximbank confirme notre engagement en faveur du développement industriel
africain et de l’approfondissement du commerce, des investissements et du
développement sur l’ensemble de notre continent », a-t-il affirmé, en mettant
en avant le rôle de la ZLECAf dans l’expansion des échanges intracontinentaux.
Au-delà du plan principal de 8 milliards de dollars,
un programme inclusif supplémentaire de 3 milliards de dollars est en
préparation. Conçu en collaboration avec le ministère du Commerce et le Fonds
national de transformation, il vise à soutenir les segments les plus
marginalisés de l’économie et à élargir l’accès au financement productif. Pour
Ramaphosa, cette initiative donne une portée concrète à l’objectif de
transformation économique et sociale du pays.
L’Afrique du Sud bénéficie déjà de l’expertise
d’Afreximbank sur des projets régionaux majeurs. La banque a facilité la
participation de banques sud-africaines au projet de gaz naturel liquéfié de 24
milliards de dollars au Mozambique et soutenu la préparation du projet
industriel de Nyanza Light Metals à Richards Bay, pour lequel elle a approuvé
une contribution directe de 175 millions de dollars.
Cette nouvelle dynamique s’inscrit dans un contexte
mondial marqué par les tensions géoéconomiques et la fragmentation du commerce.
Pour Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf, l’adhésion sud-africaine
renforce la capacité du pays à financer sa transformation économique. « Il
soutient les investissements dans les industries à valeur ajoutée, la
production manufacturière axée sur l’exportation, les infrastructures et
l’énergie », a-t-il souligné.
L’opération comporte toutefois des risques financiers
et politiques. En tant qu’actionnaire de catégorie A, l’Afrique du Sud engage
des fonds sous forme de capital versé et de capital remboursable, exposant
potentiellement ses finances publiques. Les précédents liés aux entreprises
publiques rappellent la nécessité d’une gestion rigoureuse de ces engagements.
Malgré ces contraintes, Pretoria assume ce choix
stratégique. Selon Parks Tau, l’objectif n’est pas d’empiler des projets, mais
de bâtir un programme cohérent. « L’objectif n’est pas simplement de soumettre
une liste de projets à financer, mais de mettre en place un programme aligné
sur le Plan national de développement et nos ambitions continentales et
internationales », a-t-il déclaré.
Avec ce financement de 8 milliards de dollars,
l’Afrique du Sud se dote d’un levier financier majeur pour moderniser son
industrie, renforcer ses exportations et consolider son rôle de moteur
économique du continent, tout en s’inscrivant au cœur de l’architecture
financière panafricaine portée par Afreximbank.
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