Le Soudan a officiellement repris, ce 9 février 2026, sa pleine participation à l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Une décision saluée à Djibouti par le Secrétariat de l’organisation, qui y voit un retour à la solidarité régionale et un signal d’engagement renouvelé en faveur de la paix et de la stabilité en Afrique de l’Est et dans la Corne de l’Afrique.
Dans son communiqué, l’IGAD soigne le symbole. Le
Secrétaire exécutif, Dr Workneh Gebeyehu, insiste sur le poids historique du
Soudan, État membre fondateur, dont le retour renforcerait l’unité de
l’organisation et sa capacité à répondre aux défis communs. Le message est
clair : sans Khartoum, l’architecture régionale reste incomplète. Avec lui,
l’IGAD retrouve une partie de sa cohérence politique.
Mais derrière le langage feutré de la diplomatie
multilatérale se cache une réalité plus rugueuse. Le retrait du Soudan, annoncé
début 2024, était le produit d’une crise profonde de confiance. Khartoum avait
dénoncé une ingérence de l’IGAD dans ses affaires internes, notamment après
l’invitation controversée du chef des Forces de soutien rapide (RSF) à des
discussions régionales. Pour les autorités soudanaises, cette initiative avait
franchi une ligne rouge, conférant une légitimité politique à un acteur armé
engagé dans un conflit ouvert avec l’armée régulière.
Deux ans plus tard, le retour du Soudan ne signifie
pas que ces divergences ont disparu. Il traduit plutôt un choix pragmatique,
dicté par l’isolement diplomatique croissant du pays et par la nécessité de
reprendre place dans les enceintes où se négocient les équilibres régionaux.
Dans une Corne de l’Afrique sous pression — conflits persistants, fragilités
économiques, enjeux sécuritaires transfrontaliers — rester en marge de l’IGAD
devenait un luxe que Khartoum ne pouvait plus se permettre.
Pour l’IGAD, l’enjeu est tout aussi stratégique.
Affaiblie par des divisions internes et des médiations contestées,
l’organisation joue une partie de sa crédibilité. Le retour du Soudan permet
d’afficher une image de rassemblement et de continuité institutionnelle, même
si la capacité réelle de l’IGAD à infléchir la trajectoire du conflit soudanais
demeure incertaine.
Le rôle de Djibouti, mis en avant dans le communiqué,
n’est pas anodin. En saluant l’engagement du président Ismail Omar Guelleh,
président en exercice de l’IGAD, le Secrétariat souligne l’importance d’une
diplomatie patiente, fondée sur le dialogue et la recherche du consensus. Une
méthode prudente, presque minimaliste, mais assumée comme la seule voie
possible dans un contexte régional fragmenté.
En définitive, ce retour du Soudan à l’IGAD ne marque
ni une victoire diplomatique éclatante ni une résolution du conflit. Il acte
plutôt un réajustement réaliste : celui d’un État en crise qui choisit de
réintégrer le jeu régional, et d’une organisation qui préfère l’inclusion
imparfaite à l’exclusion stérile. Dans la Corne de l’Afrique, la diplomatie
avance rarement par grands bonds. Elle progresse par nécessité.
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