À Kampala, la Banque de l’Ouganda a choisi la continuité plutôt que la précipitation. Réuni le 6 février 2025, le Comité de politique monétaire (MPC) a décidé de maintenir le taux directeur à 9,75%, confirmant une stratégie de prudence assumée dans un environnement économique mondial de plus en plus instable.
Ce statu quo monétaire n’est pas un signe d’inaction.
Il traduit au contraire la confiance de l’institution dans l’efficacité des
mesures déjà engagées, alors que l’inflation intérieure reste globalement
contenue, malgré quelques tensions sectorielles observées en début d’année.
Une inflation maîtrisée, mais sous
surveillance
Sur les douze mois précédant janvier 2025, l’inflation
annuelle globale et sous-jacente s’est établie en moyenne à 3,4% et 3,8%, des
niveaux compatibles avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la
Banque centrale. Toutefois, les données de janvier montrent une légère
accélération, avec une inflation globale à 3,6% et une inflation sous-jacente à
4,2%, principalement tirée par la hausse des prix des services, notamment le
transport de passagers.
Pour la Banque de l’Ouganda, cette évolution reste
maîtrisable. Les prix relativement favorables des denrées alimentaires et de
l’énergie, conjugués à une inflation mondiale modérée, continuent de jouer un
rôle stabilisateur. À cela s’ajoutent les réformes du marché interbancaire des
changes, qui ont contribué à approfondir le marché des devises et à limiter la
volatilité du shilling ougandais.
À moyen terme, l’institution anticipe une inflation
sous-jacente moyenne comprise entre 4% et 5% en 2025, avec un retour progressif
vers la cible.
Les risques viennent surtout de
l’extérieur
Si l’inflation domestique apparaît sous contrôle, la
Banque centrale identifie clairement des risques haussiers liés à
l’environnement international. Les tensions géopolitiques persistantes, les
chocs climatiques extrêmes et le renforcement du dollar américain constituent
autant de facteurs susceptibles de raviver les pressions inflationnistes.
À l’inverse, une baisse des prix du pétrole liée à un
ralentissement économique mondial ou des afflux de capitaux entraînant une
appréciation du shilling pourraient atténuer ces tensions. Néanmoins, le MPC
estime que, globalement, les risques d’inflation demeurent orientés à la
hausse, justifiant une posture monétaire prudente.
Une croissance robuste, mais exposée
Sur le front de l’activité, les signaux restent
positifs. Selon les dernières données du Bureau des statistiques de l’Ouganda
(UBOS), le PIB réel a progressé de 6,7% au premier trimestre de l’exercice
2024/25, contre 6,2% au trimestre précédent. Cette performance repose en grande
partie sur une reprise marquée de l’activité industrielle, dans un contexte de
confiance des entreprises toujours favorable.
La Banque centrale table sur une croissance comprise
entre 6,0% et 6,5% pour l’ensemble de l’exercice 2024/25, avant une
accélération attendue autour de 7% dans les années suivantes. Ces perspectives
sont soutenues par un cadre macroéconomique stable, l’augmentation des
investissements directs étrangers dans le secteur extractif, la montée en
puissance de la production agricole et les revenus pétroliers attendus.
Mais là encore, la prudence domine. Les risques pesant
sur la croissance sont jugés orientés à la baisse, notamment en raison de
conditions climatiques défavorables, de contraintes de financement, d’un
possible ralentissement de l’économie mondiale et du durcissement des
conditions financières internationales.
Une politique monétaire d’équilibre
Dans ce contexte, le maintien du taux directeur à 9,75%,
avec une marge de fluctuation de plus ou moins deux points de pourcentage,
apparaît comme un choix d’équilibre. Le taux de réescompte reste fixé à 12,75%
et le taux bancaire à 13,75%.
Pour le MPC, ce niveau du taux directeur est suffisant
pour contenir les pressions inflationnistes tout en préservant la dynamique de
croissance et la transformation socio-économique du pays. Les ajustements
futurs dépendront étroitement de l’évolution des données macroéconomiques et de
l’évaluation des risques, dans un environnement mondial toujours plus
imprévisible.
En filigrane, la Banque de l’Ouganda envoie un message
clair : la stabilité macroéconomique reste la priorité, mais sans sacrifier les
ambitions de croissance à long terme.
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