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  • 09/02/2026

Ouganda : La Banque centrale maintient son cap monétaire face aux incertitudes mondiales

À Kampala, la Banque de l’Ouganda a choisi la continuité plutôt que la précipitation. Réuni le 6 février 2025, le Comité de politique monétaire (MPC) a décidé de maintenir le taux directeur à 9,75%, confirmant une stratégie de prudence assumée dans un environnement économique mondial de plus en plus instable.

 

Ce statu quo monétaire n’est pas un signe d’inaction. Il traduit au contraire la confiance de l’institution dans l’efficacité des mesures déjà engagées, alors que l’inflation intérieure reste globalement contenue, malgré quelques tensions sectorielles observées en début d’année.

 

Une inflation maîtrisée, mais sous surveillance

 

Sur les douze mois précédant janvier 2025, l’inflation annuelle globale et sous-jacente s’est établie en moyenne à 3,4% et 3,8%, des niveaux compatibles avec l’objectif de stabilité des prix poursuivi par la Banque centrale. Toutefois, les données de janvier montrent une légère accélération, avec une inflation globale à 3,6% et une inflation sous-jacente à 4,2%, principalement tirée par la hausse des prix des services, notamment le transport de passagers.

 

Pour la Banque de l’Ouganda, cette évolution reste maîtrisable. Les prix relativement favorables des denrées alimentaires et de l’énergie, conjugués à une inflation mondiale modérée, continuent de jouer un rôle stabilisateur. À cela s’ajoutent les réformes du marché interbancaire des changes, qui ont contribué à approfondir le marché des devises et à limiter la volatilité du shilling ougandais.

 

À moyen terme, l’institution anticipe une inflation sous-jacente moyenne comprise entre 4% et 5% en 2025, avec un retour progressif vers la cible.

 

Les risques viennent surtout de l’extérieur

 

Si l’inflation domestique apparaît sous contrôle, la Banque centrale identifie clairement des risques haussiers liés à l’environnement international. Les tensions géopolitiques persistantes, les chocs climatiques extrêmes et le renforcement du dollar américain constituent autant de facteurs susceptibles de raviver les pressions inflationnistes.

 

À l’inverse, une baisse des prix du pétrole liée à un ralentissement économique mondial ou des afflux de capitaux entraînant une appréciation du shilling pourraient atténuer ces tensions. Néanmoins, le MPC estime que, globalement, les risques d’inflation demeurent orientés à la hausse, justifiant une posture monétaire prudente.

 

Une croissance robuste, mais exposée

 

Sur le front de l’activité, les signaux restent positifs. Selon les dernières données du Bureau des statistiques de l’Ouganda (UBOS), le PIB réel a progressé de 6,7% au premier trimestre de l’exercice 2024/25, contre 6,2% au trimestre précédent. Cette performance repose en grande partie sur une reprise marquée de l’activité industrielle, dans un contexte de confiance des entreprises toujours favorable.

 

La Banque centrale table sur une croissance comprise entre 6,0% et 6,5% pour l’ensemble de l’exercice 2024/25, avant une accélération attendue autour de 7% dans les années suivantes. Ces perspectives sont soutenues par un cadre macroéconomique stable, l’augmentation des investissements directs étrangers dans le secteur extractif, la montée en puissance de la production agricole et les revenus pétroliers attendus.

 

Mais là encore, la prudence domine. Les risques pesant sur la croissance sont jugés orientés à la baisse, notamment en raison de conditions climatiques défavorables, de contraintes de financement, d’un possible ralentissement de l’économie mondiale et du durcissement des conditions financières internationales.

 

Une politique monétaire d’équilibre

 

Dans ce contexte, le maintien du taux directeur à 9,75%, avec une marge de fluctuation de plus ou moins deux points de pourcentage, apparaît comme un choix d’équilibre. Le taux de réescompte reste fixé à 12,75% et le taux bancaire à 13,75%.

 

Pour le MPC, ce niveau du taux directeur est suffisant pour contenir les pressions inflationnistes tout en préservant la dynamique de croissance et la transformation socio-économique du pays. Les ajustements futurs dépendront étroitement de l’évolution des données macroéconomiques et de l’évaluation des risques, dans un environnement mondial toujours plus imprévisible.

 

En filigrane, la Banque de l’Ouganda envoie un message clair : la stabilité macroéconomique reste la priorité, mais sans sacrifier les ambitions de croissance à long terme.