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  • 31/03/2026

Ouganda : Dynamisme des marchés, pression sur les ménages — le grand écart de février 2026

Le rapport MIND de février 2026, publié par le ministère des Finances, dresse un tableau contrasté. Tandis que la Bourse de Kampala et les nouvelles immatriculations d'entreprises affichent des performances remarquables, l'inflation domestique et la contraction de la consommation révèlent des fragilités structurelles persistantes.

Par Jean-Marc Gogbeu   |   Source : MIND Update — Ministère des Finances (Ouganda)   |   Mars 2026

 

En février 2026, l'économie ougandaise présente une physionomie double. D'un côté, les indicateurs boursiers et entrepreneuriaux signalent une confiance retrouvée des investisseurs et du secteur privé. De l'autre, les données sur les dépenses des ménages et l'inflation tendent à nuancer ce tableau, rappelant que la croissance macroéconomique ne se traduit pas toujours immédiatement en amélioration du pouvoir d'achat des populations.

 

— Une Bourse sous haute tension haussière

 

Le signal le plus fort du mois provient sans conteste de la place financière de Kampala. L'indice USE All-Share a progressé de 10,3% en un seul mois, passant de 1 655,60 points en janvier à 1 826,07 points en février 2026. Une performance qui, à cette cadence, mérite d'être scrutée avec attention par les investisseurs panafricains en quête de marchés émergents dynamiques.

 

USE All-Share Index

1 826

▲ +10,3 % sur le mois

Nouvelles immatriculations

3 746

▲ +52 % vs janvier

Indice IMF matières 1ères

183,8

▲ +10 % sur le mois

 

Cette progression boursière est concomitante d'une hausse de 10% de l'indice des prix des matières premières du FMI, qui s'établit à 183,83 points contre 166,8 en janvier. L'Ouganda, en tant qu'économie dépendante des exportations de ressources naturelles, bénéficie mécaniquement de ce regain de valorisation sur les marchés internationaux.

 

Sur le front entrepreneurial, la dynamique est tout aussi soutenue. Les nouvelles immatriculations d'entreprises ont bondi de 52% en un mois, passant de 2 464 en janvier à 3 746 en février. Ce chiffre reflète en partie l'impact des réformes de simplification administrative — notamment le déploiement du système d'enregistrement en ligne (OBRS) et les initiatives de masse comme KiriEasy — qui ont substantiellement réduit les délais et coûts de formalisation.

— L'investissement consolide, le commerce extérieur s'améliore

 

La Formation Brute de Capital Fixe (FBCF), indicateur de référence de l'investissement productif, a progressé de 6,9% entre le premier et le deuxième trimestre de l'exercice budgétaire 2025/26, atteignant 14 253 milliards de shillings ougandais. Cette trajectoire positive suggère que les acteurs économiques maintiennent leurs engagements d'expansion, malgré un contexte mondial incertain.

 

FBCF — T2 FY2025/26

14 253 Mds UGX

▲ +6,9 % vs T1

Recettes d'exportation

15 499 Mds UGX

▲ +2,1 % vs T1

 

Les exportations progressent également, avec des recettes en hausse de 2,1% à 15 499 milliards de shillings au deuxième trimestre. Mais c'est sur le front commercial que l'amélioration est la plus spectaculaire : le déficit commercial mensuel s'est rétréci de 28,6%, passant de 206,4 millions de dollars en décembre 2025 à 147,3 millions de dollars en janvier 2026. Cette réduction notable est largement portée par la montée en puissance des exportations d'or — passées de 823,68 à 913,95 millions de dollars — et par le doublement quasi-total des ré-exportations de pétrole (de 14,01 à 29,18 millions de dollars).

 

« Le déficit commercial recule de 28,6 % en janvier, porté par une hausse des exportations d'or à 913,95 millions de dollars et un bond des ré-exportations pétrolières. »

 

Point de contexte — Enregistrement des entreprises

L'Ouganda a ramené à 2 jours seulement le délai moyen d'immatriculation d'un investissement. Le système OBRS permet désormais d'enregistrer un nom commercial en 30 minutes, et une société en 3 à 4 heures.

Ces réformes s'inscrivent dans un objectif gouvernemental de réduction du secteur informel de 54,8% à 41,5% d'ici à l'exercice 2029/30.

 

— Inflation et consommation : les ménages sous pression

 

Si les marchés financiers et les agrégats d'investissement affichent une belle vigueur, les indicateurs de niveau de vie dessinent un tableau plus nuancé pour les ménages ougandais.

 

L'inflation alimentaire a rebondi à 0,8% en février 2026, après une légère déflation de 0,1% enregistrée en janvier. Simultanément, l'inflation en matière d'énergie, de carburants et de services publics (EFU) est passée de 0% à 0,6%, et celle des carburants liquides a accéléré à 1%, contre 0,3% en janvier. Ces pressions, bien que modérées en termes absolus, s'accumulent dans un contexte où le revenu médian reste structurellement contraint.

 

Inflation alimentaire

+0,8 %

▼ rebond après -0,1 % en jan.

Inflation énergie (EFU)

+0,6 %

▼ vs 0 % en janvier

Dépenses des ménages

42 438 Mds

▼ -1,5 % vs T1

 

La Consommation Finale des Ménages (CFM) illustre concrètement cette tension : elle a reculé de 1,5% entre le premier et le deuxième trimestre, de 43 102 à 42 438 milliards de shillings. Cette contraction, conjuguée à la montée des prix, traduit un arbitrage sous contrainte des ménages entre différents postes de dépenses.

 

Sur le plan numérique, le coût d'un gigaoctet de données mobiles a progressé de 3,2%, atteignant 2 102 shillings en décembre 2025. Une tendance qui tranche avec la légère amélioration du côté des communications vocales, dont le tarif a reculé de 4,4%, s'établissant à 0,43 shilling par seconde. Ces signaux contradictoires dans le secteur des télécommunications reflètent des dynamiques concurrentielles distinctes entre les segments data et voix.

 

Signal à surveiller — Arriérés judiciaires commerciaux

Le nombre d'affaires commerciales en attente de jugement a progressé de 29,8%, atteignant 2 135 dossiers (données de juin 2025).

Ce goulot d'étranglement dans le règlement des litiges constitue un frein potentiel à la compétitivité du climat des affaires, susceptible de dissuader certains investisseurs à moyen terme.

 

— Perspectives : vigilance de mise

 

Le tableau de bord microéconomique de février 2026 invite à une lecture prudente. La conjonction d'une bourse dynamique, d'une hausse des immatriculations et d'un recul du déficit commercial constitue un socle de confiance appréciable. Les réformes structurelles engagées par le gouvernement — digitalisation des procédures, centres de facilitation des investissements, initiatives d'enregistrement de masse — commencent à produire des effets mesurables sur le tissu entrepreneurial.

 

Toutefois, la contraction de la consommation des ménages et la remontée simultanée des prix alimentaires et énergétiques rappellent que la croissance des marchés ne diffuse pas encore pleinement vers les couches populaires. Par ailleurs, la dégradation de la qualité de l'air à Kampala — avec un taux de particules fines en hausse de 9,15%, à 32,2 µg/m³ — souligne les coûts environnementaux et sanitaires d'une urbanisation rapide.

 

À court terme, l'Ouganda présente le profil d'une économie en phase d'accélération sélective : des marchés et des acteurs formalisés qui gagnent en vigueur, pendant que les défis de redistribution et de durabilité demeurent des équations non résolues. C'est précisément dans cet écart que réside l'enjeu majeur des politiques publiques pour les mois à venir.