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  • 14/10/2026

Ouganda : Le taux directeur bondit à 12% alors que les perspectives de croissance se dégradent

La Banque d'Ouganda a relevé son taux directeur de 225 points de base, à 12%, pour contenir les pressions inflationnistes liées à la hausse des prix de l'énergie et à la dépréciation du shilling. Dans le même temps, elle a abaissé sa prévision de croissance économique pour l'exercice 2026/2027 à 6-6,5%, contre 7-7,5% précédemment.

 

La Banque d'Ouganda durcit sa politique monétaire face à la dégradation de l'environnement économique international. Réuni en session extraordinaire le 14 octobre 2026, son Comité de politique monétaire (MPC) a porté le taux directeur de 9,75% à 12%, soit une hausse de 225 points de base.

 

Cette décision vise à limiter la progression des prix dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la hausse des cours internationaux du pétrole et les pressions exercées sur le shilling ougandais. La banque centrale entend également empêcher que ces facteurs ne provoquent une accélération durable de l'inflation.

 

Le mouvement intervient alors que les perspectives économiques du pays se détériorent. Pour l'exercice 2026/2027, la Banque d'Ouganda prévoit désormais une croissance comprise entre 6% et 6,5%, contre une fourchette de 7% à 7,5% dans ses précédentes projections.

 

Le pétrole et le shilling alimentent les risques inflationnistes

 

L'inflation globale a atteint 4,6% en septembre 2026, contre 4,1% un mois plus tôt. L'inflation sous-jacente, qui exclut les composantes les plus volatiles des prix, a également progressé, passant de 3,5% en août à 3,7% en septembre.

 

Si ces niveaux restent inférieurs à la cible de moyen terme de 5% retenue pour l'inflation sous-jacente, la banque centrale redoute une accélération dans les prochains mois. Elle prévoit désormais une inflation sous-jacente moyenne de 5,5% à 6% et une inflation globale de 7% à 7,5% sur les douze prochains mois.

 

La dépréciation du shilling constitue l'un des principaux facteurs de risque. Elle renchérit les produits importés, notamment les carburants, dont les prix ont commencé à refléter l'affaiblissement de la monnaie nationale et la hausse des cours internationaux.

 

Les tensions au Moyen-Orient aggravent cette situation en augmentant les coûts du transport maritime, du fret et de l'assurance. Ces dépenses supplémentaires peuvent ensuite se répercuter sur les prix des marchandises, les coûts de production des entreprises et les dépenses des ménages.

 

La situation extérieure de l'Ouganda s'est également détériorée. Sur les douze mois achevés en août 2026, le déficit du compte courant a atteint 4,6 milliards de dollars, sous l'effet notamment de la baisse des prix de certains produits agricoles, dont le café et le cacao, et du recul des recettes touristiques. La hausse des coûts du fret a également contribué à creuser le déficit des services.

 

Pour la Banque d'Ouganda, ces déséquilibres accentuent les pressions sur le taux de change et renforcent le risque d'inflation importée.

 

Le crédit sous pression, la croissance en ligne de mire

 

Le relèvement du taux directeur devrait se transmettre progressivement aux conditions de financement de l'économie. En augmentant le coût potentiel du refinancement bancaire, la banque centrale cherche à modérer la progression du crédit et de la demande intérieure afin de limiter les pressions sur les prix.

 

Les entreprises pourraient toutefois subir des conditions d'emprunt plus contraignantes, tandis que les ménages risquent de faire face à des crédits plus coûteux. L'ampleur de ces effets dépendra notamment de la réaction des banques commerciales et de la transmission de la hausse des taux aux clients.

 

La Banque d'Ouganda avait déjà renforcé son dispositif monétaire en relevant le coefficient de réserves obligatoires de 11% à 13,5%. Cette mesure vise à réduire les liquidités immédiatement disponibles dans le système bancaire et à améliorer la transmission de ses décisions de politique monétaire.

 

Le nouveau relèvement du taux directeur traduit ainsi la volonté de la banque centrale d'agir avant que les tensions actuelles ne s'installent durablement dans les prix. Mais ce choix intervient alors que l'activité économique montre des signes de ralentissement.

 

La croissance est estimée à 6,4% au troisième trimestre 2026, contre 6,8% au deuxième trimestre, selon les données et estimations citées par l'institution. La Banque d'Ouganda estime que le durcissement des conditions financières, la dépréciation du shilling et l'incertitude internationale pèseront sur l'activité au cours de l'exercice 2026/2027.

 

À moyen terme, elle anticipe néanmoins une accélération de la croissance, qui pourrait atteindre environ 8% en moyenne. Ce scénario repose notamment sur l'investissement privé, l'amélioration des exportations, les développements attendus dans le secteur pétrolier et la mise en œuvre de la stratégie gouvernementale de croissance décuplée.

 

Cette perspective reste toutefois exposée aux risques liés à la persistance des tensions géopolitiques, aux prix de l'énergie et au resserrement des conditions de financement.

 

Pour la banque centrale, l'enjeu est désormais de contenir l'inflation sans compromettre davantage la dynamique économique. La trajectoire du pétrole, l'évolution du shilling et la capacité des entreprises à absorber la hausse de leurs coûts seront déterminantes pour la suite.