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  • 14/09/2026

Rwanda : Pourquoi Fitch maintient sa note à B+ malgré une croissance attendue de 7,8%

L’économie rwandaise devrait encore croître de 7,8% en 2026, mais cette performance ne suffit pas à faire sortir le pays de la catégorie spéculative. Fitch Ratings vient de confirmer sa note souveraine à « B+ », avec une perspective stable, en mettant en avant la croissance, la qualité du soutien international et le caractère largement concessionnel de la dette, tout en pointant les déficits extérieurs, l’inflation et les risques géopolitiques.

 

Le Rwanda conserve une trajectoire de croissance enviable, mais Fitch ne baisse pas pour autant sa garde. L’agence de notation a confirmé, le 11 septembre, la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères du pays à « B+ », avec une perspective stable. Cette décision prolonge le changement intervenu en mars dernier, lorsque Fitch avait relevé la perspective de négative à stable tout en maintenant la note à B+.

 

À première vue, le contraste peut surprendre. L'économie rwandaise devrait afficher une croissance réelle de 7,8% en 2026, après une progression particulièrement forte de 9,4% en 2025. La performance reste largement supérieure à la médiane de 4,5 % des économies notées « B » par Fitch. L'agriculture, les services et la construction, notamment autour du projet d'aéroport international de Bugesera, devraient continuer à soutenir l'activité.

 

Mais pour une agence de notation, la croissance ne constitue qu'une partie de l'équation. Fitch relève plusieurs fragilités qui empêchent encore Kigali de prétendre à une meilleure note souveraine.

 

Une croissance solide, mais financée par d'importants besoins extérieurs

 

Le principal point de vigilance concerne les déséquilibres extérieurs. Fitch prévoit un déficit courant proche de 15% du PIB en 2026, notamment sous l'effet des importations liées au chantier de l'aéroport de Bugesera, ainsi que de la hausse des coûts du carburant et des engrais.

 

Ce déficit est largement financé par les investissements directs étrangers et les emprunts officiels. Cette configuration permet au Rwanda de continuer à financer son développement, mais elle accroît parallèlement son exposition aux conditions de financement extérieur. Fitch prévoit ainsi que la dette extérieure nette atteindra environ 63% du PIB en 2026.

 

Le pays bénéficie toutefois d'un amortisseur important : environ 87% de sa dette extérieure est concessionnelle. Autrement dit, une large partie des emprunts est contractée à des conditions plus favorables que celles des financements commerciaux classiques. Ce facteur contribue fortement à contenir le coût du service de la dette et explique en partie pourquoi Fitch maintient une perspective stable malgré le niveau élevé de l'endettement.

 

La dette reste élevée, mais Fitch voit une trajectoire favorable

 

Sur le front budgétaire, Fitch prévoit un déficit de 4,5% du PIB au cours de l'exercice 2026/2027, contre 4,4% lors de l'exercice précédent. Les efforts de rationalisation des dépenses et les réformes fiscales devraient toutefois contribuer à améliorer progressivement les finances publiques.

 

L'agence estime que la dette des administrations publiques devrait diminuer au cours des exercices 2027 et 2028, après avoir culminé autour de 74% du PIB en 2025. La baisse serait principalement alimentée par la forte croissance nominale de l'économie et, dans une moindre mesure, par les efforts de consolidation budgétaire.

 

Le profil de la dette constitue cependant un facteur de risque. 82% de la dette extérieure est libellée en devises étrangères, ce qui expose les finances publiques à une éventuelle dépréciation du franc rwandais. Une croissance moins forte que prévu, une hausse des dépenses d'investissement ou une forte variation du taux de change pourraient donc détériorer les projections de dette de Fitch.

 

L'inflation vient assombrir le tableau

 

Autre faiblesse : la dynamique des prix. Fitch prévoit une inflation moyenne de 11,7% en 2026, largement au-dessus de la fourchette cible de 2 à 8% de la Banque nationale du Rwanda.

 

Pour contenir ces tensions, la banque centrale a relevé son taux directeur de 150 points de base depuis février 2026, pour le porter à 8,75%. Cette politique monétaire restrictive pourrait contribuer à ralentir progressivement l'inflation, mais elle pèse aussi sur les conditions de financement de l'économie.

 

Le problème est donc assez classique : Kigali doit maintenir suffisamment de croissance pour réduire le poids relatif de sa dette, tout en évitant que les tensions inflationnistes et les déséquilibres extérieurs ne s'installent.

 

Le facteur géopolitique reste dans l'équation

 

À ces considérations macroéconomiques s'ajoute le risque régional. Fitch estime que les tensions persistantes dans l'est de la République démocratique du Congo continuent de fragiliser les perspectives de stabilité régionale.

 

L'agence n'intègre pas, dans son scénario central, une nouvelle escalade majeure du conflit à court terme. Mais elle considère qu'une détérioration significative de la situation pourrait réduire l'accès du Rwanda aux financements extérieurs. Cet élément est particulièrement important pour un pays dont l'équilibre financier repose en partie sur le soutien des bailleurs multilatéraux et bilatéraux.

 

Le soutien des partenaires internationaux demeure justement l'un des principaux atouts du Rwanda. Fitch souligne notamment les engagements de décaissements des partenaires multilatéraux et bilatéraux, qui devraient représenter environ 82% du financement extérieur total sur les exercices 2026/2027 et 2027/2028.

 

Pourquoi le « B+ » reste finalement cohérent

 

La décision de Fitch raconte donc une histoire plus nuancée que celle d'une simple économie africaine « résiliente ».

 

D'un côté, Kigali dispose d'une croissance élevée, d'un historique de soutien international, d'une dette extérieure largement concessionnelle et d'indicateurs de gouvernance jugés solides par rapport aux pays comparables.

 

De l'autre, le pays conserve un faible PIB par habitant, des déficits budgétaire et courant persistants, une dette extérieure importante, une inflation élevée et une forte exposition aux risques régionaux. Ces contraintes continuent de limiter sa capacité à rejoindre la catégorie « investment grade ».

 

Le maintien de la perspective stable constitue néanmoins un signal positif. Il signifie que, dans son scénario actuel, Fitch ne voit pas de raison immédiate de dégrader la note du Rwanda. Mais la prochaine marche — une amélioration vers « BB- » — nécessitera davantage qu'une forte croissance.

 

Kigali devra démontrer que cette croissance peut progressivement réduire les déséquilibres budgétaires et extérieurs, contenir l'inflation et diminuer la dépendance aux financements concessionnels.

 

Pour le Rwanda, le message de Fitch est donc clair : la croissance impressionne, mais c'est sa capacité à transformer cette croissance en solidité financière durable qui déterminera la prochaine évolution de sa note souveraine.