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  • 18/08/2026

Sénégal–FMI : La mission d’août ouvre la phase décisive vers un nouveau financement

Après les réformes engagées sur les finances publiques et la gestion de la dette, Dakar et le FMI vont reprendre les négociations du 19 août au 1er septembre. L’enjeu dépasse la conclusion d’un nouvel accord : il s’agit désormais de rétablir la confiance du Fonds dans la soutenabilité de la dette et la fiabilité de la gestion budgétaire sénégalaise.

 

À Dakar, le prochain rendez-vous avec le Fonds monétaire international ne ressemble plus tout à fait aux précédents. Le FMI a annoncé, lundi 17 août, l’arrivée d’une nouvelle mission conduite par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission pour le Sénégal. Les discussions se dérouleront du 19 août au 1er septembre et porteront sur les politiques et réformes susceptibles d’être soutenues par un nouvel accord de financement.

 

Le vocabulaire employé par le Fonds mérite attention. Il ne parle toujours pas d’un accord conclu, encore moins d’un financement approuvé. Il évoque la nécessité de progresser vers une « convergence de vues » entre les autorités sénégalaises et ses services.

 

Mais le signal est nettement plus constructif qu’il ne l’était quelques mois auparavant. Reuters estime d’ailleurs que cette nouvelle mission traduit des progrès vers l’établissement d’un nouveau programme de financement, avec des discussions techniques approfondies sur les réformes susceptibles d’être soutenues par le Fonds.

 

Juin : le FMI reconnaît les progrès, mais maintient la pression

 

Cette mission intervient moins de deux mois après celle effectuée du 15 au 19 juin. Dans sa déclaration du 22 juin, le FMI avait reconnu la résilience de l’économie sénégalaise, tout en maintenant une forte pression sur Dakar concernant les finances publiques et la dette.

 

La croissance du PIB réel a atteint 6,7% en 2025, notamment grâce à l’expansion du secteur des hydrocarbures. Le déficit courant s’est également réduit, soutenu par les exportations de pétrole et la compression des importations.

 

Surtout, le déficit budgétaire global a été ramené de 13,4% du PIB en 2024 à 6,4% en 2025, principalement sous l’effet de la rationalisation des dépenses. Pour le FMI, cette amélioration constitue un signal positif. Elle ne suffit cependant pas à effacer les vulnérabilités accumulées.

 

« Les discussions ont porté sur l’évaluation de l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie et les finances publiques sénégalaises », avait alors indiqué le Fonds, qui s’inquiétait notamment de l’impact de la hausse des prix mondiaux du pétrole sur les subventions énergétiques.

 

Le problème est donc double : Dakar doit continuer à réduire son déficit alors même que son économie reste exposée à des chocs extérieurs susceptibles d’alourdir la facture budgétaire.

 

Le véritable verrou reste la dette

 

Derrière les discussions sur le prochain programme se trouve une question beaucoup plus fondamentale : le FMI considère-t-il désormais que la trajectoire d’endettement du Sénégal peut redevenir soutenable ?

 

La question est lourde de conséquences.

 

Le Fonds avait réévalué la dette du Sénégal à 132% du PIB à fin 2024. Les données régionales du FMI indiquent ensuite un ratio de dette de 130% du PIB en 2025.

 

Cette situation trouve son origine dans la découverte, après l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration, d’importants engagements qui n’avaient pas été correctement déclarés. Le FMI avait alors suspendu son précédent programme de financement, d’un montant de 1,8 milliard de dollars, tandis que la question d’une dérogation liée aux déclarations erronées est devenue un élément central du dossier.

 

C’est précisément pourquoi le FMI avait insisté, en juin, sur la nécessité de prendre des « mesures décisives supplémentaires » pour régler les conséquences de ces déclarations erronées et renforcer la gouvernance budgétaire.

 

Dakar a depuis engagé des réformes destinées à unifier les fonctions de gestion de la dette et à améliorer la transparence des finances publiques. Pour le Fonds, ces réformes constituent une étape indispensable, mais elles doivent encore produire suffisamment de garanties pour restaurer la confiance.

 

Dakar doit désormais convaincre, pas seulement négocier

 

C’est probablement le principal changement dans la relation entre le Sénégal et le FMI.

 

Le débat ne porte plus uniquement sur la possibilité d’obtenir de nouvelles ressources. Il porte sur les conditions qui permettraient au Fonds de considérer que l’argent prêté au Sénégal pourra être remboursé dans un cadre macroéconomique crédible.

 

La page pays du FMI affiche actuellement pour le Sénégal une prévision de croissance réelle de seulement 2,2% en 2026, contre 6,7% en 2025, avec une inflation projetée à 2,5%. Le Fonds indique également un encours de ses achats et prêts au Sénégal de 829,65 millions de DTS au 31 mars 2026.

 

Ce ralentissement attendu rend la consolidation budgétaire encore plus délicate. L’économie bénéficie certes de l’essor des hydrocarbures, mais le pays doit simultanément absorber le poids du service de la dette, restaurer ses marges de financement et maintenir l’investissement nécessaire à sa transformation économique.

 

Le prochain programme devra donc résoudre une équation particulièrement complexe : réduire les déséquilibres sans étouffer la croissance.

 

Une mission qui arrive au moment où le financement devient critique

 

L’enjeu est aussi celui de la liquidité.

 

La suspension de l’ancien programme a privé Dakar d’une partie importante du financement extérieur attendu. Dans ce contexte, un nouvel accord avec le FMI aurait une portée qui dépasserait largement les seuls décaissements du Fonds.

 

Il pourrait contribuer à restaurer la crédibilité financière du Sénégal auprès des autres bailleurs et des investisseurs privés. Le FMI joue en effet un rôle de certification macroéconomique : un programme crédible peut faciliter le retour vers des conditions de financement moins tendues.

 

À l’inverse, une négociation qui s’éterniserait ou échouerait à franchir les principaux obstacles risquerait de maintenir la pression sur les finances publiques.

 

C’est ce qui explique l’importance de la mission du 19 août.

 

Le FMI élargit aussi son écoute

 

Un autre élément du communiqué du 17 août mérite d’être relevé : les services du FMI ne rencontreront pas uniquement les autorités.

 

Le Fonds annonce également des échanges avec différents acteurs économiques et sociaux au cours de la mission.

 

Cette démarche intervient alors que les réformes budgétaires ont une dimension sociale de plus en plus sensible. Réduction des dépenses, mobilisation des recettes, réforme des subventions et maîtrise de la dette ne sont pas de simples variables comptables.

 

Elles déterminent directement le pouvoir d’achat des ménages, les conditions de financement des entreprises et la capacité de l’État à investir.

 

Pour Dakar, l’enjeu est donc de démontrer que l’assainissement budgétaire peut être compatible avec une croissance inclusive.

 

Le pétrole ne suffira pas à régler l’équation

 

Le paradoxe sénégalais se trouve aussi là.

 

Les hydrocarbures ont contribué à porter la croissance à 6,7 % en 2025. Mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, résoudre le problème de dette.

 

Au contraire, la dépendance aux recettes et aux exportations d’hydrocarbures expose les finances publiques à la volatilité des cours internationaux. Le FMI a précisément averti en juin que la hausse des prix mondiaux du pétrole pouvait accroître la pression sur le budget sénégalais à travers le coût des subventions non ciblées.

 

Le futur programme devra donc probablement s’inscrire dans une logique plus large : mobilisation des recettes domestiques, rationalisation des dépenses, amélioration de la gestion de la dette, gouvernance et protection sociale.

 

Après le 1er septembre, le verdict sera scruté

 

La mission s’achèvera le 1er septembre et Mercedes Vera Martin doit publier une déclaration à son issue.

 

Ce document sera particulièrement important.

 

Il permettra de savoir si les discussions ont réellement rapproché les deux parties sur les conditions d’un nouveau programme ou si certains dossiers — notamment la dette, les réformes budgétaires et la gouvernance — restent suffisamment problématiques pour repousser encore l’échéance.

 

À ce stade, une chose est certaine : le Sénégal n’a pas encore obtenu le feu vert du FMI.

 

Mais le Fonds a désormais engagé une nouvelle séquence de discussions avec Dakar autour d’un éventuel accord de financement. La nuance est importante.

 

En juin, le FMI demandait encore des mesures supplémentaires pour corriger les vulnérabilités révélées par les anciennes déclarations erronées. En août, il revient pour travailler à une convergence de vues sur les réformes qui pourraient être soutenues par un nouveau financement.

 

Le Sénégal est donc passé d’une logique de réparation de la relation avec le FMI à une logique de construction d’un nouveau cadre de partenariat financier.

 

Reste la question la plus difficile : jusqu’où Dakar devra-t-il aller dans l’assainissement budgétaire et la réforme de sa dette pour obtenir ce nouveau soutien sans sacrifier ses ambitions de transformation économique ?

 

C’est probablement dans cette équation que se jouera, au cours des prochaines semaines, le véritable accord entre le Sénégal et le FMI.