Après les réformes engagées sur les finances publiques et la gestion de la dette, Dakar et le FMI vont reprendre les négociations du 19 août au 1er septembre. L’enjeu dépasse la conclusion d’un nouvel accord : il s’agit désormais de rétablir la confiance du Fonds dans la soutenabilité de la dette et la fiabilité de la gestion budgétaire sénégalaise.
À Dakar, le prochain rendez-vous avec le Fonds
monétaire international ne ressemble plus tout à fait aux précédents. Le FMI a
annoncé, lundi 17 août, l’arrivée d’une nouvelle mission conduite par Mercedes
Vera Martin, cheffe de mission pour le Sénégal. Les discussions se dérouleront
du 19 août au 1er septembre et porteront sur les politiques et réformes
susceptibles d’être soutenues par un nouvel accord de financement.
Le vocabulaire employé par le Fonds mérite attention.
Il ne parle toujours pas d’un accord conclu, encore moins d’un financement
approuvé. Il évoque la nécessité de progresser vers une « convergence de vues »
entre les autorités sénégalaises et ses services.
Mais le signal est nettement plus constructif qu’il ne
l’était quelques mois auparavant. Reuters estime d’ailleurs que cette nouvelle
mission traduit des progrès vers l’établissement d’un nouveau programme de
financement, avec des discussions techniques approfondies sur les réformes
susceptibles d’être soutenues par le Fonds.
Juin : le FMI reconnaît les progrès, mais
maintient la pression
Cette mission intervient moins de deux mois après
celle effectuée du 15 au 19 juin. Dans sa déclaration du 22 juin, le FMI avait
reconnu la résilience de l’économie sénégalaise, tout en maintenant une forte
pression sur Dakar concernant les finances publiques et la dette.
La croissance du PIB réel a atteint 6,7% en 2025,
notamment grâce à l’expansion du secteur des hydrocarbures. Le déficit courant
s’est également réduit, soutenu par les exportations de pétrole et la
compression des importations.
Surtout, le déficit budgétaire global a été ramené de 13,4%
du PIB en 2024 à 6,4% en 2025, principalement sous l’effet de la
rationalisation des dépenses. Pour le FMI, cette amélioration constitue un
signal positif. Elle ne suffit cependant pas à effacer les vulnérabilités
accumulées.
« Les discussions ont porté sur l’évaluation de
l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie et les finances publiques
sénégalaises », avait alors indiqué le Fonds, qui s’inquiétait notamment de
l’impact de la hausse des prix mondiaux du pétrole sur les subventions
énergétiques.
Le problème est donc double : Dakar doit continuer à
réduire son déficit alors même que son économie reste exposée à des chocs
extérieurs susceptibles d’alourdir la facture budgétaire.
Le véritable verrou reste la dette
Derrière les discussions sur le prochain programme se
trouve une question beaucoup plus fondamentale : le FMI considère-t-il
désormais que la trajectoire d’endettement du Sénégal peut redevenir soutenable
?
La question est lourde de conséquences.
Le Fonds avait réévalué la dette du Sénégal à 132% du
PIB à fin 2024. Les données régionales du FMI indiquent ensuite un ratio de
dette de 130% du PIB en 2025.
Cette situation trouve son origine dans la découverte,
après l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration, d’importants
engagements qui n’avaient pas été correctement déclarés. Le FMI avait alors
suspendu son précédent programme de financement, d’un montant de 1,8 milliard
de dollars, tandis que la question d’une dérogation liée aux déclarations
erronées est devenue un élément central du dossier.
C’est précisément pourquoi le FMI avait insisté, en
juin, sur la nécessité de prendre des « mesures décisives supplémentaires »
pour régler les conséquences de ces déclarations erronées et renforcer la
gouvernance budgétaire.
Dakar a depuis engagé des réformes destinées à unifier
les fonctions de gestion de la dette et à améliorer la transparence des
finances publiques. Pour le Fonds, ces réformes constituent une étape
indispensable, mais elles doivent encore produire suffisamment de garanties
pour restaurer la confiance.
Dakar doit désormais convaincre, pas
seulement négocier
C’est probablement le principal changement dans la
relation entre le Sénégal et le FMI.
Le débat ne porte plus uniquement sur la possibilité
d’obtenir de nouvelles ressources. Il porte sur les conditions qui
permettraient au Fonds de considérer que l’argent prêté au Sénégal pourra être
remboursé dans un cadre macroéconomique crédible.
La page pays du FMI affiche actuellement pour le
Sénégal une prévision de croissance réelle de seulement 2,2% en 2026, contre
6,7% en 2025, avec une inflation projetée à 2,5%. Le Fonds indique également un
encours de ses achats et prêts au Sénégal de 829,65 millions de DTS au 31 mars
2026.
Ce ralentissement attendu rend la consolidation
budgétaire encore plus délicate. L’économie bénéficie certes de l’essor des
hydrocarbures, mais le pays doit simultanément absorber le poids du service de
la dette, restaurer ses marges de financement et maintenir l’investissement
nécessaire à sa transformation économique.
Le prochain programme devra donc résoudre une équation
particulièrement complexe : réduire les déséquilibres sans étouffer la
croissance.
Une mission qui arrive au moment où le
financement devient critique
L’enjeu est aussi celui de la liquidité.
La suspension de l’ancien programme a privé Dakar
d’une partie importante du financement extérieur attendu. Dans ce contexte, un
nouvel accord avec le FMI aurait une portée qui dépasserait largement les seuls
décaissements du Fonds.
Il pourrait contribuer à restaurer la crédibilité
financière du Sénégal auprès des autres bailleurs et des investisseurs privés.
Le FMI joue en effet un rôle de certification macroéconomique : un programme
crédible peut faciliter le retour vers des conditions de financement moins
tendues.
À l’inverse, une négociation qui s’éterniserait ou
échouerait à franchir les principaux obstacles risquerait de maintenir la
pression sur les finances publiques.
C’est ce qui explique l’importance de la mission du 19
août.
Le FMI élargit aussi son écoute
Un autre élément du communiqué du 17 août mérite
d’être relevé : les services du FMI ne rencontreront pas uniquement les
autorités.
Le Fonds annonce également des échanges avec différents
acteurs économiques et sociaux au cours de la mission.
Cette démarche intervient alors que les réformes
budgétaires ont une dimension sociale de plus en plus sensible. Réduction des
dépenses, mobilisation des recettes, réforme des subventions et maîtrise de la
dette ne sont pas de simples variables comptables.
Elles déterminent directement le pouvoir d’achat des
ménages, les conditions de financement des entreprises et la capacité de l’État
à investir.
Pour Dakar, l’enjeu est donc de démontrer que
l’assainissement budgétaire peut être compatible avec une croissance inclusive.
Le pétrole ne suffira pas à régler
l’équation
Le paradoxe sénégalais se trouve aussi là.
Les hydrocarbures ont contribué à porter la croissance
à 6,7 % en 2025. Mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, résoudre le problème de
dette.
Au contraire, la dépendance aux recettes et aux
exportations d’hydrocarbures expose les finances publiques à la volatilité des
cours internationaux. Le FMI a précisément averti en juin que la hausse des
prix mondiaux du pétrole pouvait accroître la pression sur le budget sénégalais
à travers le coût des subventions non ciblées.
Le futur programme devra donc probablement s’inscrire
dans une logique plus large : mobilisation des recettes domestiques,
rationalisation des dépenses, amélioration de la gestion de la dette,
gouvernance et protection sociale.
Après le 1er septembre, le verdict sera
scruté
La mission s’achèvera le 1er septembre et Mercedes
Vera Martin doit publier une déclaration à son issue.
Ce document sera particulièrement important.
Il permettra de savoir si les discussions ont
réellement rapproché les deux parties sur les conditions d’un nouveau programme
ou si certains dossiers — notamment la dette, les réformes budgétaires et la
gouvernance — restent suffisamment problématiques pour repousser encore
l’échéance.
À ce stade, une chose est certaine : le Sénégal n’a
pas encore obtenu le feu vert du FMI.
Mais le Fonds a désormais engagé une nouvelle séquence
de discussions avec Dakar autour d’un éventuel accord de financement. La nuance
est importante.
En juin, le FMI demandait encore des mesures
supplémentaires pour corriger les vulnérabilités révélées par les anciennes
déclarations erronées. En août, il revient pour travailler à une convergence de
vues sur les réformes qui pourraient être soutenues par un nouveau financement.
Le Sénégal est donc passé d’une logique de réparation
de la relation avec le FMI à une logique de construction d’un nouveau cadre de
partenariat financier.
Reste la question la plus difficile : jusqu’où Dakar
devra-t-il aller dans l’assainissement budgétaire et la réforme de sa dette
pour obtenir ce nouveau soutien sans sacrifier ses ambitions de transformation
économique ?
C’est probablement dans cette équation que se jouera,
au cours des prochaines semaines, le véritable accord entre le Sénégal et le
FMI.
Zinia Farnandiz Sep 28, 2024
Absolutely loved this post! Your tips on how to style a blazer are spot on. Keep up the great work, can’t wait for your next post!
Loren Watson Sep 18, 2024
Cover broad of topic in web development industry. Explained a lot of basic programming knowledge with easy to understand explanation.
Walter White Sep 29, 2024
Employees who have the flexibility to work remotely often report higher job satisfaction. This can lead to increased employee retention workforce.