Marylin Marchal : « Le blanchiment d’argent a un impact très négatif sur un pays, parce qu’il affaiblit l’économie légale et développe l’économie souterraine »

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Spécialiste de la Compliance, Marylin Marchal est l’invitée spéciale du Salon international de la Finance digitale (SIFD) qui se tient du 28 au 29 mars 2022. Elle s’est prononcée sur le thème : « Les Initiatives technologiques au service de la lutte contre le blanchiment d’argent, les financements illicites et la corruption ».

Quel est votre parcours ?


J’ai bâti une solide expérience en matière de Déontologie, de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de lutte contre la corruption. Ses compétences se sont développées au travers de différents établissements financiers monégasques et Français pendant près de 8 ans, en tant que Compliance Officer. Issue de lUniversité de Strasbourg dans la spécialité de Prévention des fraudes et lutte anti-blanchiment, je suis aussi titulaire de la certification de l’Autorité des Marchés Financiers depuis janvier 2015 ainsi que de la Certification CAMS en décembre 2018 et décembre 2021, ainsi que CGSS en août 2021. Je suis aujourd’hui Responsable du Pôle IntellEval, centre d’expertise en matière de Compliance qui est une marque déposée de la société Capital Banking Solutions.
De ce fait, j’apporte aujourd’hui mon savoir-faire par le biais de conseils et de formations dédiés aux professionnels du monde financier, sur les thèmes de la Compliance, afin d’aider les établissements assujettis à exercer leur activité dans le respect des contraintes légales et réglementaires en matière de Déontologie, de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et de lutte contre la corruption.

Marylin Marchal


Comment devient-on spécialiste en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et de lutte contre la corruption ?


Tout d’abord en étant passionnée. Cela dit, la découverte de cette spécialité est le fruit d’un heureux hasard. Alors que j’étais à ma dernière année d’étude en Master 2, il n’y avait rien qui me plaisait spécifiquement. Nous étions en 2004. J’ai fait un Master en économie de gestion, monnaie, banque, finance. Il y avait aussi d’autres Masters qui ne me convenaient pas vraiment. Je suis allée à une conférence de la directrice de Master 2 en prévention des fraudes, anti blanchiment et cela m’a plu. J’ai été formée pendant un an à l’université de Strasbourg, avec une pratique à la gendarmerie nationale, où on nous a appris à détecter l’argent sale. J’ai ensuite travaillé dans des banques en France, j’ai eu aussi l’opportunité de travailler dans des banques à Monaco, et depuis 9 ans, je suis dans le consulting, c’est-à-dire que je vais aider les professionnels assujettis à détecter l’argent sale. On a des mécanismes parce qu’aujourd’hui il y a pleins de compliances (des déontologues) de la banque pour analyser les transferts, autoriser les ouvertures de comptes. Ce qui est important aujourd’hui, c’est que ces personnes ont été formées pour faire ce métier. Et la faille qui peut être dramatique, c’est de ne pas former assez les « front », c’est-à-dire ceux qui sont dans l’opérationnel et qui sont en contact avec la clientèle. Ce sont eux qui sont les premiers, à même de détecter les schémas de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme et de corruption. Moi, j’y suis arrivée par passion, parce qu’au début, les personnes qui exerçaient ce métier étaient vues comme celles qui mettaient un frein au business, parce qu’on nous voyait comme des personnes qui empêchaient d’ouvrir des comptes qui étaient un peu trop risqués, etc., mais aujourd’hui, cette perception a évolué parce qu’on se rend bien compte que ces personnes-là sont vraiment des garde-fous, en ce sens qu’elles protègent les gestionnaires de compte en leur expliquant la réglementation, ce qu’ils doivent demander et ce qu’ils doivent faire pour éviter que des personnes sur qui pèsent des sanctions financières et pénales puissent passer entre les mailles du filet.


Pensez-vous que la digitalisation des services financiers va aider à endiguer le mal ?


Au niveau du digital aujourd’hui, c’est simple. Le papier a été retiré, et tout a été numérisé. C’est-à-dire qu’un transfert va se faire avec beaucoup plus de célérité. Cela exige que l’on soit encore plus réactif puisque les choses se font de plus en plus, vite. C’est aussi cela. Ça apporte de bonnes choses parce que vous avez des machines qui vont traiter des documents et des données en quelques secondes ou en quelques minutes, alors qu’à l’époque cela se faisait à la main. Ce qui va permettre à ce que les personnes soient affectées à des tâches qui ont une vraie valeur ajoutée. Ceci étant, il ne faut pas se fier qu’à la machine, parce qu’il y a des choses qu’elle ne pourra pas détecter. Je vous donne un exemple, un transfert peut arriver et alors que le super ordinateur dira que tout est bon, les personnes au niveau de la clientèle détecteront des anomalies. Elles pourront alors dire quil n’ y a peut-être pas de problèmes au niveau informatique, mais à cause de la relation qu’elles entretiennent avec les clients, elles pourront détecter la faille en indiquant ce que peut faire son client ou pas. Oui la digitalisation est une très bonne chose, mais il y a aussi le revers. Il ne faut donc pas se focaliser uniquement sur la machine. Il faut avoir des gens compétents qui soient à même de pouvoir détecter les failles. Le capital humain est donc extrêmement important, c’est d’ailleurs pour cela que dans mon intervention ce 29 mars, je n’entends pas m’attarder sur les questions de cryptomonnaies ou sur d’autres problématiques qui sont purement scientifiques, mais plutôt sur la manière dont il faut créer une synergie entre le capital humain et la technique parce que le blanchiment existe bel et bien, et peut-être qu’il y en aura toujours, mais il faut arriver à l’éradiquer au plus tôt parce que cela apporte une image négative aux établissements assujettis, de même qu’au pays. Parce que si beaucoup d’établissements prennent des sanctions, c’est le régulateur qui sera sanctionné et de ce fait le pays va se retrouver blacklisté ou dans des listes de territoires non coopératifs. Et ce n’est vraiment pas ce à quoi, il faut aspirer.


Peut-on avoir une idée des capitaux en jeu en ce qui concerne le blanchiment d’argent ?


Je ne peux vous donner les statistiques récentes, mais les montants en jeu sont énormes. En plus, quand on parle de blanchiment, on a tendance à se focaliser sur la fraude fiscale. Je dirai que la fraude fiscale est le moindre mal. C’est le crime de gens au col blanc. C’est vrai qu’on vole, mais il ne faut surtout pas oublier qu’il y a autre chose derrière comme le trafic de drogue, le trafic d’enfants, le trafic d’organes, la contrefaçon, etc. Aujourd’hui, quand on ramène la lutte anti blanchiment à la fraude fiscale, ce n’est pas juste. Et cette vision est vraiment trop réductrice. Ce qui est déplorable. Le blanchiment d’argent a un impact très négatif sur le pays, parce qu’il affaiblit l’économie légale et on développe l’économie souterraine. Cela se voit bien aussi avec la corruption qui brouille l’économie. Si quelqu’un obtient un marché parce qu’il a donné un pot-de-vin, nous voyons qu’immédiatement les règles du marché ne sont plus équilibrées.

Hervé KOUTOUAN

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