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  • 23/06/2026

Côte d’Ivoire : 30 millions d’euros pour reconfigurer le financement des PME, NSIA et BII parient sur le capital productif local

Le financement des petites entreprises reste l’un des points de friction les plus persistants de l’économie ivoirienne. En injectant 30 millions d’euros (environ 19,7 millions FCFA) dans NSIA Banque Côte d’Ivoire, British International Investment (BII) ne se contente pas d’un appui bancaire classique : il renforce un levier stratégique au cœur de la croissance inclusive, avec un accent marqué sur les PME et les entreprises portées par des femmes.

 

À Abidjan, la signature de ce prêt à terme a pris des airs de séquence diplomatique autant que financière. Autour de la table, les lignes se croisent entre finance de développement, stratégie bancaire régionale et diplomatie économique britannique. Jean Kacou Diagou pour le Groupe NSIA, Chris Chijiutomi pour BII Afrique, et l’ambassadeur du Royaume-Uni John Marshall, tous réunis autour d’un même constat : sans financement structuré, la promesse des PME ivoiriennes reste partiellement verrouillée.

 

Derrière les éléments institutionnels, le sujet est plus cru. Les micro, petites et moyennes entreprises constituent l’ossature réelle de l’économie ivoirienne, avec environ 20% du PIB et près d’un quart de l’emploi national. Pourtant, dans les faits, une grande partie d’entre elles reste coincée dans un cycle de sous-financement chronique, où l’accès au crédit dépend encore fortement des garanties, souvent hors de portée.

 

C’est précisément ce verrou que l’opération entend desserrer. Le mécanisme mis en place vise à accroître la capacité de NSIA Banque Côte d’Ivoire à irriguer l’économie réelle, en élargissant le crédit vers les segments traditionnellement jugés plus risqués, mais essentiels à la dynamique productive.

 

Dans cette architecture financière, la dimension genre n’est pas périphérique. Elle est contractuelle. Le prêt est adossé au programme 2X Challenge, ce qui impose qu’au moins 30% des ressources soient orientées vers des entreprises dirigées ou détenues par des femmes. Une contrainte devenue aujourd’hui un marqueur de la finance de développement moderne, où l’impact social est intégré au rendement financier.

 

L’opération s’inscrit aussi dans une trajectoire déjà installée entre BII et le Groupe NSIA. Après une première intervention au Bénin via une titrisation de NSIA Bank Benin en 2025, ce nouveau financement confirme une logique d’ancrage progressif de BII dans l’écosystème bancaire ouest-africain, avec une stratégie claire : passer par les institutions locales pour irriguer le tissu entrepreneurial.

 

Du côté du Groupe NSIA, le message est aligné avec cette logique d’économie productive. Pour Jean Kacou Diagou, la PME reste le véritable moteur de création de valeur sur le continent, mais son potentiel reste largement sous-exploité faute de financement adapté. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’augmenter les volumes de crédit, mais de réorienter la finance vers l’économie réelle.

 

La diplomatie économique britannique, elle, y voit un levier d’impact systémique. Pour l’ambassadeur John Marshall, soutenir l’accès au financement des PME et des entreprises féminines revient à renforcer la stabilité et la résilience de l’économie ivoirienne elle-même, dans un contexte où la croissance dépend de plus en plus de la profondeur du secteur privé.

 

Chez BII, le raisonnement est encore plus structurel. Le financement n’est pas une fin, mais un mécanisme de levier. L’objectif affiché par Chris Chijiutomi est clair : multiplier les points d’accès au capital pour les entrepreneurs africains via des partenaires bancaires locaux capables de transformer les lignes de crédit en activité économique réelle.

 

Au final, cette enveloppe de 30 millions d’euros dépasse la logique d’un simple prêt bancaire. Elle s’inscrit dans une bataille plus large : celle de la capacité du système financier africain à financer sa propre transformation, sans dépendre exclusivement de circuits extérieurs ou de mécanismes fragmentés.

 

Une séquence qui confirme, en creux, une réalité souvent sous-estimée : en Afrique de l’Ouest, la prochaine phase de croissance ne se jouera pas uniquement dans les grands projets publics, mais dans la profondeur silencieuse du crédit aux PME.