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  • 10/08/2026

Burkina Faso : Le gasoil passe à 750 FCFA, pourquoi Ouagadougou réajuste malgré les subventions

Depuis ce lundi 10 août 2026, les automobilistes et transporteurs burkinabè doivent composer avec un nouveau prix à la pompe. Le litre de gasoil est désormais vendu à 750 FCFA (1,32 $), contre 675 FCFA (1,19 $) auparavant. Une hausse de 75 FCFA (+0,13 $), soit environ 11%, qui intervient quatre ans après le dernier réajustement du tarif.

 

À première vue, la décision peut sembler paradoxale. Le gouvernement continue en effet de subventionner les carburants et le gaz butane. Mais derrière cette hausse se trouve une équation devenue difficilement soutenable pour les finances publiques et l’approvisionnement du pays.

 

Quatre ans de prix bloqué

 

Le prix du gasoil était maintenu à 675 FCFA depuis août 2022, malgré les fluctuations des marchés internationaux. Cette stabilité reposait sur un mécanisme de subvention destiné à protéger les consommateurs contre les variations du coût d’importation.

 

Or, en 2026, cette politique est devenue beaucoup plus coûteuse. Selon les autorités, la flambée des cours du pétrole, l'augmentation des coûts de fret et le renchérissement du dollar face au franc CFA ont creusé l'écart entre le prix administré et le coût réel du produit.

 

Le gouvernement estime ainsi que le prix réel du gasoil a pu atteindre environ 1 050 FCFA (1,85 $) le litre. À 675 FCFA à la pompe, l'État absorbait donc une différence considérable.

 

Cette facture commence à peser lourdement. Les moins-values liées aux subventions du gasoil auraient atteint 60 milliards FCFA (environ 105,6 millions $) au premier semestre 2026. Sans réajustement, elles pourraient dépasser 135 milliards FCFA (environ 237,7 millions $) sur l'ensemble de l'année, selon les autorités burkinabè.

 

Le deuxième problème : le gasoil burkinabè attire les voisins

 

Ouagadougou fait face à un autre effet pervers de son prix administré : le différentiel avec plusieurs pays de la sous-région.

 

Le gouvernement affirme que le gasoil burkinabè, vendu moins cher que dans plusieurs pays voisins, attire des transporteurs étrangers qui viennent s'y approvisionner, parfois en constituant des réserves. Cette situation alimente une consommation supérieure aux besoins domestiques et accroît mécaniquement le coût de la subvention.

 

Les chiffres avancés sont particulièrement révélateurs. La consommation de gasoil aurait dépassé 365 millions de litres à fin juin 2026 et pourrait atteindre 730 millions de litres sur l'année, contre une consommation nationale moyenne estimée autour de 500 millions de litres. Soit un écart potentiel de plus de 230 millions de litres, que les autorités évaluent à environ 70 milliards FCFA (environ 123,2 millions $).

 

Autrement dit, une partie de l'argent public destiné à maintenir le pouvoir d'achat des Burkinabè pourrait indirectement bénéficier à des consommateurs venus de pays où le carburant est plus cher.

 

C'est précisément ce que le gouvernement cherche à corriger.

 

Une hausse, mais pas la fin des subventions

 

La décision du 10 août ne marque donc pas un abandon de la politique de soutien aux carburants. Elle ressemble davantage à un réajustement ciblé du dispositif de subvention.

 

Le gasoil augmente, mais le prix du Super 91 reste fixé à 850 FCFA. Le gouvernement maintient également le soutien au gaz butane. La bouteille de 6 kg reste notamment vendue à 2 000 FCFA, alors que son prix sans subvention serait estimé à environ 4 300 FCFA.

 

Le choix est assumé comme une mesure de prudence : préserver autant que possible la stabilité des autres prix, tout en réduisant la pression exercée par le gasoil sur les finances publiques et sur la chaîne d'approvisionnement.

 

« Le changement aurait pu concerner les autres produits », a expliqué Abdou-Salam Gampéné, président du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures (CIDPH), mais les autorités ont choisi de limiter pour l'instant le réajustement au gasoil.

 

Le véritable enjeu est désormais l'inflation

 

Le principal risque se situe toutefois en aval. Le gasoil est un intrant essentiel pour le transport routier, l'agriculture, la logistique et une partie de l'activité industrielle. Une hausse de 11% du prix à la pompe peut donc se transmettre progressivement aux coûts de production et de distribution.

 

Le gouvernement en est conscient. Il a d'ailleurs appelé les transporteurs et les opérateurs économiques à ne pas procéder à des augmentations unilatérales de leurs tarifs et affirme avoir renforcé les mécanismes de contrôle.

 

Pour Ouagadougou, l'équation est donc délicate : continuer à subventionner massivement expose les finances publiques et la SONABHY à une pression croissante ; réduire trop brutalement les subventions risque, à l'inverse, d'alimenter l'inflation et de fragiliser davantage les ménages.

 

La hausse à 750 FCFA apparaît ainsi comme un compromis. Elle ne supprime pas la subvention, mais réduit le coût du soutien public et tente de limiter les effets d'aubaine liés aux écarts de prix avec les pays voisins.


Reste une question de fond : si les cours internationaux demeurent élevés, 750 FCFA sera-t-il un nouveau point d'équilibre durable ou seulement une première étape avant d'autres réajustements ? Pour le moment, Ouagadougou préfère manifestement parier sur une accalmie des marchés pétroliers plutôt que d'ouvrir brutalement le chantier d'une réforme plus profonde des subventions.