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  • 25/09/2026

Nigéria : les États ont collecté près de 3,88 milliards de dollars en 2025, Lagos capte à elle seule 34%

Les 36 États du Nigéria et le Territoire de la capitale fédérale (FCT) ont généré 5 149 milliards de nairas (environ 3,88 milliards de dollars) de recettes internes en 2025, soit une progression de 40,93% sur un an. Mais derrière cette hausse se dessine une réalité moins flatteuse : la collecte reste extrêmement concentrée, tandis que l’impôt sur les salaires constitue à lui seul le principal pilier des ressources propres des administrations infranationales.

 

Le chiffre est spectaculaire sur le papier. En 2025, les États nigérians et le FCT ont mobilisé 5,15 trillions de nairas (environ 3,88 milliards de dollars) de recettes internes, contre 3,65 trillions de nairas (environ 2,75 milliards de dollars) en 2024. En un an, les ressources propres ont donc augmenté d’environ 1 500 milliards de nairas (1,13 milliard de dollars).

 

Cette progression de 40,93% doit toutefois être lue en valeur nominale. Elle ne mesure pas à elle seule l'amélioration réelle de la capacité des États à mobiliser des ressources, dans un environnement marqué par l'inflation et les fluctuations du naira. Les données publiées par le National Bureau of Statistics (NBS) restent par ailleurs susceptibles de rapprochements avec les administrations fiscales concernées.

 

Lagos, un cas à part

 

La géographie des recettes raconte une autre histoire. Et elle est particulièrement déséquilibrée.

 

Lagos domine très largement le classement avec 1 769 milliards de nairas (environ 1,33 milliard de dollars) collectés en 2025. À elle seule, la locomotive économique du pays représente près de 34% des recettes internes générées par les États et le FCT.

 

Derrière, l'écart se creuse rapidement. Rivers affiche 428 milliards de nairas (323 millions de dollars), tandis qu'Enugu atteint 407 milliards de nairas (307 millions de dollars). À eux trois, Lagos, Rivers et Enugu concentrent ainsi environ 50,6% de l'ensemble des recettes internes recensées.

 

Le FCT suit avec 356 milliards de nairas (268 millions de dollars), devant Ogun avec 252 milliards (190 millions de dollars).

 

À l'autre extrémité du classement, les montants deviennent beaucoup plus modestes. Yobe n'a généré que 16 milliards de nairas (12 millions de dollars), contre 17,2 milliards (13 millions de dollars) pour Ebonyi et 20,5 milliards (15 millions de dollars) pour Sokoto.

 

Le rapport de force est saisissant : Lagos a généré environ 110 fois plus de recettes internes que Yobe. Quatorze États restent par ailleurs sous le seuil des 50 milliards de nairas (38 millions de dollars), pour un montant cumulé d'environ 452 milliards de nairas (341 millions de dollars). À eux tous, ils pèsent donc moins d'un dixième de la collecte nationale, quand Lagos seule en représente plus du triple.

 

Le salaire, première source de recettes

 

Derrière ces écarts géographiques se trouve une autre caractéristique structurelle de la fiscalité des États nigérians : le poids du PAYE, l'impôt sur les revenus des salariés prélevé à la source.

 

Les recettes fiscales ont atteint 3 792 milliards de nairas (environ 2,86 milliards de dollars) en 2025, soit 73,64% de l'IGR — les recettes internes générées par les États. Les recettes provenant des ministères, départements et agences publiques, regroupées sous l'appellation MDAs, ont représenté les 1 357 milliards de nairas restants (environ 1,02 milliard de dollars).

 

Au sein même des recettes fiscales, le PAYE domine très largement. Il a généré 2,64 trillions de nairas (près de 1,99 milliard de dollars), soit 69,51% des recettes fiscales et environ 51% de l'ensemble des recettes internes.

 

Cette structure présente un avantage évident pour les administrations : le prélèvement à la source facilite la collecte et limite le risque d'évasion associé à certains impôts déclaratifs. Mais elle révèle aussi une dépendance à une base salariale formelle qui reste concentrée dans les principaux pôles économiques du pays.

 

Le contraste avec l'impôt sur les plus-values est particulièrement net. Celui-ci n'a rapporté que 12,4 milliards de nairas, soit à peine 9,3 millions de dollars.

 

Des modèles fiscaux très différents selon les États

 

Tous les États ne financent donc pas leurs administrations de la même manière.

 

À Lagos, les recettes fiscales représentent 83,5% de l'IGR. Rivers pousse cette logique encore plus loin, avec une part fiscale de 96,7%. Le modèle repose donc principalement sur la capacité à identifier, imposer et recouvrer des revenus auprès des contribuables.

 

Enugu présente presque l'image inverse : les recettes fiscales ne représentent que 12,7% de son IGR, contre 87,3% pour les recettes provenant des MDAs. Ogun affiche également une structure davantage orientée vers ces recettes administratives, avec 55,9% de son IGR provenant des MDAs.

 

Le FCT constitue un autre cas particulier : l'ensemble de son IGR est déclaré dans la catégorie fiscale, sans recettes MDA déclarées.

 

Ces différences ne sont pas anecdotiques. Deux États affichant un volume comparable de recettes internes peuvent avoir des profils budgétaires très différents selon la nature des ressources mobilisées. Pour un prêteur, un investisseur ou une institution financière, la récurrence et la prévisibilité des recettes peuvent compter autant que leur montant brut.

 

Un enjeu pour les banques et l'assurance

 

Cette structure fiscale intéresse aussi directement le secteur financier.

 

Le poids du PAYE place les banques au cœur d'une partie de la chaîne de collecte, notamment à travers les flux de salaires, les comptes bancaires et la digitalisation des paiements. À mesure que les administrations cherchent à élargir leur base fiscale, la qualité de l'identification des contribuables et la traçabilité des flux deviennent des enjeux aussi importants que les taux d'imposition eux-mêmes.

 

Pour l'assurance, le raisonnement est similaire. La population salariée du secteur formel constitue une clientèle naturelle pour l'assurance collective, la prévoyance, l'assurance santé et la bancassurance. Une fiscalité fortement adossée aux revenus salariaux donne donc aussi une indication sur la concentration géographique du marché formel et, par ricochet, sur celle de certains produits financiers.

 

Mais le véritable défi se situe plus bas dans la pyramide. Pour les États qui disposent d'une faible base fiscale formelle, l'enjeu consiste à élargir progressivement l'assiette plutôt qu'à dépendre de quelques catégories de contribuables déjà facilement identifiables.

 

Le vrai test sera la capacité à élargir l'assiette

 

Les chiffres de 2025 donnent ainsi une photographie assez claire de la décentralisation fiscale au Nigéria : les recettes progressent fortement, mais elles restent concentrées entre quelques territoires et largement alimentées par le travail salarié formel.

 

La question des prochaines années sera donc moins celle de la seule progression de l'IGR que celle de sa diversification. Pour les 14 États situés sous la barre des 50 milliards de nairas (38 millions de dollars), la marge de progression passe notamment par l'élargissement de l'assiette fiscale et l'amélioration du recouvrement.

 

Il faudra également suivre la réconciliation définitive des données par les administrations concernées et l'évolution du poids du PAYE dans les prochaines éditions du rapport.

 

Car derrière les 5 149 milliards de nairas (3,88 milliards de dollars) collectés en 2025, le NBS fait apparaître une réalité simple : la fiscalité des États nigérians progresse, mais elle ne progresse pas encore partout de la même manière, ni sur les mêmes bases.