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  • 25/09/2026

Éthiopie-Djibouti : Dangote s’associe à un projet pétrolier de 660 millions de dollars

L’Éthiopie, Djibouti et le groupe Dangote vont développer un corridor de transport de produits pétroliers raffinés de 120 kilomètres entre Damerjog, sur la côte djiboutienne, et Dewele, en Éthiopie. Évalué à 660 millions de dollars (environ 381 milliards FCFA), le projet doit réduire la dépendance au transport routier et renforcer les capacités de stockage et d’approvisionnement énergétique de l’Éthiopie.

 

Sur la carte, le projet se résume à 120 kilomètres de pipeline. Dans les faits, il s’agit d’un dispositif logistique beaucoup plus large, associant transport, stockage et distribution sur l’un des principaux corridors commerciaux de la Corne de l’Afrique.

 

Le projet a été annoncé jeudi 24 septembre par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, aux côtés du président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et du président du groupe Dangote, Aliko Dangote. Il sera développé dans le cadre d’un partenariat entre Ethiopian Investment Holdings (EIH) et Dangote Group. Le montage associe également Great Horn Investment Holdings (GHIH), société publique djiboutienne chargée des infrastructures stratégiques.

 

L’investissement est évalué à 660 millions de dollars, soit environ 381 milliards FCFA au taux de change du 25 septembre 2026. L’infrastructure reliera les installations de Damerjog à celles de Dewele pour acheminer des produits pétroliers raffinés vers le marché éthiopien.

 

Un corridor pour réduire la dépendance aux camions

 

L’un des principaux objectifs du projet est de réduire le recours au transport routier pour l’acheminement des carburants.

 

Selon Abiy Ahmed, le transport de carburant vers Addis-Abeba prend actuellement environ cinq jours par camion. Le nouveau dispositif doit ramener ce délai à environ une journée, selon les autorités éthiopiennes.

 

Il faut toutefois distinguer les deux trajets. Le pipeline ne reliera pas directement Damerjog à Addis-Abeba : il s’arrêtera à Dewele, où seront installées les capacités de stockage et de distribution destinées à alimenter le marché éthiopien.

 

Le système doit ainsi permettre de déplacer une partie des flux de produits pétroliers de la route vers une infrastructure dédiée. Pour Addis-Abeba, l’enjeu porte autant sur les délais et les coûts logistiques que sur la continuité des approvisionnements.

 

Le gouvernement éthiopien présente d’ailleurs le projet comme un moyen de renforcer la sécurité énergétique et la résilience du corridor commercial avec Djibouti.

 

Le stockage au cœur du dispositif

 

Le pipeline n’est donc qu’un maillon de l’infrastructure.

 

À Damerjog, les installations doivent assurer la réception des produits pétroliers arrivant par voie maritime avant leur transfert vers les capacités de stockage. À Dewele, les produits seront stockés puis distribués vers le reste du marché éthiopien. Le projet doit ainsi former une chaîne continue allant de la réception maritime à la distribution terrestre.

 

Les chiffres de capacité publiés autour du projet nécessitent toutefois une précision. Plusieurs sources font état d’environ 375 000 m³ de stockage à Damerjog et 800 000 m³ à Dewele, soit quelque 1,175 million de m³ au total.

 

De son côté, Aliko Dangote a évoqué une capacité de 400 millions de litres, soit 400 000 m³. Cette différence semble renvoyer à des périmètres de stockage distincts dans le dispositif, mais les documents publics disponibles ne permettent pas encore de l’établir avec suffisamment de précision.

 

Dans tous les cas, le projet repose sur une capacité de stockage importante, un élément essentiel pour un pays enclavé qui dépend fortement des infrastructures de Djibouti pour ses approvisionnements extérieurs.

 

Damerjog, nouvelle pièce du dispositif énergétique djiboutien

 

Pour Djibouti, l’enjeu dépasse également la seule liaison avec l’Éthiopie.

 

Damerjog doit servir de point d’entrée aux produits pétroliers importés par voie maritime. Le terminal constituera ensuite le point de départ du pipeline vers Dewele. Le schéma est donc celui d’un corridor intégré : réception maritime, stockage côtier, transport par pipeline, stockage intérieur puis distribution.

 

Cette organisation doit renforcer le rôle de Djibouti comme plateforme logistique pour le vaste marché éthiopien.

 

Abiy Ahmed veut d’ailleurs intégrer cette infrastructure à un ensemble plus large comprenant les réseaux routiers et ferroviaires ainsi que les plateformes logistiques du corridor. Son objectif affiché est de faire davantage du lien entre Djibouti et l’Éthiopie un système économique intégré, plutôt qu’une simple succession d’infrastructures de transport.

 

Pour Dangote, une entrée dans la logistique énergétique

 

L’intérêt du projet pour Dangote ne se limite pas au transport de carburants.

 

Le groupe nigérian élargit progressivement son empreinte industrielle en Afrique et dispose déjà d’activités importantes dans le ciment, les engrais et l’énergie. En Éthiopie, son partenariat avec Ethiopian Investment Holdings ajoute désormais une infrastructure de transport et de stockage de produits pétroliers à cet écosystème.

 

Le projet Damerjog-Dewele place ainsi Dangote sur un maillon supplémentaire de la chaîne de valeur énergétique : après la production et le raffinage, le stockage et l’acheminement deviennent eux aussi des leviers d’expansion.

 

Cette dimension est importante pour comprendre la portée économique de l’opération. Le groupe ne participe pas simplement à la construction d’un pipeline. Il s’associe à une infrastructure destinée à fluidifier l’accès d’un vaste marché enclavé aux produits pétroliers arrivant par la mer.

 

Un projet stratégique pour un pays enclavé

 

Pour l’Éthiopie, le sujet reste avant tout celui de la sécurité d’approvisionnement.

 

Le pays ne dispose pas d’accès direct à la mer et utilise largement Djibouti comme porte d’entrée de ses échanges internationaux. Dans ce contexte, l’amélioration du transport des produits pétroliers peut avoir des répercussions sur une large partie de l’économie : transports, industrie, agriculture et consommation des ménages.

 

Le gouvernement éthiopien présente le nouveau pipeline comme un moyen de réduire les coûts et les retards logistiques, tout en améliorant la fiabilité de l’approvisionnement.

 

Pour Djibouti, l’infrastructure renforce parallèlement la vocation du pays à servir de plateforme logistique et énergétique pour son grand voisin.

 

Le président Ismaïl Omar Guelleh a également inscrit le projet dans une ambition plus large de renforcement de l’autonomie énergétique africaine, estimant que le continent doit davantage développer ses capacités de transformation et ses infrastructures plutôt que dépendre uniquement de l’exportation de matières premières et de l’importation de produits raffinés.

 

Un calendrier encore à préciser

 

Reste maintenant la question de la réalisation.

 

Les autorités éthiopiennes annoncent une mise en service du projet dans environ 18 mois. D’autres informations publiées autour du lancement font état d’un calendrier plus long, pouvant aller jusqu’à trois ans. Cette différence devra être clarifiée au fur et à mesure de l’avancement du chantier.

 

Le projet présente en tout cas une logique économique claire : faire évoluer le principal corridor d’approvisionnement de l’Éthiopie depuis un modèle largement dépendant du transport routier vers une chaîne intégrant stockage, pipeline et distribution.

 

Pour Dangote, l’opération constitue surtout une nouvelle implantation dans la chaîne énergétique d’Afrique de l’Est. Pour l’Éthiopie et Djibouti, elle doit transformer la manière dont les produits pétroliers circulent entre la côte de la mer Rouge et le marché éthiopien.

 

Si le calendrier est respecté, les 120 kilomètres de conduite pourraient ainsi devenir bien plus qu’une nouvelle infrastructure de transport : un maillon central du corridor énergétique reliant Djibouti à l’économie éthiopienne.