Après le retrait du permis à GoviEx en juillet 2024 et l’ouverture d’une procédure d’arbitrage, Niamey a conclu une nouvelle convention pour relancer le projet d’uranium de Madaouela. L’État nigérien détiendra désormais 40% du projet, aux côtés d’Atomic Eagle, qui conservera 60% et le contrôle opérationnel.
Deux ans après avoir retiré à GoviEx ses droits
sur le projet d’uranium de Madaouela, le Niger veut désormais passer du
contentieux au développement. À Niamey, l’État et la Madaouela Mining Company
(MAMICO) ont signé, le 23 septembre 2026, une nouvelle convention minière qui
porte à 40% la participation publique dans le projet, contre 10% dans la
configuration précédente. Atomic Eagle détiendra les 60% restants et assurera
le contrôle opérationnel.
Pour le Niger, l’enjeu dépasse donc la simple
reprise d’un permis minier. Le nouvel accord redéfinit le partage de la valeur
autour d’un gisement d’uranium que les autorités considèrent comme stratégique
pour l’économie nationale. Il prévoit notamment le versement à l’État d’une redevance
initiale forfaitaire de 10 millions de dollars, ainsi que des engagements en
matière de renforcement des capacités de l’administration minière et de
développement local.
Le chemin jusqu’à cette nouvelle configuration a
pourtant été particulièrement mouvementé. En juillet 2024, le gouvernement
nigérien avait retiré à GoviEx les droits sur le périmètre du permis Madaouela,
qui avait alors été réintégré au domaine public. La société canadienne avait
contesté cette décision et engagé, en décembre 2024, une procédure d’arbitrage
contre le Niger dans le cadre de la Convention du CIRDI.
Le différend n’a toutefois pas été jusqu’à son
terme. En février 2025, GoviEx et le gouvernement nigérien avaient conclu une
feuille de route destinée à rechercher une solution négociée, entraînant la
suspension temporaire de l’arbitrage. Les discussions techniques, juridiques et
économiques ont finalement ouvert la voie à la réattribution du permis
Madaouela I à MAMICO, approuvée par le Conseil des ministres nigérien le 21
août 2026.
La nouvelle convention matérialise ainsi un
compromis : le Niger augmente fortement sa participation au capital du projet,
tandis qu’Atomic Eagle conserve la majorité et la conduite opérationnelle. Pour
l’État, l’objectif est désormais de transformer cette participation en
recettes, en emplois et en retombées économiques locales.
Le projet devrait générer environ 1 000 emplois,
avec une priorité annoncée aux jeunes Nigériens. Les entreprises locales
doivent également être privilégiées dans la fourniture de biens et de services,
dans le cadre des exigences de contenu local. Le gouvernement entend ainsi
éviter que l’exploitation de l’uranium fonctionne comme une enclave faiblement
connectée au reste de l’économie.
Pour Atomic Eagle, l’accord ouvre surtout la voie
au financement du développement de Madaouela. Son directeur général, Hoskins
Philip Ross, a indiqué que la nouvelle convention fournit le cadre juridique,
fiscal et opérationnel nécessaire pour prendre des décisions d’investissement à
long terme et mobiliser des financements internationaux. L’entreprise présente
Madaouela comme un projet d’uranium à haute teneur susceptible de contribuer
durablement aux recettes publiques, à l’emploi et au développement des communautés
locales.
Le défi commence donc maintenant. La signature de
la convention ne transforme pas encore le gisement en mine productrice. Il
faudra mobiliser les capitaux nécessaires, finaliser les travaux et
infrastructures, sécuriser le financement et franchir les différentes étapes
techniques et réglementaires avant une véritable mise en production.
Pour mémoire, GoviEx avait estimé en 2024 que le
développement de Madaouela nécessiterait environ 343 millions de dollars
d’investissement initial. La société indiquait alors avoir déjà reçu des
marques d’intérêt dépassant 200 millions de dollars pour le financement par
dette du projet.
Le nouveau montage intervient donc à un moment où
Niamey cherche à accroître la part de la valeur minière revenant au pays, tout
en attirant les capitaux et l’expertise nécessaires à l’exploitation de ses
ressources. Avec 40% du projet, l’État dispose désormais d’une participation
significativement plus importante. Reste à savoir à quelle vitesse ce nouvel
accord permettra de transformer Madaouela en véritable actif productif pour
l’économie nigérienne.
Après deux années de bras de fer autour du
permis, le dossier change ainsi de nature : il ne s’agit plus de savoir à qui
appartient Madaouela, mais de savoir quand le projet pourra effectivement
produire et quelle valeur il générera pour le Niger.
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