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  • 10/08/2026

Nigéria : Le paradoxe Tinubu, quand les investisseurs applaudissent mais que les ménages souffrent

À quelques mois de la présidentielle de janvier 2027, le Nigéria présente un paradoxe économique saisissant. Dans une analyse publiée le 10 août, Reuters décrit un pays où les investisseurs saluent les réformes du président Bola Tinubu, tandis que des millions de ménages continuent de subir la flambée du coût de la vie.

 

Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2023, Tinubu a engagé des réformes profondes : suppression de la subvention sur les carburants, réforme du marché des changes et réduction des subventions à l’électricité. Pour Abuja et les investisseurs, ces mesures étaient nécessaires pour corriger les déséquilibres budgétaires et restaurer la confiance.

 

Mais leur coût social est lourd.

 

Reuters cite notamment le cas de Grace Adama, employée d’une ONG à Abuja, qui gagne 135 000 nairas par mois, soit environ 99 dollars. Malgré un revenu proche du double du salaire minimum national, elle affirme que son salaire ne lui permet désormais de tenir qu’une semaine.

 

Le coût du riz jollof, selon un indice de SBM Intelligence, a plus que doublé depuis l’arrivée de Tinubu. Le prix de l’essence a, lui, été multiplié par six depuis la fin des subventions, sous l’effet combiné de la dépréciation du naira et des cours mondiaux du pétrole.

 

Les marchés voient déjà la reprise

 

Le contraste avec les marchés financiers est spectaculaire. La Bourse nigériane a progressé de près de 60% depuis le début de l’année, tandis que les entrées de capitaux ont atteint 23 milliards de dollars en 2025, leur plus haut niveau en six ans, selon les données citées par Reuters.

 

« C'est la période la plus positive pour les investisseurs au Nigéria depuis probablement deux décennies », estime Thys Louw, gestionnaire de portefeuille chez Ninety One.

 

Le problème est que cette embellie financière reste largement déconnectée du quotidien de la majorité des Nigérians. Moins de 5% des adultes investissent sur les marchés de capitaux, selon la Bourse nigériane citée par Reuters.

 

Surtout, le crédit demeure extrêmement cher. Avec un taux directeur de 26,5%, entreprises et particuliers peinent encore à accéder à des financements abordables. La politique monétaire restrictive contribue à contenir l’inflation, mais elle freine aussi la consommation et l’investissement.

 

Le compte à rebours politique

 

C’est tout le pari de Tinubu : faire accepter aujourd’hui une forte douleur économique en promettant une économie plus saine demain.

 

Mais le temps presse. Selon Reuters, un sondage de SBM Intelligence réalisé en juin indique que 80% des Nigérians estiment que le pays va dans la mauvaise direction. La Banque mondiale estime par ailleurs qu’un peu plus de la moitié de la population vivait dans la pauvreté en 2025.

 

Le gouvernement doit donc désormais réussir une deuxième étape : faire passer les bénéfices des réformes des marchés financiers vers l’économie réelle.

 

Pour Tinubu, le véritable bilan ne se jouera pas seulement sur la hausse de la Bourse ou le retour des capitaux étrangers. Il se mesurera aussi à la capacité des ménages à retrouver du pouvoir d’achat, des entreprises à accéder au crédit et des réformes à produire enfin des bénéfices visibles avant janvier 2027.

 

Le Nigéria se trouve ainsi face à une équation délicate : les investisseurs commencent à croire au nouveau modèle économique, mais les ménages attendent encore d’en ressentir les effets.