Lorsque le Ghana frappait à la porte du Fonds monétaire international (FMI) en 2023, l'économie traversait l'une des plus graves crises de son histoire récente. La dette publique était devenue insoutenable, l'inflation dépassait les 50%, le cedi s'effondrait et le pays avait perdu l'accès aux marchés internationaux. Trois ans plus tard, le verdict du Conseil d'administration du FMI est sans appel : le programme de redressement de 3 milliards de dollars est achevé avec succès et le Ghana entre dans une nouvelle phase, celle de la consolidation de ses réformes sans nouveau prêt du Fonds.
Réuni le 27 juillet 2026 à Washington, le Conseil
d'administration du FMI a validé le sixième et dernier examen de l'accord
conclu en mai 2023 au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Cette
décision autorise un ultime décaissement de 371 millions de dollars, portant à
près de 3 milliards de dollars le montant total mobilisé dans le cadre du
programme.
Mais au-delà de ce dernier versement, le véritable
message est ailleurs : le FMI estime que le Ghana a retrouvé une stabilité
macroéconomique suffisante pour poursuivre ses réformes dans le cadre d'un Instrument
de coordination des politiques (ICP), un mécanisme qui ne prévoit aucun
financement. En d'autres termes, Accra ne sollicite plus de nouveaux prêts du
Fonds, mais souhaite conserver son accompagnement afin de renforcer sa
crédibilité auprès des investisseurs, des bailleurs de fonds et des marchés
internationaux.
Une dette redevenue soutenable
La principale avancée reconnue par le FMI concerne la
dette publique. Alors qu'en 2023 le Ghana était considéré comme présentant un
risque élevé de surendettement, cette évaluation est désormais ramenée à un
niveau « modéré ».
Cette amélioration s'explique par la restructuration
de la dette intérieure, les accords déjà conclus avec une grande partie des
créanciers bilatéraux et commerciaux, ainsi que par une nette amélioration des
finances publiques. Le solde budgétaire primaire, longtemps déficitaire,
affiche désormais un excédent de 2,1% du PIB.
Le FMI souligne toutefois que la restructuration n'est
pas totalement achevée. Les discussions se poursuivent avec certains créanciers
commerciaux extérieurs afin de garantir un traitement comparable entre
l'ensemble des prêteurs.
L'inflation sous contrôle
Autre symbole du redressement : la lutte contre
l'inflation.
Après avoir atteint des niveaux records durant la
crise, la hausse des prix est retombée à 5,3% en juin 2026, contre plus de 50%
au plus fort des tensions.
Le Fonds attribue cette performance à la politique
monétaire prudente de la Banque du Ghana, à l'appréciation du cedi et à une
amélioration de l'offre alimentaire. Cette évolution a permis à la banque
centrale d'amorcer un assouplissement progressif de sa politique monétaire sans
compromettre la stabilité des prix.
Des réserves de change presque doublées
Le troisième pilier du redressement concerne les
réserves internationales.
Celles-ci atteignent désormais 11,9 milliards de
dollars, soit l'équivalent de quatre mois d'importations, contre un niveau
nettement inférieur au début du programme. Le FMI souligne que cette
progression est soutenue par un important excédent courant de 7,9% du PIB en
2025, favorisé notamment par les cours historiquement élevés de l'or.
La stratégie du Ghana visant à renforcer ses achats
domestiques d'or, désormais transférée à GoldBod, a également contribué à
consolider les réserves en devises et à soutenir le cedi.
Une croissance plus robuste
L'économie ghanéenne affiche également un net rebond.
Après une croissance de 6% en 2025, le PIB a progressé
de 6,4% au premier trimestre 2026 en glissement annuel, portée par une activité
plus dynamique dans plusieurs secteurs.
Cette reprise permet au gouvernement de desserrer
progressivement l'effort budgétaire tout en maintenant une trajectoire
compatible avec son objectif de ramener la dette publique à 45% du PIB d'ici à
2034.
Le FMI reste vigilant
Pour autant, le Fonds ne considère pas la crise
définitivement terminée.
Dans son évaluation, il insiste sur la nécessité de
poursuivre les réformes afin d'éviter un retour des déséquilibres. Les
priorités restent le renforcement de la mobilisation des recettes fiscales,
l'amélioration de la gestion des finances publiques, la réforme des entreprises
publiques — notamment dans les secteurs de l'énergie et du cacao —, la
recapitalisation de la Banque du Ghana et le renforcement de la supervision
bancaire.
« Les résultats obtenus par le Ghana dans le cadre de
son programme soutenu par la FEC sont globalement satisfaisants (...) La
poursuite de la mise en œuvre des réformes dans le cadre du nouvel Instrument
de coordination des politiques est essentielle pour consolider ces acquis et
remédier aux vulnérabilités restantes », a déclaré le directeur général adjoint
du FMI, Bo Li.
Un changement de statut plus qu'un simple
décaissement
Au fond, la décision du FMI marque un changement de
statut pour le Ghana. Le pays ne sort pas seulement d'un programme de
financement ; il passe d'une économie sous assistance à une économie dont les
politiques seront désormais suivies sans soutien financier direct.
Ce nouveau cadre constitue un signal positif pour les
marchés financiers. En conservant un programme de surveillance renforcée sans
solliciter de nouveaux prêts, le Ghana espère restaurer durablement la
confiance des investisseurs, faciliter son retour sur les marchés
internationaux de capitaux et attirer davantage de financements concessionnels.
Trois ans après avoir sollicité l'aide d'urgence du
FMI, Accra peut ainsi revendiquer un redressement macroéconomique significatif.
Le véritable défi commence toutefois maintenant : démontrer que cette stabilité
peut être préservée sans l'appui financier du Fonds.
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