L’infographie publiée par le ministère des Finances du Ghana marque un tournant symbolique. En janvier 2026, l’inflation ressort à 3,8%, un niveau inédit depuis le rebasage de l’indice des prix à la consommation en 2021. Surtout, il s’agit du treizième recul consécutif de l’inflation, après des sommets historiques atteints au cœur de la crise macroéconomique de 2022.
Le contraste est saisissant. En décembre 2022,
l’inflation culminait à 54,1%, avant de redescendre à 23,8% fin 2024. Trois ans
plus tard, la dynamique s’est totalement inversée. Pour Accra, le message est
clair : la phase d’urgence est passée, la stabilisation macroéconomique est
désormais tangible.
Mais derrière ce chiffre flatteur, l’économie
ghanéenne reste traversée par des fragilités structurelles profondes, au
premier rang desquelles la question de la dette publique.
Une désinflation réelle, fruit de choix
coûteux
La chute rapide de l’inflation n’est ni accidentelle
ni purement conjoncturelle. Elle est le résultat d’une combinaison de facteurs
bien identifiés. La Banque du Ghana a maintenu, depuis 2023, une politique
monétaire particulièrement restrictive, avec des taux directeurs élevés
destinés à casser les anticipations inflationnistes. En parallèle, l’État a
engagé un resserrement budgétaire sévère, dans le cadre du programme de
réformes négocié avec le Fonds monétaire international.
La stabilisation du cedi, après sa forte dépréciation
de 2022, a également joué un rôle clé, tout comme les effets de base liés à la
comparaison avec une période de flambée des prix exceptionnelle. Autrement dit,
l’inflation recule fortement, mais les niveaux de prix restent élevés pour les
ménages et les entreprises.
Ce décalage explique pourquoi, malgré les bons
chiffres, le sentiment économique reste contrasté sur le terrain.
Une économie sortie de crise, mais pas
encore relancée
La baisse de l’inflation ne signifie pas que la crise
est derrière le Ghana. Elle indique plutôt que le pays est entré dans une phase
de convalescence macroéconomique. La croissance reste contrainte,
l’investissement public limité et la marge de manœuvre budgétaire étroite.
Le point névralgique demeure la dette. Après avoir
fait défaut sur une partie de sa dette en 2022, le Ghana a engagé une restructuration
de sa dette intérieure, notamment à travers le Domestic Debt Exchange Programme,
puis des négociations complexes avec ses créanciers extérieurs. Ces processus
ont permis d’éviter un effondrement désordonné, mais ils ont eu un coût
économique et social élevé, en particulier pour le système financier et les
détenteurs d’obligations locales.
À ce stade, l’accès aux marchés internationaux reste
fortement contraint, et le service de la dette continue de peser lourdement sur
les finances publiques.
Un signal fort pour les investisseurs,
mais encore fragile
L’inflation à 3,8% constitue néanmoins un signal
puissant. Pour les investisseurs, les partenaires techniques et financiers, et
les agences de notation, elle traduit une restauration progressive de la
crédibilité macroéconomique du pays. Elle valide, sur le plan strictement
nominal, l’efficacité des politiques de stabilisation mises en œuvre depuis
trois ans.
Reste une équation délicate : transformer cette
stabilité retrouvée en croissance inclusive, sans retomber dans les
déséquilibres du passé. Le défi pour les autorités ghanéennes n’est plus
seulement de maîtriser l’inflation, mais de reconstruire une trajectoire
soutenable de dette, d’investissement et de création de valeur.
En ce sens, l’infographie du ministère des Finances ne
raconte pas une fin de crise, mais un changement de régime économique. Le Ghana
est sorti de la spirale inflationniste. Il n’est pas encore sorti de l’épreuve
de vérité budgétaire et financière.
La stabilité est là. La prospérité, elle, reste à
bâtir.
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