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  • 05/02/2026

Ghana : L’inflation tombe à 3,8% en janvier 2026, un tournant macroéconomique après la crise

L’infographie publiée par le ministère des Finances du Ghana marque un tournant symbolique. En janvier 2026, l’inflation ressort à 3,8%, un niveau inédit depuis le rebasage de l’indice des prix à la consommation en 2021. Surtout, il s’agit du treizième recul consécutif de l’inflation, après des sommets historiques atteints au cœur de la crise macroéconomique de 2022.

 

Le contraste est saisissant. En décembre 2022, l’inflation culminait à 54,1%, avant de redescendre à 23,8% fin 2024. Trois ans plus tard, la dynamique s’est totalement inversée. Pour Accra, le message est clair : la phase d’urgence est passée, la stabilisation macroéconomique est désormais tangible.

 

Mais derrière ce chiffre flatteur, l’économie ghanéenne reste traversée par des fragilités structurelles profondes, au premier rang desquelles la question de la dette publique.

 

Une désinflation réelle, fruit de choix coûteux

 

La chute rapide de l’inflation n’est ni accidentelle ni purement conjoncturelle. Elle est le résultat d’une combinaison de facteurs bien identifiés. La Banque du Ghana a maintenu, depuis 2023, une politique monétaire particulièrement restrictive, avec des taux directeurs élevés destinés à casser les anticipations inflationnistes. En parallèle, l’État a engagé un resserrement budgétaire sévère, dans le cadre du programme de réformes négocié avec le Fonds monétaire international.

 

La stabilisation du cedi, après sa forte dépréciation de 2022, a également joué un rôle clé, tout comme les effets de base liés à la comparaison avec une période de flambée des prix exceptionnelle. Autrement dit, l’inflation recule fortement, mais les niveaux de prix restent élevés pour les ménages et les entreprises.

 

Ce décalage explique pourquoi, malgré les bons chiffres, le sentiment économique reste contrasté sur le terrain.

 

Une économie sortie de crise, mais pas encore relancée

 

La baisse de l’inflation ne signifie pas que la crise est derrière le Ghana. Elle indique plutôt que le pays est entré dans une phase de convalescence macroéconomique. La croissance reste contrainte, l’investissement public limité et la marge de manœuvre budgétaire étroite.

 

Le point névralgique demeure la dette. Après avoir fait défaut sur une partie de sa dette en 2022, le Ghana a engagé une restructuration de sa dette intérieure, notamment à travers le Domestic Debt Exchange Programme, puis des négociations complexes avec ses créanciers extérieurs. Ces processus ont permis d’éviter un effondrement désordonné, mais ils ont eu un coût économique et social élevé, en particulier pour le système financier et les détenteurs d’obligations locales.

 

À ce stade, l’accès aux marchés internationaux reste fortement contraint, et le service de la dette continue de peser lourdement sur les finances publiques.

 

Un signal fort pour les investisseurs, mais encore fragile

 

L’inflation à 3,8% constitue néanmoins un signal puissant. Pour les investisseurs, les partenaires techniques et financiers, et les agences de notation, elle traduit une restauration progressive de la crédibilité macroéconomique du pays. Elle valide, sur le plan strictement nominal, l’efficacité des politiques de stabilisation mises en œuvre depuis trois ans.

 

Reste une équation délicate : transformer cette stabilité retrouvée en croissance inclusive, sans retomber dans les déséquilibres du passé. Le défi pour les autorités ghanéennes n’est plus seulement de maîtriser l’inflation, mais de reconstruire une trajectoire soutenable de dette, d’investissement et de création de valeur.

 

En ce sens, l’infographie du ministère des Finances ne raconte pas une fin de crise, mais un changement de régime économique. Le Ghana est sorti de la spirale inflationniste. Il n’est pas encore sorti de l’épreuve de vérité budgétaire et financière.

 

La stabilité est là. La prospérité, elle, reste à bâtir.